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Diaspora

Cindy Zawady à la recherche de « l’essence de l’identité libanaise »

Portrait

Descendante d'émigrés libanais en Colombie, la jeune journaliste multiplie les activités pour mieux faire connaître la terre de ses ancêtres.

05/09/2017

Cindy Zawady Posada a beau être colombienne d'origine libanaise, elle a un cœur qui bat au rythme du pays du Cèdre de ses ancêtres. Sa carrière professionnelle est marquée par des activités visant à faire connaître le Liban et sa diaspora atypique à des publics qui en ignorent tout. Ses nombreux voyages au Liban lui donnent une perspective de comparaison entre ce qu'est devenue « l'identité libanaise » par rapport aux résidents et ce qu'en ont fait les émigrés de longue date.

Cindy Zawady est née dans une petite ville colombienne, Santa Marta, où, des décennies plus tôt, dans les années 20, était arrivé son grand-père Ahmad Zawady Sakher, avec sa femme. Comme beaucoup d'émigrés de ce temps-là, Ahmad aspirait à une meilleure qualité de vie pour sa famille naissante. Originaire du village de Baaloul, dans la Békaa, il n'a pas dérogé à la règle des émigrés libanais, puisqu'il a commencé par un petit commerce, qu'il a développé plus tard avec des partenaires colombiens, notamment dans l'exportation de bananes.

Ahmad et sa femme vivront toutes ces années en Colombie en tant que musulmans laïques, mais leur fils William, père de Cindy, se convertira au christianisme durant ses études, avant d'épouser une Colombienne d'origine espagnole. C'est toute cette diversité, ajoutée à l'amour de la mère-patrie héritée de ses aïeux, qui se retrouvera dans Cindy plus tard, ainsi que dans sa sœur Jalila et son frère Fady. « À la maison, tout était libanais, de la musique de Feyrouz à la cuisine, et jusqu'aux histoires, de guerre et d'avant-guerre, qui ont bercé notre enfance, raconte-t-elle. Tout était préservé, sauf la langue, que la troisième génération a perdue au profit d'autres, comme le français ou l'anglais. »

Après une scolarisation en Colombie, Cindy suit des études de journalisme qui finiront par la mener jusqu'à Paris. Et c'est là où elle rencontrera, pour la première fois, des Libanais et des Arabes qui ne sont pas issus de son milieu clos d'émigrés à Santa Marta. « Ils avaient tendance à me parler en arabe, croyant, en raison de mon look, que je débarquais juste du Moyen-Orient, se souvient-elle. Mon ignorance de la langue était prise pour un refus de la parler. C'est à ce moment que je me suis rendu compte à quel point la réalité de la diaspora libanaise dans le monde était méconnue, y compris par les Libanais eux-mêmes. »

Ciment
Ce souci de faire connaître au monde ce qu'elle appelle « l'essence de l'identité libanaise » accompagnera Cindy très tôt dans sa carrière. « Alors que je commençais à écrire mes premiers articles, entre Paris et la Colombie, j'ai lancé, en parallèle, un projet de recherche sur l'émigration libanaise, souligne-t-elle. Je voulais comprendre pourquoi autant de Libanais se sont dirigés vers l'Amérique latine. J'ai donc entamé mes recherches dès 2011, multipliant les interviews avec des émigrés de la première génération. Mon grand-père n'était malheureusement plus là pour en faire partie, alors qu'il est à l'origine de mon engouement pour mes racines. J'ai aussi épluché les archives, en Colombie comme en France. » Plus tard, elle prendra l'habitude de se rendre assez souvent au Liban pour y rencontrer toutes sortes de personnes, et c'est à Beyrouth que nous l'avons rencontrée.

Forte de ces recherches, la jeune femme donne souvent des conférences dans les universités, où les étudiants colombiens d'origine libanaise ne sont pas rares sur les bancs. Un thème lui tient particulièrement à cœur. « La femme libanaise est sujette à nombre de préjugés, on pense généralement qu'elle a une existence similaire à celle d'autres pays arabes, beaucoup plus rigoristes et traditionnels, dit-elle. Je m'efforçais donc de rétablir son image de modernité auprès du public. » D'ailleurs la pétillante journaliste, lorsqu'elle a commencé à fréquenter le village de ses ancêtres, reconnaît avoir « un peu choqué » cette petite société traditionnelle, mais l'incompréhension a été de courte durée. Elle est cependant fière d'être « la première femme issue de l'émigration libanaise en Colombie qui effectue de telles recherches sur les origines de la communauté, y apportant un regard nouveau, plus méticuleux ».

Et ce regard nouveau la mènera à des constats assez inattendus, découlant des comparaisons que la jeune femme, issue d'un mélange complexe de culture, a été amenée à faire entre sa communauté colombienne et le Liban. « Je me rends compte d'une part que les émigrés libanais en Colombie, peut-être par souci de préserver leur culture d'origine, et bien qu'intégrés dans leur société colombienne, restent assez repliés sur eux-mêmes, dit-elle. D'autre part, le vrai ciment de la communauté libanaise en Colombie est cette culture commune, sans autre distinction. En fait, la première fois que j'ai ressenti une distinction d'ordre communautaire et religieux, c'était au Liban. »

« Conscience libanaise »
Pour Cindy, « il est évident qu'il y a une identité libanaise commune ». Et c'est ce qu'elle entreprend de faire ressortir à travers ses projets. La journaliste, qui est également photographe, a organisé à plusieurs reprises des expositions de photos. Dans la plus récente, elle a créé des collages à partir d'anciennes photos du Liban. « Dans ces expositions, je fais en sorte que toute l'ambiance respire le Liban, avec la musique de Feyrouz par exemple, dit-elle. Mon objectif est que les visiteurs fassent vraiment la connaissance du pays, dans tous les sens du terme. » Ses prochaines expositions, en Colombie comme à Paris, auront lieu vers la fin de l'année, et elle espère en organiser une au Liban l'année prochaine.

Son plus nouveau projet est un roman qui porte lui aussi sur son pays d'origine, puisqu'il est intitulé Le regard des cèdres. Rédigé il y a deux ans, il sera publié en novembre prochain, et une cérémonie de signature sera organisée en Colombie en partenariat avec l'ambassade de France dans ce pays, Cindy étant la présidente de l'Alliance française à Santa Marta.

Et pour l'avenir, Cindy, elle-même mariée à un descendant d'émigrés libanais, compte poursuivre dans cette voie, et faire le pont entre la Colombie et le Liban. Elle que sa propre famille considère comme sa « conscience libanaise ».

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