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Sport

Il y a quarante ans, l’insouciance des pionniers

Focus – Rallye Dakar

La course mythique prendra son départ samedi de Lima, au Pérou.

OLJ
04/01/2018 | 00h00

Il y a quarante ans, sans assistance mais avec le plein d'insouciance, des pionniers s'élançaient en éclaireurs à l'assaut du désert dans une première édition à rebondissements. Le rallye-raid Dakar, qui fête samedi son anniversaire au Pérou (départ de Lima), était né.
Aujourd'hui encore, c'est la même image ou presque. Avec leurs grosses roues ou treuils, près de 200 motos, autos et camions donnaient aux jardins du Trocadéro, en cette fin de décembre 1978, des airs de paddock sauvage. Au terme de leur périple, inédit, de trois semaines et de 10 000 kilomètres via l'Algérie, le Mali et le Niger : Dakar, bien loin de la fine pluie qui s'abattait alors sur Paris. Sud-américain depuis 2009, le Dakar connaissait la première de ses trente éditions africaines – une longévité que peu imaginaient au départ.

Amateurisme éclairé
L'épreuve est née de bric et de broc, de « l'amateurisme éclairé » de ses participants, selon Cyril Neveu, futur vainqueur au guidon d'une Yamaha 500 XT. Pour la majorité des 176 inscrits, comme pour Thierry Sabine, l'instigateur de la course, c'est un saut dans l'inconnu, au point que l'intérêt sportif passe au second plan. « Je pars pour essayer d'arriver, point », se souvient le motard Philippe Vassard, informaticien à la SNCF de profession. « C'était une grande aventure, on avait notre boussole autour du cou, et c'était "démerde-toi". On découvrait le truc, c'est ça qui était génial », embraye Neveu, alors étudiant kiné.
Cette insouciance teintée d'ignorance se reflète dans le matériel des concurrents. « On était entre la mécanique africaine et la mécanique top niveau de compétition », explique Claude Marreau, qui pilotait une Renault 4L, la voiture de monsieur Tout-le-monde, au milieu des 4x4 Range Rover et Toyota. Si les modèles de l'époque étaient alors bien éloignés de ceux actuels, les ingrédients pour pouvoir aller jusqu'au bout n'ont pas changé : il fallait aimer bricoler, savoir se débrouiller au milieu des dunes, et s'armer de courage et d'un brin de réussite, pour rallier l'arrivée sans trop de casse ni de bobos, car le long du parcours, des vents contraires soufflaient sur le bivouac.
À peine la Méditerranée traversée, la caravane traverse sous escorte policière Alger, en plein deuil national au lendemain du décès du président Houari Boumédiène, pour ensuite passer une première nuit dans le désert à la belle étoile, à moins de zéro degré. « On dormait au pied de la moto, on n'avait rien », se remémore Vassard. Jusqu'à Dakar, sans tente, avec quelques conserves et de la nourriture achetée aux locaux, la route a été longue, mais « il y avait beaucoup de solidarité, d'entraide », explique Neveu. Fatigue, chutes, crevaisons, casses... « Je m'étais préparé à vivre ces galères. C'était plus une course de mental que physique », poursuit-il.

Un seul dans les délais
Le rallye-raid Paris-Dakar, comme il s'appelait alors, connaît aussi son premier mort : le motard Patrick Dodin, qui s'est tué en se rendant au départ de l'étape Agadez-Tahoua, au Niger. Le premier d'une liste noire de 24 concurrents décédés en course jusqu'à aujourd'hui.
La caravane avance, mais en patinant parfois, en raison d'une organisation encore tâtonnante. À quelques jours de la fin, seul un concurrent, Vassard sur une Honda 250 XL, arrive dans les délais de l'étape du Sahel, entre Bamako et Nioro, au Mali. « Thierry Sabine vient me voir et me dit que j'ai gagné, explique-t-il. Mais, pendant que je dormais, il a décidé d'annuler les pénalités. Il n'y avait pas la rigueur réglementaire, c'était plus une aventure. » À 22 ans, Cyril Neveu est arrivé à Dakar premier du classement, qui était commun à toutes les catégories, devant Gilles Comte sur une moto Yamaha et Vassard. Pour le pilote orléanais, c'est la première de ses cinq victoires, d'une course devenue par la suite plus professionnelle.
Soixante-quatorze concurrents, dont trois femmes, ont parvenu à rallier la place de l'Indépendance à Dakar. « Mon rallye sera un jour un "classique", il n'est pas plus dangereux qu'un autre, avait déclaré Thierry Sabine. Je ramène 70 rescapés fourbus, mais heureux et prêts à recommencer. »

Alexis HONTANG/AFP

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