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Un olivier centenaire zghortiote est tombé

Hommage à Milad el-Ghazal Mouawad
Jean B. ESTA | OLJ
05/12/2017

Il avait le don des affaires et la fureur de vivre des gens du Nord. Parti de rien, comme il le raconte lui-même, sans aucun diplôme, il pénètre, dès le début des années 70, le cercle des grandes entreprises de l'époque ayant toutes des ingénieurs à leur tête. C'est que Milad el-Ghazal Mouawad avait de l'ambition, était un travailleur acharné sur ses chantiers dès 6h du matin, un meneur d'hommes qui savait se faire aimer de ses subordonnés. La recette : son grand cœur.
Il fallait qu'il se donne une image de marque beyrouthine et qu'il sorte du cadre fermé du Nord. Il s'était alors attiré les services d'une très belle figure de l'époque et qui le reste, Charles Eddé, et le déclarera partenaire officiel en créant l'Entreprise Mouawad-Eddé. Partenariat réussi, puisqu'il est toujours là depuis quatre décennies.
Je l'ai personnellement bien connu au cours du fameux été 1982. Au mois d'avril de cette année, la voie côté mer de l'autoroute du Nord à Hamat avait accusé une rupture sévère. L'accès au Nord était menacé. Le CEGP s'empressa de me confier la réalisation d'un mur en terre armée, de 18 mètres de hauteur, le plus haut au Proche-Orient à l'époque.
L'entreprise générale chargée des terrassements était celle de Mouawad-Eddé. Les travaux démarrèrent très vite. Inutile de dire avec quels soins Milad Mouawad nous entoura, l'ingénieur Kamal Michel Asmar et moi-même. Nous faisions en effet la navette tous les jours entre Beyrouth et Hamat, et, à partir de Barbara, la route était vide : l'armée syrienne avait posé des mines pour faire sauter les ponts au cas où les Israéliens, qui avaient envahi le Sud début juin 82, avanceraient vers le Nord. Milad Mouawad venait de Ehden quotidiennement aussi. Il voulait à tout prix terminer ce mur et ouvrir la voie ouest alors que celle de l'est était en péril. Il y mettait toute son énergie et ira même jusqu'à m'inviter à venir avec ma famille à Ehden pour être plus proche du chantier. Cette aventure le mettra en confiance et c'est avec son agrément que, l'année d'après, Charles Eddé nous confia les travaux de clouage de la fouille de Bourj el-Ghazal, le premier chantier de ce type au Liban.
Faut-il rappeler qu'il fut à l'origine de l'implantation de grands établissements scolaires sur les collines qu'il a développées ?
Par ailleurs, sa discrétion dans le partage ne me permet pas de parler de ses nombreuses œuvres sociales, notamment dans la région de Zghorta.
Un grand olivier centenaire, le dernier grand entrepreneur des années glorieuses du Liban, a fini par tomber.
Qu'il repose en paix.

 

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