Hier à Bilbao, dans le Pays basque espagnol, un homme assistait dans un bar à l’annonce de la dissolution de l’ETA faite à la télévision par un chef historique de l’organisation séparatiste basque, Jose Antonio Urrutikoetxea, dit Josu Ternera. Vincent West/Reuters
« Je peux dire qu’à partir de 14h00 aujourd’hui, le 3 mai, ETA a cessé d’exister. Et voilà, c’est fait, ça nous a pris 15 ans pour en arriver là et c’est terminé en 15 minutes », a déclaré hier soir David Harland, directeur exécutif du Centre pour le dialogue humanitaire (HD), organisation privée spécialisée dans la résolution des conflits basée à Genève, à l’issue d’un bref discours au cours duquel il a lu le communiqué final d’ETA annonçant sa dissolution, ainsi qu’une lettre accompagnant ce communiqué, que l’organisation séparatiste basque avait adressée au centre. La décision de dissolution « a été officiellement communiquée aux gouvernements de France et d’Espagne », a ajouté M. Harland, expliquant à l’assistance qu’ETA avait également envoyé une lettre à HD pour expliquer sa démarche. M. Harland a ensuite invité l’assistance à observer une minute de silence « en souvenir des victimes des violences ». À la fin de son discours, le directeur exécutif de HD a proposé aux invités de la cérémonie de passer dans un salon pour un verre, avant de conclure : « OK. Merci d’être venus, c’est la fin d’ETA. »
En matinée, l’organisation ETA avait elle-même annoncé sa dissolution, mettant un point final à la dernière insurrection armée d’Europe occidentale, qui a fait plus de 800 morts et des milliers de blessés en quelque 60 années de lutte séparatiste ponctuée d’attentats. Dans une « déclaration finale » datée du 3 mai et distribuée à la presse à Genève, l’organisation clandestine dit avoir « démantelé l’ensemble de ses structures » et « mettre fin à toute activité politique ». Dans un enregistrement audio mis en ligne sur la plateforme internet du journal basque Gara, relais privilégié de l’organisation pour ses communiqués, le texte a été lu en différentes langues par un chef historique de l’ETA, Jose Antonio Urrutikoetxea, dit Josu Ternera, en fuite depuis 2002, et l’etarra emprisonnée Marixol Iparragirre. L’ETA assure avoir pris cette décision « pour que le processus en faveur de la liberté et de la paix continue à travers d’autres voies. C’est la conséquence logique de la décision adoptée en 2011 d’abandonner la lutte armée ».
Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, avait dénoncé par avance un coup de « propagande » et prévenu que l’ETA n’obtiendrait « pas d’impunité pour ses crimes ». « Nous ne lui devons rien et nous n’avons à lui être reconnaissants de rien », avait-il ajouté. L’annonce de la dissolution doit être suivie aujourd’hui d’une conférence internationale à Cambo-les-Bains, au Pays basque français, où sont attendus l’ancien chef du Sinn Féin irlandais, Gerry Adams, et des représentants de plusieurs partis espagnols qui seraient ainsi garants de la bonne foi de l’ETA.
« L’ETA devait (cette dissolution) à la société basque et à l’ensemble de l’humanité. Elle n’aurait jamais dû exister », a déclaré hier le président de la région basque, le nationaliste Iñigo Urkullu, dans une interview au journal madrilène El Pais. « Nous sommes toujours un peuple qui ne connaît ni la paix ni la liberté. Nous ne cesserons pas de chercher à les atteindre, avec notre travail et notre activité quotidienne », a pour sa part déclaré le dirigeant de la gauche indépendantiste basque, Arnaldo Otegi, qui a fait partie de l’ETA dans sa jeunesse avant de devenir l’un des principaux défenseurs de l’abandon de la lutte armée. M. Otegi a salué la décision de l’ETA de se dissoudre, qui selon lui « reflète sa responsabilité historique en mettant fin de façon définitive et ordonnée à sa propre activité ». « À partir d’aujourd’hui s’ouvre une nouvelle période », a-t-il dit, ajoutant sans plus de détails : « L’heure est venue de faire des pas décidés en tant que peuple. »
Fondée en 1959 sous la dictature de Francisco Franco, l’ETA a fait au moins 829 morts dans une campagne d’assassinats et d’attentats à la bombe en Espagne et en France, au nom de l’indépendance d’Euskal Herria, le Pays basque espagnol et français et la Navarre. Décimée par les arrestations de ses chefs, rejetée par la population, l’organisation classée comme terroriste par l’Union européenne avait renoncé à la violence en 2011 et livré ses armes l’année dernière. Elle avait franchi un pas supplémentaire dans un message diffusé le 20 avril, demandant pardon aux victimes qui n’étaient pas parties au « conflit ». L’opinion avait froidement accueilli cette déclaration laissant entendre que les autres, comme les policiers, étaient des cibles légitimes. Et beaucoup de victimes de l’ETA ne sont pas prêtes à pardonner le sang versé pendant les années de plomb. Dans une conférence de presse à Saint-Sébastien, la ville basque qui a connu le plus d’attentats, le Collectif des victimes du terrorisme (Covite) a exigé que l’ETA condamne la terreur et aide à élucider 358 crimes encore inexpliqués. L’immense majorité des Basques rejette la violence, mais une minorité réclame encore l’indépendance.
Source : AFP


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