L'image d'un Royaume-Uni se dressant seul face à l'Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale a nourri l'euroscepticisme, estime l'ambassadeur allemand à Londres, qui met en garde contre les "illusions" sur le Brexit dans un entretien publié mardi.
Pour l'ambassadeur, l'image d'une "Grande-Bretagne se tenant seule face à une Allemagne dominante lors de la Seconde Guerre mondiale", alimentée par des films comme "Les heures sombres" ou "Dunkerque", a encouragé l'euroscepticisme au Royaume-Uni. "C'est une histoire sympathique mais ça ne résout aucun problème actuel", commente dans un entretien au quotidien The Guardian Peter Ammon, qui part à la retraite ce mois-ci. "J'ai parlé avec beaucoup de partisans du Brexit et beaucoup d'entre eux disaient qu'ils voulaient préserver une identité britannique et qu'elle se perdait au milieu d'autres identités", a-t-il raconté. Pour l'ambassadeur, l'opinion selon laquelle l'Allemagne domine actuellement 'UE, entendue lors de débats publics, est une "histoire horrible".
Peter Ammon identifie trois sujets d'"illusions" au Royaume-Uni: les avantages tirés de futurs accords commerciaux avec des pays tiers, la frontière irlandaise et la nature de l'accord commercial qui sera conclu avec l'Union européenne. "L'idée que pouvoir conclure des accords commerciaux avec des pays tiers constitue une aubaine semble fantaisiste", juge l'ambassadeur, doutant que le pays parvienne à négocier de meilleurs accords que ceux que l'UE a actuellement. Au sujet de l'Irlande, "sans union douanière, je ne vois pas comment il n'y aurait pas de frontière" entre la République d'Irlande, qui restera dans l'UE, et l'Irlande du Nord qui, appartenant au Royaume-Uni, n'y sera plus. Quant à l'accord entre l'UE et le Royaume-Uni, "l'idée que la Grande-Bretagne peut choisir un accord de libre-échange combinant des éléments du modèle norvégien et du modèle canadien ne fonctionnera pas parce que le marché unique repose sur un accord équilibré visant à uniformiser les règles du jeu".
La décision de quitter l'UE est une "tragédie", a estimé Peter Ammon, qui craint une "perte" d'influence du Royaume-Uni "diminue" après sa sortie de l'UE, prévue le 29 mars 2019.

