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Liban

Quand les jeunes des pays arabes font irruption dans la sphère de décision...

Développement durable

Lundi a eu lieu la clôture du camp « Beirut Hackaton », organisé par le Portail pour le développement arabe du PNUD, au cours duquel une cinquantaine de jeunes ont présenté des projets innovateurs pour leur pays.

25/10/2017

Ils sont une cinquantaine de jeunes, 25 hommes et 25 femmes, de 14 pays arabes, choisis parmi quelque 600 participants à l'origine. Durant quatre jours, ils ont œuvré avec passion, entre quatre murs, pour produire des projets innovateurs et donner corps aux concepts – parfois obscurs pour le grand public – des objectifs du développement durable tels que définis par les Nations unies (voir encadré). Certains ont choisi de privilégier la croissance économique, d'autres des sujets de santé comme l'allaitement maternel (pour l'équipe libanaise notamment) ou la lutte contre le choléra, d'autres encore des sujets se rapportant au genre... Mais tous ont présenté lundi, à un jury au Liban, des produits qui sont autant d'outils pouvant servir la cause qui leur tient à cœur : un site internet interactif, un minidocumentaire, des graphes, des jeux, etc.
L'initiative revient au Portail pour le développement arabe, un mécanisme de collecte et de publication des données à l'échelle des 22 membres de la Ligue des pays arabes, mis en place par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et le Fonds de l'OPEP pour le développement international (FODI), afin de combler un évident manque au niveau de la région. Cette approche scientifique se retrouve dans le « Beirut Hackaton » en particulier, où les jeunes ont bénéficié de conseils sur la manière de traiter les problèmes et de manier les données, comme l'explique à la presse Farah Choucair, directrice du portail.

« À l'époque où nous vivons, avec les réseaux sociaux et les divers moyens de communication, le problème n'est plus de se faire entendre des responsables, souligne Farah Choucair. Notre apport est de donner à ces jeunes des moyens techniques et analytiques afin qu'ils parviennent à produire un message clair et significatif à l'encontre des gouvernements. » En d'autres termes, un message qui ne soit pas seulement entendu, mais qui puisse être vecteur de changement.

 

(Lire aussi : Journée du volontariat français : Quand des jeunes s'engagent au service de la société libanaise)

 

Un « superlait » !
Un message clair et percutant, c'est ce qui transparaît dans le minidocumentaire réalisé par trois jeunes Libanaises, Alexandra Irani, Joanna Zeenny et Zeina Jamaleddine, qui a reçu le premier prix. Le ministre de la Santé Ghassan Hasbani, présent pour une partie des présentations, notamment celle de l'équipe libanaise, a déclaré à la presse son intention de relayer ce concept à la commission ministérielle du Développement durable (présidée par le Premier ministre), dont il a la charge.

Les trois jeunes femmes, qui se complètent par des spécialisations différentes respectives en communication, design et santé, se sont lancées dans un sujet difficile et tabou dans les pays arabes. « Nous avons voulu montrer que ce sujet ne concerne pas que les mères et leurs enfants, mais tout le monde, puisqu'il a un impact sur la santé, l'éducation, l'économie, etc. », explique Alexandra à L'OLJ.

Pour cela, l'approche était ingénieuse et à la portée de tous, ainsi que le souligne Joanna : comme il aurait été délicat de parler d'allaitement et de seins, le message s'est concentré sur le lait, baptisé pour l'occasion « Supermilk ». « Voici comment nous nous sommes focalisées sur les bénéfices de l'allaitement », un message essentiel pour les pays arabes, dit-elle. Le minidocumentaire a été réalisé à l'aide de figurines en pâte à modeler, avec des images successives à la façon des dessins animés, ce qui a rendu le message très attirant. Elles se disent « très enthousiastes » à l'idée que le ministre de la Santé compte relayer leurs idées en Conseil des ministres. « Nous souhaitions depuis le départ que ce projet ne soit pas confiné à cette seule compétition, parce que nous en voyons le potentiel », précise Alexandra.

Le groupe algérien, composé de trois jeunes hommes cette fois, Oussama Menidjel, Khaled Ben Hourriya et Mohammad Terbaoui, a une approche différente – ils ont remporté le troisième prix, le deuxième ayant échu à l'équipe irakienne. Avec un site interactif et une vidéo bientôt sur YouTube, les trois participants veulent montrer à d'éventuels investisseurs par quels moyens ceux-ci peuvent participer à l'économie de leur pays, qu'ils voient déjà comme une potentielle puissance industrielle et économique d'Afrique. « Nous avons simplifié les nombreuses informations par des graphes et par d'autres moyens », souligne Mohammad.

Les données peuvent bien provenir du gouvernement en majorité, l'approche des jeunes gens n'en reste pas moins axée sur les lacunes à combler, notamment l'énorme fossé entre les importations et les exportations, dans un pays riche en matières premières, comme l'explique Khaled. Comment seraient-ils entendus par leurs autorités ? « Notre stratégie sera le marketing sur internet, sur les réseaux sociaux et dans les médias, ainsi qu'au cours des événements », explique Oussama. « Notre approche sera surtout axée sur les jeunes », renchérit Mohammad.

 

(Pour mémoire : « Depuis 1990, plus de 200 consultants du Pnud se sont relayés dans divers ministères »)

 

Hasbani : Passer par le changement de lois et la sensibilisation
Ces projets, comme cela est perceptible dans les deux exemples précédents, peuvent constituer un réel apport aux décideurs comme au grand public, venu de la jeunesse qui constitue un tiers au moins des populations arabes. Cela n'a pas échappé au ministre Hasbani qui a relevé, dans un mot improvisé, « la précision » avec laquelle les sujets ont été traités, soulignant l'importance de véhiculer des messages clairs qui vont droit au but.

Dans une conversation avec la presse, le ministre se félicite de cette initiative fondée sur la coopération entre les jeunes, estimant que le monde va dans le sens de solutions apportées davantage par de tels réseaux que par des institutions au sens traditionnel du terme. Il explique par ailleurs que les concepts énoncés à la clôture de ce camp font écho au travail de la commission du Développement durable dont il a la charge, et qui veille à des politiques à long terme, prenant en compte la nécessité des changements de loi et de la sensibilisation.

Interrogé sur les priorités de cette commission, M. Hasbani souligne qu'elles sont en cours d'élaboration puisque la structure est créée de fraîche date, tout en insistant sur le fait qu'il existe de nombreux plans dans les différents ministères qui serviront de base pour définir ces priorités. L'intérêt du cadre apporté par les objectifs de développement durable sera de considérer ces politiques sous un angle multidisciplinaire en s'assurant qu'elles respectent tous les impératifs du développement, explique-t-il. Il donne l'exemple du plan de gestion des déchets actuellement débattu en Conseil des ministres, sur l'incinération pour production d'énergie : sans vision claire sur la maintenance, le traitement des résidus, etc., ce qui semble être une solution peut devenir source de problème...

Enfin, Khaled Abdelchafi, directeur du bureau régional du PNUD à Amman, précise que les idées nées de ce camp, qui se tient pour la première fois, seront mises sur la table des décideurs. Il encourage la société civile en général, les jeunes en particulier, à utiliser de telles idées pour faire pression sur les autorités.

 

Les 17 objectifs du développement durable
Comme on le lit dans le site de l'ONU qui leur est réservé, les 17 objectifs du Programme de développement durable à l'horizon 2030 sont entrés en vigueur le 1er janvier 2016, après avoir été adoptés par les dirigeants du monde en septembre 2015 lors d'un sommet des Nations unies. Voici, en substance, les 17 objectifs définis par l'ONU :

- Éradication de la pauvreté
– Faim « zéro »
– Bonne santé et bien-être
- Éducation de qualité
- Égalité entre les sexes
– Eau propre et assainissement
– Énergie propre à un coût abordable
– Travail décent et croissance économique
– Industrie, innovation et infrastructure
– Réduction des inégalités
– Villes et communautés durables
– Consommation et production responsables
– Mesures relatives à la lutte contre le changement climatique
– Vie aquatique
– Vie terrestre
– Paix, justice et institutions efficaces
– Partenariats pour la réalisation des objectifs.

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