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Culture

Michel Harmouche, le goût des arbres...

Exposition

Le décorateur a planté ses peintures, tout en lignes graphiques et motifs stylisés, dans l'espace brut du 3 Beirut.

30/10/2017

Il reste aux yeux de nombre de ses compatriotes un maître du goût et du raffinement. Michel Harmouche a en effet été l'un des premiers décorateurs libanais*. Il a signé certains des intérieurs les plus cossus, certains même princiers, de Beyrouth et de la région. Et puis, une fois la retraite venue, cet esthète dans l'âme est revenu vers sa passion première : la peinture. Avec une palette à l'harmonie parfaitement maîtrisée, il a commencé par peindre, il y a quinze ans, tout ce qui composait jusque-là son univers : la matière, le tissu, les motifs décoratifs... Avant de se décider à libérer son pinceau en le dédiant à la représentation paysagère. Cet amour de la nature – que beaucoup ne soupçonnaient pas chez lui –, en particulier son goût des arbres, ont ainsi généré ces dernières années une multitude de grandes huiles sur toiles sur ce thème « arboricole » récurrent, sinon unique. « Tout ce qui a trait à la terre me touche. Et tout ce qui est artificiel m'ennuie profondément », assure-t-il pour justifier cette obsessionnelle thématique.
À l'instigation de la galeriste Dala Bahaderian qui l'a convaincu, dit-elle, « de ne pas être égoïste et de donner à voir, 7 ans après sa dernière exposition, ses nouvelles productions au public », Michel Harmouche s'est finalement décidé à exposer une vingtaine de ses peintures récentes. Non pas en galerie mais, hors les murs, dans 3 Beirut (trio d'immeubles en construction en plein cœur de la capitale). Dans cet espace ouvert, qui offre une certaine adéquation avec l'amplitude de son geste pictural, l'artiste a installé sa forêt de grands – et même très grands – tableaux... d'arbres, évidement.

Sauf que ses arbres picturaux sont plus que de simples troncs, branchages et feuillages reproduits à l'huile sur canevas. Tout en lignes graphiques, ils se détachent sur des fonds souvent divisés en plages géométriques jouant les accords de tonalités douces. Et leurs silhouettes, toujours arrondies, enserrent une multitude de petits motifs répétitifs qu'on dirait parfois directement inspirés de luxuriantes étoffes... Quadrillés, pointillés, hachurés, parfois rehaussés de feuilles d'or, les arbres de Harmouche sont, indéniablement, porteurs des réminiscences et sophistications de son ancien métier... Si l'ensemble des pièces exposées offre une certaine similarité de traitement, chaque composition est différente, chaque arbre est singulier. Au point qu'ils prennent parfois, sous certains angles, des physionomies, des allures ou encore des profils de personnages. Réunis sur une même toile, les petits et rondouillards, les grands et élancés, mais encore les massifs deviennent évocateurs de communautés de gens, voire de membres d'une même famille ou des duos de couples... « Normal, vous dira Harmouche, l'arbre c'est la vie ! »

 

Savoir regarder...
L'esprit alerte, le coup de pinceau saisissant de justesse, autant dans l'harmonie des couleurs que dans la fermeté du tracé, celui qui s'amuse à planter ses arbres graphiques et stylisés sur d'immenses toiles est heureux de les exposer dans cet espace brut. C'est comme s'il introduisait un peu de nature au cœur du béton. Et puis, le lieu ouvert et doté d'une large esplanade convient à l'irrépressible besoin d'amplitude de ce fringant monsieur de 93 ans qui « déteste les petites toiles autant que les petits espaces ».

Ce qui est frappant dans l'œuvre, comme dans la personnalité, de Michel Harmouche, c'est sa vitalité sereine, cet apaisement qui s'en dégage. « Dieu merci, j'ai toujours fait ce que j'avais envie de faire », confie-t-il au détour d'une phrase. Avant de rajouter : « En fait, la vie vous mène toujours là où vous devez arriver... Si vous savez regarder. » Les arbres, entre autres ?

 

3 Beirut, rue Omar Daouk (à quelques mètres de l'immeuble Starco). Jusqu'au 2 novembre, de 14h à 19h.

*Le tout premier Libanais diplômé de l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, en 1946.

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