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Culture

Goldberg sous les « doigts actifs » de Martin Stadtfeld

Festival al-Bustan

Du clavecin au piano il n’y a qu’un pas. Facile à dire, mais la réalité est tout autre. Avec les « Variations Goldberg » de Bach, clef de voûte d’une œuvre dédiée à la beauté sonore des touches d’ivoire, la musique contrapuntique atteint des sommets vertigineux. Martin Stadtfeld, pianiste haut de gamme, en donne une version des plus magistrales*.

23/02/2018

Né à Coblence (en Allemagne) en 1980, Martin Stadtfeld est diplômé de l’Université de Francfort. Engagé auprès de Sony Classical, le pianiste allemand a remporté en 2002 le 1et Prix de la compétition Bach à Leipzig, ville où le compositeur est décédé en 1750. C’est dire combien l’artiste est sur un terrain familier et en position de force en s’attaquant aux monumentales Variations Goldberg du Cantor.

Oui, c’est le premier voyage au Liban pour cet amoureux (et fervent interprète) de la musique de Bach. « Je viens avec infiniment de plaisir dans votre beau pays, dit Martin Stadtfeld, non seulement pour le découvrir mais découvrir aussi la légendaire gentillesse de ses citoyens, si “friendly”. »

À la question de savoir si les Variations Goldberg  de Bach sont une œuvre à part dans la production du génie d’Eisenach, le pianiste explique : « C’est une œuvre spéciale. Bach a entamé son dernier style avec ces Variations, la seule forme de grande variation qu’il ait écrite. Très méthodique en pensée et développement, d’une part, riche de beauté et d’idées fantastiques, d’autre part, c’est devenu un modèle pour Beethoven, Brahms et toute personne qui avait l’intention d’écrire un opus à base de variations. Tout comme l’opus final 111 de Beethoven. Même après l’édition de l’ouvrage, Bach n’a jamais cessé de penser à ce qu’il y avait écrit. Il a ajouté 14 canons sur les huit notes de base de l’Aria dans son édition privée ! Ça a été retrouvé seulement en 1976 à Strasbourg… Dans mon interprétation personnelle, j’ai commencé à intégrer ces canons dans l’ouvrage. Cela dynamise la partition, c’est incroyablement fort ».

Et comment définir cet opus si riche en harmonies, rythmes, mélodies, cadences et sonorités ? « C’est une œuvre singulière. Tout à fait non romantique dans son concept et planning en tant qu’ensemble, avec une structure claire et un soupçon de pédanterie germanique, explique le pianiste. Chaque troisième variation est un canon, la voix répondante est toujours une note plus haute d’un canon à l’autre… Mais les romantiques ont été particulièrement attirés par les Variations Goldberg. Quand on a dit à Brahms que sa mère est décédée, il a joué toute l’œuvre en larmes, confiant à un ami : “C’est ce qui aide le plus”… »


(Pour mémoire : Quand les grandes orgues tonnent sous les notes du Cantor...)


Quelles sont les qualités requises pour donner le meilleur de ce joyau de la Renaissance ? La réponse fuse dans un éclat de rire : « Avoir des doigts actifs. Afin de rendre la structure polyphonique claire. Et il faut avoir déjà joué plus d’une fois cette œuvre pour avoir le sentiment d’un développement entier tel un acte dans un opéra de Wagner… »

Quel est le secret du succès de cet opus et quelle en est sa singularité ? Pourquoi l’écriture contrapuntique a-t-elle séduit et séduit-elle toujours le public ? « Il est évident qu’il y a un désir d’écriture contrapuntique » , commente le pianiste. Et de poursuivre : « Après sa mort, Bach est tombé en désuétude. Son œuvre était passée de mode et plus ou moins oubliée. Ses enfants ont écrit dans un style non contrapuntique et étaient admirés en Europe. Mozart n’en savait même pas beaucoup sur l’art de Bach. Quand son ami Swilinck lui a donné les fugues de Bach à Vienne, Mozart fut secoué et se mit à composer des fugues ! De même pour Beethoven. Dans ses dernières œuvres, il a regardé de près les compositions de Bach. Cependant, le génie de Bonn connaissait les Goldberg et Le Clavier bien tempéré qu’il avait d’ailleurs auparavant. Les romantiques ont senti le désir de se rapprocher de l’écriture contrapuntique et ont redécouvert Bach. Brahms pouvait jouer le clavier bien tempéré de mémoire et Schumann, plus ou moins, a dédié nombre de ses partitions à Bach... »
Féru d’Edwin Fisher, Martin Stadtfeld n’est guère admiratif des pianistes vivants contemporains. Et de lâcher avec une pointe d’ironie doublée d’un rire malicieux : « Les pianistes actuels ne s’admirent pas forcément. »

Un message particulier au public qui va venir applaudir cette œuvre phare au Bustan ? Directo cette phrase d’un pianiste comme brusquement pris d’impatience : « J’attends de partager l’expérience Bach, qui est toujours nouvelle… On ne sait jamais comment cela va se passer… »

*Le pianiste Martin Stadtfelt interprète au Bustan les « Variations Goldberg » aujourd’hui vendredi 23 février à 20h30 précises.




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