Le pape François a présenté ses vœux à la curie hier. AFP Photo/Osservatore Romano
Le pape François a profité des vœux de Noël à la curie pour tacler sans les nommer les « traîtres » qui freinent sa réforme des institutions, tout en prônant une Église ouverte sur le monde extérieur.
Le souverain pontife, qui a lancé une ambitieuse réforme de la curie (gouvernement du Vatican), non sans de féroces résistances en presque cinq ans de pontificat, adressait hier ses traditionnels vœux aux cardinaux et évêques, qu'il égratigne chaque année.
Visage sérieux enfoui dans son discours, le pape a reconnu que la réforme de la curie nécessite « patience, attention et délicatesse » car il s'agit d'une « ancienne, complexe et vénérable » institution. Réformer revient à « nettoyer le sphinx d'Égypte avec une brosse à dents », a comparé le pape, en citant un prélat du XIXe siècle.
Pour le très attendu cru 2017 des vœux, le pape argentin a fustigé le comportement de ceux nommés pour faire avancer sa réforme, qui se transforment en « traîtres de la confiance ». « Ils se laissent corrompre par l'ambition et une gloire vaine et quand ils sont délicatement éloignés s'autoproclament à tort martyrs du système, disent "le pape ne m'a pas informé", parlent de "la vieille garde"... au lieu de faire un mea culpa », a-t-il critiqué.
François a souligné également l'importance de « dépasser cette logique déséquilibrée et indigne des complots ou des petits cercles », un « cancer qui conduit à l'autoréférentialité ».
Le pape a rappelé que tous les membres de la curie doivent « transmettre fidèlement la volonté du pape », en rendant néanmoins un hommage appuyé à l'immense majorité qui travaille avec « fidélité » et « compétence ».
Uppercut à un cardinal
L'année 2017 a connu son lot de départs retentissants de la curie. À commencer par le puissant chef d'orchestre de la réforme financière du Vatican, le cardinal australien George Pell, rentré au pays en juin où il est inculpé d'agressions sexuelles.
Fin novembre, Giulio Mattietti, le directeur adjoint de la banque du Vatican (l'IOR au passé sulfureux) a été limogé, sans explications.
Avant lui, l'ancien contrôleur des finances, Libero Milone, est parti discrètement en juin, avant d'accuser en septembre la vieille garde de la curie opposée à la modernisation de l'avoir poussé dehors. Le Vatican a toutefois rétorqué qu'il avait espionné la vie privée de hauts responsables du Saint-Siège...
Les allusions du pape semblent viser cet expert-comptable laïc italien. Mais surtout le cardinal Gerhard Müller, qui n'a pas été renouvelé l'été dernier à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l'historique organe héritier de l'Inquisition et chargé de veiller au dogme.
Hier, à l'issue des vœux, le cardinal a donné une poignée de main plutôt froide à François. Le cardinal affichait ses désaccords avec le pape sur sa ligne plus souple envers les croyants divorcés et remariés, qui continue à provoquer le courroux des traditionalistes défendant le mariage indissoluble.
Son « ministère » avait aussi été directement critiqué par une laïque irlandaise, Marie Collins, qui avait claqué la porte de la commission papale de lutte contre la pédophilie, évoquant un manque « honteux » de coopération.
Le cardinal Müller, qui multiplie les déclarations aux journaux, s'est plaint d'un traitement autoritaire : « Le pape m'a informé en une minute de sa décision de ne pas prolonger mon mandat. » Il a prévenu récemment du risque « d'un schisme d'une partie du monde catholique, désorienté et déçu » si le pape n'écoute pas ceux qui ont des doutes sur ses décisions.
À l'automne, un groupe d'une soixantaine de laïcs, prêtres et théologiens du monde entier, proches des milieux ultraconservateurs, avaient rendu publique une « correction filiale » dénonçant des « hérésies » dans les ouvertures du pape sur la famille. Ils reprenaient ainsi les griefs d'une lettre publiée l'année précédente par quatre cardinaux (deux sont morts depuis), qui a fait couler beaucoup d'encre.
Source : AFP

