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Bentley Blue Train Special : gloire et mystère

Voitures de légende
Joe MEZHER | OLJ
14/04/2018

De toutes les voitures conçues par l’ingénieur britannique Walter Owen Bentley, fondateur de la marque automobile éponyme légendaire, la Speed Six occupe une place particulière. Le modèle a été présenté en octobre 1928 et ses versions de compétition ont été imbattables sur les circuits. La Speed Six a notamment remporté les 24 Heures du Mans en 1929 et 1930. Lors de cette dernière édition, les bolides Bentley ont même inscrit un doublé (1er et 2e). L’écurie de course Bentley officielle comptait trois voitures baptisées Old n° 1, n° 2 et n° 3. Leurs pilotes, surnommés les Bentley Boys, étaient Woolf Barnato, Tim Birkin, Franck Clément, Glen Kidston, Sammy Davis et Clive Dunfee.
Les versions routières de la Speed Six, elles, sont luxueusement carrossées, Bentley ayant fait appel aux talents des meilleurs designers de l’époque tels Gurney Nutting ou Hooper & Co, entre autres. Mais seulement 182 exemplaires de la voiture ont été fabriqués jusqu’à l’arrêt de sa production en 1930. Car en 1931, suite à la conjoncture économique mondiale difficile due au krach boursier de Wall Street en 1929, Bentley Motors Ltd. est mise en liquidation judiciaire. L’entreprise est alors rachetée par son rival britannique Rolls-Royce.
La Speed Six est dotée d’un bloc moteur à 6 cylindres en ligne, en position longitudinale avant. Un alésage de 100 mm et une course de 140 mm produisent une cylindrée de près de 6.6 litres (6 597 cm3). Quant au rapport volumétrique, il est de 5,3/1. Un simple arbre à cames en tête commande les 4 soupapes par cylindre et le vilebrequin est à 8 paliers. Alimenté par deux carburateurs horizontaux SU, le moteur développe une puissance de 180 ch à 3 500 tr/min. Pour la saison 1929, une version compétition encore plus pointue est réalisée, qui développe 200 ch.
Quant au châssis, classique, il est constitué de poutres métalliques. Les essieux avant et arrière sont rigides, et sont équipés de ressorts à lames semi-elliptiques ainsi que d’amortisseurs à friction Hartford. Les freins à circuit hydraulique, des tambours à ailettes à l’avant comme à l’arrière, sont massifs; car la « bête » est lourde (2 200 kg), surtout lorsqu’elle est lancée à sa vitesse maximale de 161 km/h. Voiture à propulsion, la puissance est transmise aux roues arrière par une boîte de vitesses non synchronisée à 4 rapports, sans compter la marche arrière. La direction, elle, est à vis sans fin et secteur.
La Speed Six est sans nul doute la plus belle automobile jamais créée par Bentley durant l’ère de son fondateur, avant sa reprise par Rolls-Royce. La majorité des modèles produits, dont les trois voitures de compétition, existent toujours et sont aujourd’hui les plus recherchés de la marque britannique par les collectionneurs.

Le pari de Woolf Barnato
L’exemplaire le plus intéressant est celui (numéro de châssis HM2855 et immatriculé GJ 3811) qui a accompli le plus formidable exploit en dehors des circuits automobiles. À l’orée de l’an 1930, l’un des plus intrépides des Bentley Boys, Woolf Barnato, fait le pari qu’il pourrait battre le Train bleu. Les courses dites du « Train bleu » étaient une série de tentatives de record, opposant des voitures à des trains, qui avaient cours à la fin des années 1920 et au début des années 1930 pour évaluer les avancées de l’automobile encore balbutiante. Le Train bleu, de son nom officiel le Calais-Méditerranée Express, était un train de nuit luxueux. Il a été en service entre l’hiver 1886 et décembre 2007, et devait son surnom au décor bleu et or de ses wagons-lits. La course de Woolf Barnato se tient en mars 1930 au départ de Cannes. Dans des conditions météo épouvantables et malgré l’absence d’autoroutes en France à l’époque, le record est pulvérisé ! Barnato se paye même le luxe de traverser la Manche et arrive à Londres avant que le Train bleu n’ait rallié Calais.
Baptisé depuis Blue Train Special, le glorieux coupé Speed Six est aujourd’hui la propriété d’un collectionneur américain, Bruce McCaw, et la voiture est régulièrement exposée dans les concours d’élégance mondiaux. Pourtant, en dépit de sa célébrité, une énigme entoure cette automobile : Barnato a-t-il conduit une Speed Six Gurney Nutting ou bien une Mulliner Saloon ? Le pilote a bien possédé les deux modèles, mais c’est une Gurney Nutting que l’artiste britannique Terence Cuneo a peinte dans son tableau représentant le fameux duel. Quoique, selon des documents d’archives, Woolf Barnato n’aurait réceptionné sa Gurney Nutting que quelques jours après la course. Et, récemment, Bruce McCaw lui-même a dévoilé des éléments démontrant qu’il s’agissait de la Mulliner Saloon avec laquelle le pilote a établi son record. Sans toutefois trancher définitivement la question.
À chaque légende sa part de mystère…

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