L’adolescente Ahed Tamimi, devenue pour les Palestiniens une icône de l’engagement contre l’occupation israélienne. Thomas Coex/AFP
Un tribunal militaire israélien a décidé hier de maintenir en détention jusqu’à son procès, malgré son âge, l’adolescente Ahed Tamimi, devenue pour les Palestiniens une icône de l’engagement contre l’occupation israélienne. « La gravité des faits dont elle est accusée n’offre pas d’alternative à (sa) détention » jusqu’à la fin de la procédure, a dit le juge militaire, en présence de Ahed Tamimi, impassible dans un blouson de détenue. Le tribunal a également ordonné que la mère de Ahed Tamimi, Narimane, reste en détention jusqu’à son procès, a indiqué l’armée. La décision rendue par un juge militaire à la prison d’Ofer en Cisjordanie occupée signifie potentiellement que Ahed Tamimi, âgée de 16 ans et arrêtée en décembre à la suite d’une vidéo devenue virale la montrant en train de frapper des soldats israéliens, pourrait rester en détention pendant des mois. La vidéo filmée le 15 décembre dernier montre Ahed et Nour Tamimi bousculer deux soldats, puis leur donner des coups de pied et de poing en Cisjordanie, territoire occupé par l’armée israélienne depuis plus de 50 ans. La mère apparaît dans la vidéo avec l’apparente volonté initiale de s’interposer. Les soldats demeurent impassibles face à ce qui semble relever davantage de la provocation que de la volonté de faire mal.
« Profonde inquiétude »
Les images ont été tournées dans le village de Nabi Saleh, devant la maison des Tamimi, dans le contexte des protestations palestiniennes alors quasiment quotidiennes contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Depuis cette annonce le 6 décembre, 17 Palestiniens ont été tués dans des violences. Les Palestiniens, dont le président Mahmoud Abbas, se sont répandus en louanges sur Ahed tamimi, comme un exemple de courage et des abus israéliens.
L’affaire Tamimi a aussi trouvé un large écho chez les Israéliens. Ils ont vu dans l’impassibilité des soldats l’expression des valeurs de leur armée, tout en ressentant une vive amertume devant ce qui a été fortement perçu comme une humiliation. Ahed Tamimi, issue d’une famille connue pour son engagement contre l’occupation et qui a commencé à se faire un nom lors des protestations fréquentes à Nabi Saleh, est volontiers considérée par les Israéliens comme une agitatrice ne reculant pas devant les provocations. Les organisations de défense des droits de l’homme et l’Union européenne ont exprimé leur préoccupation devant son cas. Le bureau du haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme a exprimé sa « profonde inquiétude », soulignant dans un communiqué que, selon les normes internationales, un enfant ne devait être détenu qu’en dernier recours. « Des aspects du traitement dont cette enfant fait l’objet reflètent celui de centaines d’autres enfants palestiniens arrêtés et détenus par les forces de sécurité israéliennes dans le territoire occupé », a-t-il dit.
« Tellement dangereuse »
Des observateurs des consulats de France et de Suède à Jérusalem et des représentants de l’UE étaient à nouveau présents hier à l’audience. Ahed Tamimi a été inculpée le 1er janvier par la justice militaire israélienne de douze chefs d’accusation, liés à l’incident du 15 décembre mais aussi à des faits antérieurs présumés, comme des jets de pierres. Elle a été inculpée notamment pour « avoir agressé des forces de sécurité, lancé des pierres, avoir proféré des menaces, avoir participé à des émeutes ». La cour militaire a refusé qu’elle soit relâchée sous caution – comme l’a été sa cousine Nour – « parce que (selon la cour) elle est tellement dangereuse », a déclaré son avocate Gaby Lasky, en marge de l’audience. Me Lasky avait plaidé lundi pour son placement en résidence surveillée. Elle avait argué qu’Israël enfreignait la convention internationale des droits de l’enfant, qui stipule en particulier que l’emprisonnement d’un enfant doit être une mesure de « dernier ressort » et « aussi brève que possible ». Elle avait aussi réfuté l’argumentaire de l’accusation sur la dangerosité de Ahed Tamimi en demandant pourquoi, alors qu’elle est une militante connue, elle n’avait jamais été arrêtée auparavant pour des faits anciens aujourd’hui retenus contre elle. Les proches de Ahed Tamimi évoquent en outre les tensions qui régnaient le 15 décembre à Nabi Saleh et le fait qu’un jeune membre de la famille avait été gravement blessé à la tête par une balle en caoutchouc israélienne lors des heurts.
Source : AFP

