Une des affiches à la gloire de Hassan Nasrallah distribuées hier dans la banlieue sud, et sur laquelle on peut lire « Ma banlieue est plus belle grâce à toi ».
Le démantèlement avant-hier d'échoppes illégales à Hay el-Sellom et les insultes proférées à la télévision par un habitant du quartier à l'encontre du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et de la Syrie ont profondément secoué la scène locale. Il s'agit sans doute de la première fois que des personnes faisant parti de ce qu'on peut appeler le « peuple » du Hezbollah critiquent aussi ouvertement le parti, et à visage découvert. La vidéo de l'homme qui a insulté Hassan Nasrallah a d'ailleurs fait le buzz hier sur les réseaux sociaux. Si la formation chiite tente de minimiser la portée d'un tel comportement, ses opposants, eux, y voient la fin d'un tabou.
Le Hezbollah s'est dépêché hier de lancer une campagne dans la banlieue sud de Beyrouth, y distribuant des tracts favorables à Hassan Nasrallah et accrochant des banderoles et des affiches à la gloire de ce dernier. Son bloc parlementaire a même affirmé que les habitants de la banlieue sud étaient favorables au respect de la loi. « La banlieue sud demande que la loi soit appliquée et appelle à ce que tout soit fait dans ce but », souligne un communiqué publié à l'issue de la réunion hebdomadaire du bloc parlementaire, déplorant les « interprétations politiques et médiatiques » faites après les incidents de Hay el-Sellom.
Mercredi matin, des habitants de ce secteur avaient brûlé des pneus et coupé des routes afin d'empêcher les Forces de sécurité intérieure de procéder à la fermeture de petits commerces exerçant illégalement.
Un homme et une femme de la famille Chamas s'étaient ensuite attaqués au Hezbollah devant les caméras de télévision, le premier en dénonçant la mort des combattants du Hezb en Syrie et en insultant Hassan Nasrallah. Quant à la femme, elle a dénoncé des chantages de nature sexuelle commis par certains cadres du Hezbollah à l'encontre des femmes divorcées, en échange d'une certaine protection. L'homme s'est confondu publiquement en excuses hier lors d'une conférence de presse organisée par son clan, après que des rumeurs ont circulé hier sur son arrestation.
(Lire aussi : À Hay el-Sellom, des protestataires chiites s’en prennent publiquement à Hassan Nasrallah)
« C'est leur faim et leur pauvreté qui ont parlé »
Contacté par L'Orient-Le Jour, Hussein Moussaoui, député de Baalbeck et membre du Hezbollah, a fait état d'une situation de « choc » au sein de son parti après les incidents de Hay el-Sellom. « Nous sommes sous le choc. Nous ne nous attendions pas à ce que certains critiquent le sayed (Nasrallah) », a-t-il confié. « C'est leur faim et leur pauvreté qui ont parlé. Il s'agit de paroles qui ont été proférées lorsque leurs échoppes ont été détruites par les forces de sécurité. Mais ils ont présenté des excuse et leur famille s'est désolidarisée d'eux. La jeune femme a dit qu'elle regrettait ses propos. Si Hassan Nasrallah lui demande aujourd'hui de mourir, elle le fera, mais on sait qu'il ne le lui demandera pas », a souligné M. Moussaoui. Il s'est dit par ailleurs pour le démantèlement des échoppes illégales, tout en contestant le fait qu'elles aient été détruites « sans que leurs propriétaires aient pu récupérer leurs marchandises ».
Pour l'ancien député Moustapha Allouche (Futur), « les réactions des habitants de Hay el-Sellom prouvent que leur relation avec le Hezbollah est basée sur des intérêts et que ces intérêts, aussi minimes soient-ils, ne sont plus garantis ». « Le nombre des morts en Syrie est maintenant élevé. On parle de 1 500 à 2 000 morts parmi les combattants du Hezbollah. Cacher les défauts par la générosité est de plus en plus difficile pour le Hezb », a estimé M. Allouche.
« Il est évident qu'un tabou vient de se briser et que ce qui se disait à huis clos dans la banlieue sud est désormais dit en public », a souligné pour sa part à L'OLJ l'activiste et analyste politique Lokman Slim, qui fait partie des chiites opposés au Hezbollah. « Cet incident microscopique s'est transformé en une plateforme à partir de laquelle les gens se sont exprimés. Cela montre que les gens ont des choses à dire sur l'implication du Hezbollah dans la guerre en Syrie ou sur la corruption dans ses rangs », a expliqué M. Slim. « Le Hezbollah est conscient de la dangerosité de ce qui se passe et je n'exclus pas l'usage de l'industrie de la peur. Le parti chiite usera sûrement de sa fameuse dialectique peur/protection », a-t-il conclu.
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"'Si Hassan Nasrallah lui demande aujourd'hui de mourir, elle le fera, mais on sait qu'il ne le lui demandera pas', a souligné M. Moussaoui". Ce genre de commentaire (je dirai plutôt menace) ne nous choque plus ! Quelle honte...
14 h 52, le 27 octobre 2017