X

Moyen Orient et Monde

Chafiq, une gêne plus qu’une menace pour Sissi

Égypte
OLJ
02/12/2017

La candidature de l'ex-Premier ministre Ahmad Chafiq à la présidentielle de 2018 en Égypte pourrait constituer une gêne, à défaut d'une réelle menace, pour le pouvoir de Abdel Fattah al-Sissi dans sa quête très probable d'un second mandat.
M. Chafiq, qui vit en exil aux Émirats arabes unis, a annoncé mercredi son intention d'être candidat à la présidentielle. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry a assuré hier qu'il n'y avait « pas de raison » pour qu'il ne puisse pas se présenter. « Le gouvernement a peur de n'importe quel candidat mais particulièrement de M. Chafiq (...)
qui a bien plus d'expérience politique que M. Sissi lui-même n'en avait », avant son arrivée au pouvoir, explique à l'AFP Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire. Haut gradé de l'aviation, M. Chafiq avait été nommé Premier ministre au cours des derniers jours au pouvoir de Hosni Moubarak, chassé par un soulèvement populaire en 2011. Candidat à la présidentielle de 2012, il avait perdu de peu face à l'islamiste Mohammad Morsi. En 2013, M. Morsi était destitué par l'armée, alors dirigée par M. Sissi.

« Dénigrement »
Selon M. Nafaa, M. Chafiq est redouté pour avoir été un ancien candidat sérieux à la présidentielle, un proche de la très importante institution militaire et un chef de gouvernement. Mais « avec ou sans M. Chafiq, les élections ne seront pas véritables », car « le gouvernement veut à tout prix que M. Sissi accède à un second mandat », prévient-il.
Alors que les candidats entreront officiellement en lice lors du lancement des procédures devant la commission électorale début 2018, les commentateurs prorégime ont, eux, critiqué immédiatement l'annonce de M. Chafiq. Dans l'émission de télévision qu'il anime, le député Mostafa Bakry l'a présenté comme le « candidat du 6 Avril (un mouvement révolutionnaire), des gauchistes révolutionnaires (...) et des Frères musulmans ». Des gens qu'il accuse de « détester » l'Égypte et ses institutions. Le parti de M. Chafiq, le Mouvement national égyptien, a dénoncé une « campagne de dénigrement féroce ». L'opposition de gauche marque aussi ses distances avec l'ancien homme du sérail sous Moubarak.
« M. Chafiq ne présentera pas une politique radicalement différente du régime actuel », estime Elham Eidarous, responsable de la campagne du célèbre avocat et défenseur des droits de l'homme Khaled Ali qui veut lui aussi se présenter à la présidentielle. Élu en 2014 avec 96,9 % des voix dans une élection sans opposant sérieux, le président Sissi avait affirmé début novembre qu'il ne comptait pas briguer de troisième mandat en 2022, laissant toutefois la porte ouverte pour 2018. Prenant soin de rester au-dessus de la mêlée politique, il pourrait toutefois être contraint de descendre davantage dans l'arène pour défendre son bilan face à des concurrents en campagne.

« Nostalgie de l'époque Moubarak »
Accusé par les organisations de défense des droits de l'homme d'innombrables violations, le régime de M. Sissi insiste pour sa part sur la priorité de la lutte contre le terrorisme et le redressement de l'économie. Mais durant son mandat, l'Égypte a subi de nombreuses attaques contre les forces de sécurité et les civils. Le 24 novembre, le pire attentat dans l'histoire récente du pays a fait plus de 300 morts dans une mosquée du Sinaï. Sur le plan économique, la population souffre d'une inflation annuelle galopante évaluée à plus de 30 % depuis la dévaluation l'année dernière de la monnaie nationale qui a perdu la moitié de sa valeur par rapport au dollar.
Dans ce contexte, « plusieurs couches de l'opinion publique considèrent que malgré tous ses aspects négatifs, le régime de Moubarak était meilleur », observe pour l'AFP Mostafa Kamal el-Sayed, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire. Sous son pouvoir, « il y avait plus de sécurité dans le pays, l'économie fonctionnait mieux (...) et il y avait aussi plus de liberté d'expression », affirme-t-il. Cette « nostalgie de l'époque Moubarak » représente, selon lui, un atout pour M. Chafiq. Mais, souligne M. Sayed, il est peu probable que les groupes favorables à M. Moubarak quittent le camp Sissi. « Dans le contexte politique actuel, je ne vois pas de possibilité d'une concurrence politique véritable », conclut Ashraf el-Sherif, maître de conférences en sciences politiques à l'Université américaine du Caire.

Aziz EL-MASSASSI/AFP

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Henrik Yowakim

La candidature de l'ex-Premier ministre Ahmad Chafiq à la présidentielle de 2018 en Égypte pourrait constituer une gêne, à défaut d'une réelle menace, pour le pouvoir de Abdel Fattah alSissi dans sa quête très probable d'un second mandat.

SECOND MANDAT ?????

VOUS VOULEZ SUREMENT PLAISANTER/RIGOLER.
ABDEL FATTAH SISSI LE NOUVEAU PHARAON/GANGSTER DE L'EGYPTE SERA COMME SES ILLUSTRES PRÉDÉCESSEURS MILITAIRS PRÉSIDENT A VIE AVEC 99.99% DES VOTES POPULAIRES

Dernières infos

Les signatures du jour

Commentaire de Anthony SAMRANI

Échec au roi...

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué