Le président russe, Vladimir Poutine (à droite), et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une réunion au Kremlin hier. Avant une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’affaire Skripal, hier tard dans la nuit (heure de Beyrouth), Moscou a réclamé que ne soient pas ignorées les « questions légitimes que nous posons ». M. Lavrov a assuré que la Russie « accepterait les résultats de n’importe quelle enquête, à condition qu’elle soit transparente et que nous puissions y participer de manière équitable ». Alexander Zemlianichenko/Pool/AFP
Ioulia Skripal est sortie hier matin de son silence pour dire qu’elle allait mieux après avoir été empoisonnée en Angleterre, avec son père Sergueï – un ex-agent double russe – à quelques heures d’une réunion à New York du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à cette affaire, tard dans la nuit (heure de Beyrouth). Moscou, mis en cause par Londres, nie catégoriquement toute implication dans l’empoisonnement des Skripal et dénonce « une provocation » occidentale et « une campagne antirusse ».
« Je me suis réveillée il y a maintenant plus d’une semaine et je suis heureuse de dire que je me sens de mieux en mieux chaque jour », a déclaré Ioulia Skripal (33 ans), citée dans un communiqué de la police britannique. Peu avant, la télévision publique russe avait diffusé un enregistrement audio présenté comme une conversation téléphonique entre Ioulia et sa cousine Viktoria, qui réside en Russie. Dans cet enregistrement, dont l’authenticité n’a pas été démontrée, celle qui est présentée comme Ioulia Skripal affirme qu’elle et son père sont en phase de rétablissement et qu’elle pourra bientôt quitter l’hôpital.
L’empoisonnement à l’agent innervant Novitchok (un puissant neurotoxique), le 4 mars, sur le sol britannique de Sergueï Skripal et de sa fille a suscité, depuis le 14 mars, une vague historique d’expulsions croisées de la part de la Russie et des pays occidentaux concernant environ 300 diplomates. Les 60 diplomates américains en poste en Russie expulsés par Moscou ont plié bagage hier, au petit matin. Entre la Russie et l’Occident, c’est la plus grave crise diplomatique depuis la guerre froide.
En outre, après l’échec de la Russie, mercredi, à convaincre l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) de l’inclure dans son enquête sur cette affaire, le nouveau face-à-face diplomatique dans l’enceinte de l’ONU s’annonçait tendu. Avant la réunion du Conseil de sécurité, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que la situation actuelle autour de l’affaire Skripal « crée une menace pour la paix et la sécurité dans le monde ». « Le Conseil doit examiner cette question sous tous les aspects et de manière objective », a-t-il ajouté. « Nous insistons pour que soit menée une enquête substantielle et responsable, a martelé M. Lavrov. Il ne sera pas possible d’ignorer les questions légitimes que nous posons. » M. Lavrov a également assuré que la Russie « accepterait les résultats de n’importe quelle enquête à condition qu’elle soit transparente et que nous puissions y participer de manière équitable ».
Pas de preuve
Devant l’OIAC, Moscou avait proposé en vain que la Russie mène une enquête conjointe avec la Grande-Bretagne, avec la médiation de cette organisation internationale. La proposition russe, présentée conjointement avec l’Iran et la Chine, avait d’emblée été qualifiée de « perverse » et de « tentative de diversion » par la délégation britannique. Elle fut donc rejetée lors du vote de l’OIAC mercredi. Et la Grande-Bretagne a maintenu ses accusations contre la Russie. Moscou, lui, s’estime conforté par les déclarations du laboratoire spécialisé britannique ayant analysé la substance utilisée contre l’ex-espion, qui l’a donc identifiée comme étant du Novitchok, un agent innervant de type militaire de conception soviétique. Mais le laboratoire a reconnu ne pas avoir de preuve que la substance utilisée contre les Skripal a été fabriquée en Russie, alors que le secrétaire britannique au Foreign Office, Boris Johnson, avait paru dire le contraire.
Selon les médias britanniques, les services de Londres ont réussi à déterminer la localisation du laboratoire russe où cet agent innervant a été fabriqué, qui serait sous la supervision des services de renseignements extérieurs de Moscou. Mais le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé qu’une substance comme celle utilisée contre les Skripal pouvait être fabriquée « dans une vingtaine de pays du monde ».
Source : AFP

