Explosion de joie dans les rues de Harare, après l’annonce de la démission, hier, de Mugabe. Mike Hutchings/ Reuters
Robert Mugabe a mis fin, hier, à son règne autoritaire de 37 ans à la tête du Zimbabwe, en présentant sa démission de la présidence du pays, poussé vers la sortie par l'armée, son propre parti et la rue au terme d'une semaine de crise. Le plus vieux dirigeant en exercice de la planète, âgé de 93 ans, a annoncé sa décision historique dans une lettre envoyée au président de l'Assemblée nationale, qui débattait depuis le début de l'après-midi de sa destitution. « Moi Robert Gabriel Mugabe (...) remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat. Ma décision de démissionner est volontaire. Elle est motivée par ma préoccupation pour le bien-être du peuple du Zimbabwe et mon souhait de permettre une transition en douceur, pacifique et non violente qui assure la sécurité nationale, la paix et la stabilité », a lu Jacob Mudenda, provoquant un tonnerre d'applaudissements dans les rangs des élus.
Très attendue, l'annonce du départ du chef de l'État a été saluée dans les rues de la capitale Harare par un concert de klaxons. « Je suis si heureux que Mugabe soit parti. Trente-sept ans de dictature, ce n'est pas rien. Maintenant je rêve d'un nouveau Zimbabwe dirigé par le peuple (...) », a réagi Tinashe Chakanetsa (18 ans). « Nous sommes tout simplement tellement heureux. Enfin les choses changent. On se réveille depuis si longtemps en attendant ce jour », a lancé Togo Ndhlalambi (32 ans).
Dans une première réaction occidentale à la démission de M. Mugabe, la Première ministre britannique Theresa May a estimé que « la démission de Robert Mugabe offre au Zimbabwe l'opportunité de se forger une nouvelle voie libre de l'oppression qui a caractérisé son pouvoir ». « En tant que plus vieil ami du Zimbabwe, nous ferons tout ce qui est possible pour apporter notre soutien, en travaillant avec nos partenaires internationaux et régionaux pour aider le pays à atteindre l'avenir meilleur qu'il mérite », a ajouté Mme May.
Bras d'honneur
Accueilli en libérateur à l'indépendance en 1980, le « camarade Bob » a dirigé son pays d'une main de fer, muselant tous ses opposants et ruinant son économie. Mais il semblait indéboulonnable, dernier chef d'État africain issu des luttes pour l'indépendance encore au pouvoir. C'est sa deuxième épouse, Grace Mugabe (52 ans), qui a précipité la chute de son régime. Le 6 novembre, elle avait obtenu l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, qui lui barrait la route dans la course à la succession de son mari, à la santé de plus en plus fragile. L'éviction de ce fidèle du régime, héros de la lutte de libération du Zimbabwe, a provoqué l'intervention de l'armée, qui contrôle le pays depuis la nuit du 14 au 15 novembre.
Depuis, M. Mugabe résistait aux appels à la démission. Les militaires, qui se sont défendus de mener un coup d'État, essayaient depuis plusieurs jours d'obtenir en douceur la reddition du chef de l'État afin d'éviter les critiques et d'éventuelles menaces d'intervention des pays voisins, où l'aura du « libérateur » Mugabe est restée très forte. Mais à plusieurs reprises, M. Mugabe a catégoriquement rejeté leurs offres. Dimanche dernier, il s'est même permis un ultime bras d'honneur en refusant d'annoncer à la télévision nationale le départ que tout le monde attendait. La direction de la Zanu-PF, son propre parti, l'avait pourtant spectaculairement démis de ses fonctions de président le jour même, avait exclu de ses rangs la Première dame et avait menacé de le destituer s'il refusait de se démettre.
Faute de signe de la part de M. Mugabe, la Zanu-PF a lancé hier au Parlement une procédure de destitution, du jamais-vu dans l'histoire du pays. « Mugabe a autorisé sa femme à abuser des ressources de l'État (...), à insulter et humilier le vice-président de ce pays, l'honorable Emmerson Mnangagwa » et à « menacer de tuer le vice-président Mnangagwa », l'a accusé son propre parti dans sa motion de destitution. Le débat venait à peine de commencer, lorsque le président de l'Assemblé a lu la lettre de démission de M. Mugabe.
Selon toute vraisemblance, la période de transition qui s'ouvre devrait être dirigée par l'ancien vice-président Mnangagwa, en exil, qui était sorti hier de son silence en appelant M. Mugabe à démissionner. Mais M. Mnangagwa ayant été limogé, c'est en principe l'autre vice-président du pays, Phelekezela Mphoko, un proche de Grace Mugabe exclu de la Zanu-PF, qui devrait prendre les rênes du pays, selon la Constitution. « Je pense qu'Emmerson Mnangagwa va prêter serment très rapidement », a anticipé l'analyste Derek Matyszak, de l'Institut pour les études de sécurité (ISS) de Pretoria (Afrique du Sud). « D'après ce que je sais, Mphoko n'est pas dans le pays. Le gouvernement devrait se réunir (...) et nommer un président ou un vice-président », a ajouté l'expert.
Source : AFP

