Dans le sillage de la vague de solidarité avec le Premier ministre Saad Hariri, qui émane même du Hezbollah, des parties issues du 14 Mars ont tenté de rectifier le tir, en revenant vers l'essentiel du problème, à savoir l'ampleur de l'influence iranienne au Liban, que maquillerait l'empathie affichée par le 8 Mars à l'égard de M. Hariri.
L'ancien président de la République, Amine Gemayel, et le président des Forces libanaises, Samir Geagea, ont pris samedi dernier une position similaire à celle exprimée hier soir par M. Hariri, notamment la nécessité de rééquilibrer les rapports internes afin de préserver la stabilité.
M. Geagea a tweeté un message « à tous ceux qui, au sein du 8 Mars, pleurent l'absence du président Saad Hariri : si vous souhaitez vraiment ce retour, le seul moyen sera de prendre une décision unifiée d'un retrait des crises régionales ».
Pour sa part, le président Gemayel a appelé à « lire la situation dans sa globalité », c'est-à-dire au-delà de la question du retour de Saad Hariri, « même si nous souhaitons tous ce retour, celui-ci ne va pas régler le problème parce que la crise a pris forme » bien avant la démission et « aurait fini par éclater indépendamment de celle-ci ». Et de relever que « la lettre de démission comporte des points substantiels qu'il ne faut pas occulter et qui portent, à n'en point douter, la marque d'un patriotisme libanais, notamment le point relatif à la souveraineté du Liban (...) et les transgressions faites à la Constitution ». Si M. Gemayel a décelé, dans la dernière apparition télévisée du président de la République, Michel Aoun, « une couverture aux armes du Hezbollah », il n'a pas manqué d'appeler le chef de l'État à « faire preuve de force en menant un débat franc sur les moyens de ramener la situation vers les assises libanaises, c'est-à-dire la Constitution, le pacte national et une conception unifiée de la souveraineté ».
C'est dans un esprit conforme à celui du Premier ministre démissionnaire que s'est exprimé Michel Moawad, hier à midi, depuis l'Australie. « Notre choix est de revenir à l'unité nationale en consolidant le compromis de la présidentielle et en y parvenant par la distanciation du Liban des conflits régionaux », a-t-il dit.
De son coté, le bloc du Futur s'est réuni d'urgence samedi soir à la Maison du Centre sous la présidence du député Fouad Siniora. Dans un communiqué, il a « stigmatisé les campagnes visant l'Arabie saoudite et son commandement », en les situant dans le cadre « d'un plan de déstabilisation du pays ».
Le bloc a ensuite « réaffirmé son refus catégorique des ingérences iraniennes dans les affaires des pays arabes frères, ces ingérences étant l'un des facteurs déclencheurs des discordes et guerres dans notre région ». Il a notamment condamné « les agressions visant le royaume en provenance d'organes iraniens dans le Yémen », tout en appelant à les « freiner », entre autres, par « une position arabe unifiée qui fasse assumer à l'Iran les retombées de sa politique ».
Le bloc a en outre critiqué ceux qui « surenchérissent sur le bloc du Futur et le Premier ministre Saad Hariri d'amour et de fidélité à l'égard de l'Arabie (...) ».
L'ancien député Moustafa Allouche, qui s'exprimait samedi à la radio, a dénoncé de manière plus frontale la politique de Téhéran, l'accusant d'avoir « tenté depuis 2011 de déloger Saad Hariri du pouvoir ». Penchant vers une confrontation avec le Hezbollah, il a estimé que le retour du leader du courant du Futur au Liban devrait servir cet objectif.
Pour le député Khaled Daher, qui s'exprimait samedi dernier lors d'une conférence de presse à son domicile à Tripoli, ce n'est pas tant le retour de Saad Hariri qu'il faudrait réclamer, mais « une adhésion aux motifs de sa démission ».
Liban - Réactions
L’influence iranienne pointée du doigt par les milieux souverainistes
OLJ / le 13 novembre 2017 à 01h51

