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Culture

Se déplacer en masse, mais partir toujours seul...

Exposition

À la galerie Tanit*, Shirin Ettehadieh redéfinit le concept de mouvement tout en pesanteur et celui de profondeur tout en verticalité. « Encounter », un déplacement à faire.

Danny MALLAT | OLJ
24/10/2017

Née à Téhéran en 1946, Shirin Ettehadieh entame ses études à l'Université de South Bank de Londres et les achève à l'École du Louvre à Paris (1982). Bien que ses œuvres soient exportées depuis 1984 dans le monde entier (France, Grèce, Pays-Bas, Suisse), l'artiste demeure une sédentaire attachée à sa terre natale, sa plus grande source d'inspiration. Elle réalise ainsi de nombreuses expositions individuelles et collectives en Iran et pendant de nombreuses années son travail a souvent porté sur les femmes : « Ce thème des femmes, dit-elle, me permet toujours de travailler de façon plus professionnelle et de me faire voir plus en profondeur. » Dans son exposition à la galerie Tanit, Shirin Ettehadieh traverse des paysages aux couleurs de la Perse et qui s'offrent à voir comme des compositions réduites aux strates qui les composent, et encore et toujours, l'ombre des femmes...

 

Quand la Perse s'éveille
La République islamique d'Iran, après avoir longtemps diffusé une peinture révolutionnaire, décide, à partir des années 1990, de modifier sa stratégie et de jouer la carte de l'ouverture. Les artistes indépendants ont pu ainsi, sous Alireza Sami Azar, le directeur du Musée d'art contemporain de Téhéran, accéder à une certaine visibilité, assumer ouvertement leurs choix artistiques, le plus souvent en faveur de la nouvelle peinture, et obtenir une importante marge de manœuvre. C'est ainsi qu'est née La Maison des artistes où, en 2006, Shirin Ettehadieh expose, en solo, ses tableaux abstraits, dont la texture est travaillée de telle sorte à obtenir des effets de relief, parfois en y adjoignant d'autres matériaux.

Depuis, fidèle à cette facture qui la distingue, l'artiste se renouvelle à l'infini avec un talent évident. Pionnière dans l'art contemporain, elle a été la première à travailler les portraits en grand format (2m x 2m). Elle a souvent abordé le thème des miroirs, pour réaliser un jour face à une glace brisée que sa peinture est toujours accidentelle : « Il faut qu'il y ait un événement qui nécessite le travail pour que je puisse réfléchir. »

 

(Lire aussi : Beyrouth et sa seconde première peau, selon Lamia Joreige...)

 

Partir, c'est mourir un peu
La galerie Tanit emmène ses visiteurs à la découverte de ce qui anime l'artiste iranienne. Un itinéraire pictural comme un prétexte pour s'interroger sur le problème fondamental qui a longtemps secoué son pays, celui de l'exode et de la solitude qui l'accompagne. L'artiste est mue par une pensée visuelle de son pays et puise ses références dans le vécu. C'est un lent processus de maturation qui est mis en œuvre par une peinture travaillée par strates géologiques superposées, comme pour remonter le temps, et peut-être changer son cours.

Quelque chose d'une puissance fondamentale constitue le vecteur cardinal de chacune de ses compositions. Une puissance et une maîtrise qui laissent le visiteur vaciller paradoxalement entre une verticalité voulue et une impression de profondeur qui entraîne le regard à pénétrer très loin. Entre effroi et poésie, la beauté se dévoile lentement et le contraste entre ombres, lumières et couleurs fait émerger les volumes. Sur le support, l'artiste redessine la magie des étendues de sables foulées par les pas chargés d'angoisse des émigrants, comme si chaque sujet venait à traverser chacun des pores du papier. Sa palette déploie des noirs éclairés de reflets changeants, des rouges flamboyants nés d'une nuit nuptiale entre le soleil et la terre, des ocres poussiéreux qui respirent le sable évanescent et des roses brisés en prismes multiples. Shirin Ettehadieh éclaire ce qui est à ses yeux la plus grande tourmente de son pays, le déplacement des masses, l'exode qui aujourd'hui s'universalise. Elle crée une atmosphère magique et silencieuse qui caractérise son art subtilement pétri d'humanité.
Georges Braque ne disait-il pas que « l'art est une blessure qui devient lumière » ?

À la galerie Tanit – Beyrouth
Shirin Ettehadieh, « Encounter », jusqu'au 17 novembre 2017.

 

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