Tristes adieux… Usain Bolt tombant à terre, foudroyé par une blessure lors de la dernière course de sa carrière, la finale du relais 4x100 m des Mondiaux de Londres, samedi soir. Adrian Dennis/AFP
Arrivé au terminus de sa carrière, Usain Bolt a été foudroyé par une crampe (à l'ischio-jambier gauche) dans la dernière ligne droite de la finale du relais 4x100 m des Mondiaux de Londres, s'écroulant sur la piste samedi soir et incapable de mener le bâton à l'arrivée. Lancée à la poursuite du Britannique Nethaneel Mitchell-Blake et de l'Américain Christian Coleman, la grande carcasse s'est cabrée à une cinquantaine de mètres de l'arrivée, la jambe gauche en déséquilibre.
La légende vivante du sprint (huit médailles d'or olympiques, onze aux Mondiaux) a refusé le fauteuil roulant qu'on lui proposait, se relevant péniblement en se tenant derrière la cuisse gauche pour retrouver ses partenaires jamaïcains. Forcément déçus comme lui. La plus formidable machine à sprinter s'est donc grippée pour sa dernière exhibition. « Il s'est excusé auprès de nous, mais il n'avait pas besoin d'excuses, les blessures faisant partie du sport », a déclaré son partenaire Julian Forte. Seulement 3e du 100 m il y a une semaine, son premier échec en grand championnat depuis dix ans, Bolt (30 ans) a raté ses adieux sur le plan sportif. Comme des combats de trop.
Il aura néanmoins eu à Londres la confirmation, s'il en était besoin, de son immense pouvoir sur les foules qui l'ont ovationné et chéri. Scandant son nom, ils ont sifflé l'Américain Justin Gatlin, le vainqueur du 100 m, qui porte comme un fardeau ses quatre ans de suspension pour dopage. Samedi soir, Gatlin a rendu hommage à Bolt, « showman extraordinaire ». L'homme le plus rapide de tous les temps (9 « 58 au 100 m, 19 » 19 au 200 m) aura finalement surtout savouré sa dernière matinée, pour les séries. Au temps de sa splendeur et de celle du sprint jamaïcain, le roi n'apparaissait pas le matin, laissant à un remplaçant le soin d'expédier la formalité des qualifications. Lui n'arrivait que le soir, en habit de lumière dans son maillot jaune.
Le doublé est interdit
Samedi soir, la magie n'a plus fonctionné. Et, pendant que « la Foudre » était au sol, Mitchell-Blake résistait à Coleman (37 « 47 à 37 » 52) pour donner l'or que la Grande-Bretagne avait auparavant espéré de Mo Farah.
Un premier coup de tonnerre avait ainsi retenti dans le stade une heure et demie auparavant, pour annoncer la première défaite depuis 2011 en grand championnat de Mo Farah, le héros britannique, lui aussi battu dans la dernière ligne par l'Éthiopien Muktar Edris. Le doublé semble interdit à Londres : après l'échec du Sud-Africain Wayde Van Niekerk (1er du 400 m/2e du 200 m), l'idole du stade a également échoué à renouveler le doublé du demi-fond (10 000/5 000 m), qu'il avait réussi quatre fois entre JO et Mondiaux.
« J'étais super préparé et je savais que j'allais le battre. Après le 10 km, Mo Farah était peut-être fatigué et il n'avait plus assez de jus pour le sprint. J'étais plus fort. Je suis le nouveau champion pour l'Éthiopie. Je suis le prochain champion », a assuré le vainqueur, âgé de 23 ans. « Mes jambes n'en pouvaient plus en entrant dans la ligne droite. Et les Éthiopiens ont été forts en sacrifiant deux des leurs », a admis Farah, les larmes aux yeux. La dernière défaite de Farah, sur 10 000 m aux Mondiaux 2011 à Daegu (Corée du Sud), avait été déjà l'œuvre d'un Éthiopien, Ibrahim Jeilan.
Felix : puissance 15
Du côté des dames, l'Éthiopienne Almaz Ayana, lauréate du 10 000 m, devait tenter de vaincre le signe indien sur 5 000 m, hier tard dans la nuit (heure de Beyrouth), lors de la journée de clôture.
L'Américaine Allyson Felix (médaillée d'or au relais 4x100 m) a, elle, définitivement dépassé Bolt et Merlene Ottey au titre d'athlète le plus médaillé aux Mondiaux, avec désormais 15 breloques contre seulement 14 pour les deux légendes. « Chaque instant de ce relais est un privilège. Tori (Bowie, la championne du monde du 100 m) a terminé fort, mais chacune d'entre nous a été superperformante », a souligné la diplomatique Felix. La Californienne devrait porter son total à 16 médailles, avec le relais 4x400 m (prévu hier tard dans la nuit, heure de Beyrouth), dont les Américaines sont favorites.
Lors du concours de saut en hauteur, la Russe sous drapeau neutre Maria Lasitskene a déployé ses longues jambes pour un vol impeccable au-dessus de la barre, posée à 2,03 m. Suffisant pour conserver son titre. Tout sourire sur la plus haute marche du podium, la Russe a savouré son titre non pas devant le drapeau de son pays, mais celui de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) – dont l'hymne a retenti dans le stade olympique de Londres – déployé autour des drapeaux ukrainien et polonais de ses dauphines. Lasitskene est la première Russe à remporter un titre mondial depuis la suspension de la fédération de son pays, prononcée par l'IAAF en novembre 2015, après la révélation d'un système de dopage d'État.
Au 100 m haies, l'Australienne Sally Pearson a brisé l'hégémonie américaine sur la discipline. Au décathlon, synthèse de toutes les disciplines en dix travaux, le Français Kevin Mayer a dominé l'épreuve avec 8 768 points, terminant avec des douleurs au coude droit et des larmes de joie, devant la paire allemande Rico Freimuth (8 564 points) et Kai Kazmirek (8 488 points). Au lancer de javelot, l'Allemand Johannes Vetter a décroché son premier titre de champion du monde à 24 ans, grâce à un jet à 89,89 m. Vetter a devancé les Tchèques Jakub Vadlejch (89,73 m) et Petr Frydrich (88,32 m). Champion olympique, l'Allemand Thomas Rohler a terminé cette fois au pied du podium (88,26 m).
Enfin, hier matin, le Français Yohann Diniz, triple champion d'Europe et détenteur du record du monde (3h 32' 33 « ), a décroché son premier titre de champion du monde sur 50 km marche (3h 33' 11 » ). Et la Portugaise Ines Henriques a remporté le premier 50 km marche dames de l'histoire des Mondiaux, en battant son propre record du monde (4h 05' 56»).
Source : AFP

