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Moyen Orient et Monde

L’accord Hamas / Fateh inquiète les Occidentaux

Proche-Orient
OLJ
14/10/2017

Les progrès dans le processus de réconciliation entre les deux principales formations palestiniennes inquiètent le reste du monde. Israéliens, Américains et Européens ainsi que l'ONU suivent attentivement les discussions entre le Hamas et le Fateh, conscients des implications d'un rapprochement, qui dépasseraient largement le cadre palestinien. Après dix années de déchirements et maintes tentatives avortées de réconciliation, la prudence est de mise. Cela n'empêche pas de commencer à envisager le jour d'après, indique-t-on de sources diplomatiques. Tout en saluant les avancées enregistrées, plusieurs diplomates occidentaux expriment leur préoccupation devant l'éventualité que le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les États-Unis ou l'Union européenne, entre dans un gouvernement d'union. Le Fateh et le Hamas se sont entendus au Caire pour que la formation islamiste, qui dirige sans partage la bande de Gaza depuis dix ans, transfère d'ici au 1er décembre « toutes les responsabilités » à l'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, à la tête du Fateh. Des discussions vont s'engager en vue de former un gouvernement d'union. Le retour effectif de l'Autorité, évincée de Gaza en 2007 par le Hamas qui s'était vu privé de sa victoire électorale aux législatives de 2006, constituerait un développement attendu de longue date par la communauté internationale.

Une situation à la libanaise
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué les progrès du Caire en insistant sur leurs retombées humaines et la « nécessité de répondre urgemment à la crise humanitaire à Gaza ». Le retour de l'Autorité à la bande de Gaza permettrait en particulier une ouverture plus constante du poste de Rafah vers l'Égypte, soulageant les Gazaouis, éprouvés par les guerres israéliennes, l'enfermement dû aux blocus israélien et égyptien, le chômage et les pénuries.
Pour l'ONU et les autres, échaudés par les déconvenues antérieures, il est trop tôt pour préjuger de la réussite de la réconciliation et pour en anticiper toutes les conséquences, notamment la formation d'un gouvernement d'union. Mais les analystes palestiniens conviennent que le Fateh et le Hamas n'ont plus guère d'options. Le Hamas a pris conscience qu'il valait mieux ne pas assumer l'impopularité liée à la gestion des affaires courantes, disent-ils. Quant à l'Autorité du président Abbas, elle se rend compte que « c'en est presque fini de son projet politique », la création d'un État palestinien coexistant avec Israël, dit l'analyste Jihad Harb. « C'est l'échec de leurs projets qui a poussé (le Fateh et le Hamas) à la réconciliation, vu que l'union nationale est la seule chose qui fasse avancer les Palestiniens », note-t-il.
Cependant, les annonces du Caire laissent en suspens des questions épineuses, à commencer par celle consistant à savoir si le Hamas est disposé à céder le contrôle de la sécurité. Le Hamas, avec un bras armé fort de 25 000 hommes, des milliers de roquettes et un réseau de tunnels à vocation militaire, a prévenu que la question des armes n'était pas négociable. « Un diplomate européen dit ainsi se méfier d'une situation à la libanaise, où le Hezbollah dispose d'une branche armée indépendante du gouvernement. Les Européens voudront voir le Hamas renoncer ostensiblement au contrôle quotidien de la sécurité avant de financer d'importants projets de développement », dit-il.
La formation d'un gouvernement d'union pose aussi la question du maintien de l'aide américaine, capitale pour l'Autorité. La loi américaine interdit tout soutien matériel ou financier aux organisations terroristes. Des diplomates évoquent des arrangements possibles : un peu comme en 2014, on pourrait travailler avec un gouvernement incluant des membres du Hamas ayant quitté le mouvement, reconnu Israël et renoncé à la lutte armée.
Joseph DYKE/AFP

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