Culture

Selim Mourad, une caméra à l’épaule, mais pas que...

Rencontre

À 29 ans, Selim Mourad est un cinéaste qui réfléchit le cinéma à sa façon, comme celle des grands penseurs qui l'ont accompagné dans la quête des secrets du 7e art.

17/08/2017

À l'heure où ses copains pourchassaient un ballon de foot dans un terrain vague, Selim Mourad arpentait déjà les couloirs de l'Université Saint-Joseph dont les murs chuchotaient les plus belles phrases des grands penseurs. Il accompagnait sa mère qui occupait un poste administratif à la faculté des sciences humaines. Plus tard, en compagnie de son père, grand cinéphile, il écumera les classiques projetés dans la salle du cinéma Vendôme, et à l'heure de la fermeture, pour achever de parfaire son éducation cinématographique, il ira visionner des films en VHS loués d'une vidéothèque en voie de disparition.
Il entrera en biologie pour des études de médecine, mais y renoncera rapidement pour trouver finalement sa voie ailleurs.

Plan rapproché sur itinéraire à suivre
À l'inverse de Tom Baxter, le héros de Woody Allen qui, dans La Rose pourpre du Caire, sort de l'écran, Selim Mourad décide de pénétrer l'écran, de le traverser et de se poser la question : « Mais qui y a t-il derrière le cinéma ? » Sur les épaules, Mourad n'a pas seulement une caméra, il a une tête bien pensante et un désir d'aller toujours plus loin
Titulaire d'une licence en audiovisuel de l'Université Saint-Joseph, en 2009, d'un premier master en réalisation en 2012, le jeune étudiant décide de s'aventurer pour son second master dans le domaine de la recherche. Cette approche plus théorique et plus thématique exige en fin de parcours de présenter au jury une thèse sur une problématique en relation avec le cinéma. Les cours sont ciblés sur la pensée et sur la réflexion. Son étude portera sur une, en particulier : l'incidence de la théorie de René Girard sur le cinéma.

Remplir une salle ou expulser un vécu ?
On sait grosso modo ce qu'est un « bouc émissaire ». Une victime expiatoire, une personne qui paye pour toutes les autres. Avec René Girard, le bouc émissaire cesse d'être une simple expression pour devenir un concept à part entière, une théorie unitaire visant à expliquer le fonctionnement et le développement des sociétés humaines. Pour Girard, toute la culture est bâtie sur le mécanisme du bouc émissaire et le cinéma fait partie de la culture. C'est de là que Selim Mourad prendra le départ de son sujet de master pour établir le rapprochement entre les thèses anthropologiques de René Girard sur le mécanisme du bouc émissaire et son application sur le medium du cinéma. Et de se poser la question : « Le grand écran a-t-il une portée sacrificielle ? Le cinéma en tant qu'institution d'abord, dispositif et synopsis ensuite, est-il sacrificiel intrinsèquement ? » Ce rituel qui pousse à s'asseoir dans une salle obscure, en faisant le vide et éliminer tout le reste pour évacuer les émotions, est-il cathartique ou simplement violent ? Le jeune réalisateur ira chercher dans quel endroit exactement peut-on déceler les traces d'un rituel sacrificiel. Dans le concept lui-même ? À l'intérieur des films ou dans une institution qui forme des acteurs et des réalisateurs ? « On peut considérer, dit- il, que la mort de Marylin Monroe, de James Dean ou de Rudolf Valentino, victimes de cet engrenage infernal, et devenus bouc émissaires, a nourri le mécanisme du système et le sang a pénétré l'intérieur des rouages du cinéma. C'est ainsi que s'explique l'émergence du sacré. »
Sa recherche s'est appuyée sur l'œuvre de Stanley Kubrick qui dans Clockwork Orange met en scène l'homme guéri de sa violence par une projection ultraviolente. Et le cinéaste d'ajouter : « Existe t-il un cinéma non sacrificiel et le public a t-il envie de le voir ou va t-il s'ennuyer ? »

Au cours de sa licence, en 2008, Selim Mourad réalise un documentaire intitulé Lettre à ma sœur qui lui ouvrira plus d'une porte. Projeté deux fois à Metropolis, il gagne un prix à l'Oran Film Festival et au BBC Arabia (Alternative Cinéma program) C'est durant son premier master qu'il achèvera 4 films, « quelques-unes de mes plus belles œuvres », avoue t-il, dont : X La Conception, une fiction qui obtient la plus haute note jamais octroyée à un élève de L'Iesav. « Ce film était pour moi un moment de grâce, un projet comme un cadeau. » En 2017, il réalise le documentaire This Little Father Obsession qui voyagera à travers le monde : Fidba 2016 (Argentine), JCC Tunis 2016, le Safar Film Festival 2016 (UK), Cairo Critics Week 2016, Aflam Marseille 2016, Beirut Cinema Days 2017, QueerAsia SOAS, Londres 2017 et bientôt Berlin.
Celui qui a suivi un long parcours pour devenir ce qu'il est aujourd'hui est devenu à son tour un talent à suivre par le public, les professionnels du métier ainsi que par les amoureux du cinéma.

 

À voir :
« La Conception » (mot de passe pour pouvoir accéder à la vidéo : selim)
« The Demolition » (mot de passe pour pouvoir accéder à la vidéo : selim)

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