Les évacuations de civils de la Ghouta orientale, y compris des cas médicaux, « ont commencé et elles se poursuivent », a indiqué hier un responsable de l’ONU à Damas, qui supervise l’opération. Elles concernent 24 hommes, 44 femmes et 78 enfants, dont 10 malades, a précisé une source militaire syrienne. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, ces évacuations ont eu lieu depuis les villes de Douma et Rihane. Omar Hajj Kaddour/AFP
L’armée turque a encerclé hier la ville syrienne de Afrine, cible d’une offensive menée avec des supplétifs syriens pour déloger une milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme « terroriste » par Ankara, mais soutenue par Washington. Cette progression des forces proturques dans le nord-ouest de la Syrie suscite les craintes d’un nouveau drame humanitaire, comme celui que subit la Ghouta orientale, près de Damas, enclave rebelle visée par une offensive du régime qui a fait plus d’un millier de morts en moins d’un mois et d’où des dizaines de civils ont été évacués hier.
L’armée turque a dit avoir achevé l’encerclement de la ville de Afrine, principal objectif de l’offensive qu’elle a lancée le 20 janvier contre les YPG, qu’elle veut chasser des zones proches de sa frontière. Elle n’a pas fourni plus de détails. Un porte-parole des YPG, Birusk Hasakeh, présent dans Afrine, a nié que la ville soit assiégée, mais a affirmé que le dernier accès permettant d’en sortir était la cible de violents bombardements. « Nous sommes prêts pour un long combat. Nous allons résister », a-t-il déclaré. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Ankara chercherait à pousser les civils à partir pour « clore l’opération le plus tôt possible ». Abou Jaafar, un commandant des forces pro-Ankara, a affirmé qu’elles envisageaient de maintenir ouverte une « voie de sortie » de la ville pour les civils. « Nous allons permettre aux civils (...) de partir pour le cas où les combattants (kurdes) décident de rester dans les villages, les quartiers ou les immeubles dans Afrine », a-t-il dit.
Plus de 200 civils ont déjà été tués depuis le début de l’opération turque, selon l’OSDH. Observateurs et ONG se disent inquiets face à l’éventualité d’un assaut sur la ville même de Afrine, qui compte quelque 350 000 habitants. Lundi, des centaines d’entre eux ont déjà fui, craignant un blocus ou un assaut imminent, selon l’OSDH. « Si le souci de la frontière est légitime pour la Turquie (...), cela ne justifie absolument pas l’action en profondeur des troupes turques sur la zone de Afrine », a pour sa part affirmé, hier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.
Monstrueuse indifférence
La situation est également dramatique sur un autre front, celui de la Ghouta orientale. Le régime de Damas y a lancé une offensive aérienne et terrestre qui a fait plus de 1 180 morts parmi les civils, depuis le 18 février, et en contrôle désormais plus de 60 %, d’après l’OSDH. Des dizaines de civils, y compris des « cas médicaux », ont pu être évacués hier de l’enclave, a-t-on appris de sources concordantes, au lendemain de l’annonce par l’ONU qu’un millier de personnes se trouvaient dans un état critique. Les évacuations concernent 24 hommes, 44 femmes et 78 enfants, dont 10 malades, a indiqué une source militaire syrienne. Selon l’OSDH, ces évacuations ont eu lieu depuis les villes de Douma et Rihane, sous contrôle de Jaïch el-Islam, un des deux principaux groupes rebelles de la Ghouta.
Les évacuations de civils, y compris des cas médicaux, « ont commencé et elles se poursuivent », a confirmé un responsable de l’ONU à Damas, qui supervise l’opération. Au point de passage de Wafidine, une correspondante de presse a pu voir un groupe de femmes et d’enfants, en tenue d’hiver, ainsi que des vieillards patientant, assis, sur des chaises en plastique. Trois ambulances du Croissant-Rouge syrien et une clinique mobile attendaient de transférer les personnes évacuées vers des centres d’accueil dans le secteur d’al-Doueir, aux mains du régime, d’après la même source. La télévision d’État syrienne a montré des membres du Croissant-Rouge accueillant les civils évacués. Un vieillard assis disait vouloir rentrer chez lui, un jeune enfant assis près de lui. Plus loin, se trouvait une femme, avec deux petits, et des militaires tout autour. Ces évacuations sont le résultat de négociations avec « des leaders de groupes armés illégaux dans la Ghouta », selon Youri Evtouchenko, du Centre russe pour la réconciliation des belligérants en Syrie, cité par l’agence Interfax. Le chef du bureau politique du groupe Jaïch el-Islam, Yasser Delwane, avait indiqué plus tôt que « des cas médicaux critiques devaient être évacués mardi (hier) ». Le groupe avait fait état, lundi, d’un accord négocié « par l’intermédiaire de l’ONU avec la Russie (...) pour évacuer les blessés en plusieurs étapes ».
Alors que le conflit syrien va entrer demain dans sa huitième année, une responsable de l’ONU a dénoncé hier, devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, une « monstrueuse indifférence » à l’égard des souffrances de millions d’enfants pris au piège. Kate Gilmore a en particulier exprimé son inquiétude pour les quelque 125 000 enfants assiégés dans la Ghouta orientale, « dont beaucoup souffrent de malnutrition grave » et qui, pour la plupart, « sont profondément traumatisés ».
Ailleurs en Syrie, l’aviation syrienne a mené hier, pour la deuxième journée consécutive, des raids sur des villes tenues par la rébellion dans la province de Deraa, dans le sud-ouest du pays, ont rapporté les insurgés. Selon deux sources rebelles, la chasse syrienne a bombardé les villes de Hrak, Busr al-Harir et un site à Ladja, des localités déjà touchées la veille.
Enfin, l’armée russe a prévenu, hier, qu’elle riposterait en cas de menace contre les soldats russes présents en Syrie, a rapporté l’agence de presse RIA-Novosti.
Sources : agences

