De gauche à droite : le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, et le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kono, se serrant les poings – et les coudes – hier à Manille, lors du forum de l’ASEAN (Association des nations d’Asie du Sud-Est) sur la sécurité régionale, qui réunit des représentants de 26 pays dont les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Union européenne et d’autres pays du groupe Asie-Pacifique. Un des principaux sujets de discussion : la Corée du Nord, dont le chef de la diplomatie Ri Yong-ho est présent à Manille. Agence Yonhap/Handout/AFP
La Corée du Nord a assuré, avec colère, que le durcissement sensible des sanctions de l'ONU ne l'empêcherait pas de développer son arsenal nucléaire, prévenant qu'elle ne négocierait pas sous la menace des États-Unis.
Ce message de défi est la première réaction d'importance de Pyongyang à la résolution adoptée à l'unanimité, au cours du week-end, par le Conseil de sécurité de l'ONU sous l'impulsion de Washington. Les sanctions pourraient coûter à la Corée du Nord un milliard de dollars de revenus annuels tout en restreignant des échanges économiques cruciaux avec la Chine, son principal allié et partenaire économique.
Les sanctions constituent « une violation violente de notre souveraineté », a déclaré le gouvernement nord-coréen, dans un communiqué publié hier par l'agence KCNA. « Nous ne mettrons pas notre (programme de) dissuasion nucléaire sur la table des négociations » tant que le Nord est menacé par Washington. Pyongyang « ne reculera pas d'un seul pas s'agissant du renforcement de (sa) puissance nucléaire », affirme le communiqué. Pyongyang a menacé les États-Unis de leur « faire payer le prix de leur crime (...) un millier de fois ».
Cette déclaration a été publiée alors que le chef de la diplomatie nord-coréenne Ri Yong-ho est à Manille, à l'occasion du forum de l'ASEAN (Association des nations d'Asie du Sud-Est) sur la sécurité régionale, qui réunit des représentants de 26 pays dont les États-Unis, la Chine, la Russie, l'Union européenne et d'autres pays du groupe Asie-Pacifique.
Fermeté chinoise
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a affirmé au cours de ce forum que son pays « va assurément appliquer la nouvelle résolution à 100 %, pleinement et strictement ». Plus tôt, M. Wang avait réitéré la position chinoise, selon laquelle les sanctions ne suffisent pas. « Le dialogue et la négociation sont les seuls moyens appropriés pour régler le problème de la péninsule coréenne », avait-il dit, demandant la reprise des « pourparlers à six » (Chine, États-Unis, Russie, Japon et les deux Corées).
Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a, lui, exclu un retour rapide au dialogue avec la Corée du Nord, estimant que la nouvelle volée de sanctions démontrait que la planète avait perdu patience face à ses ambitions nucléaires. Le chef de la diplomatie américaine a souligné que Washington n'envisagerait de pourparlers que si Pyongyang suspendait son programme balistique. « Le meilleur signal que pourrait envoyer la Corée du Nord pour signifier qu'elle est prête à parler serait d'arrêter ses tirs de missiles », a-t-il lancé. Il a toutefois laissé entrevoir la perspective que des émissaires américains puissent un jour s'asseoir à la même table que les responsables du pays reclus pour éviter l'escalade. Mais M. Tillerson s'est refusé à dire quand un tel dialogue pourrait se tenir ou combien de temps devrait durer la pause. « Je ne vais pas donner à quelqu'un un nombre spécifique de jours ou de semaines. C'est plutôt une question d'état d'esprit », a-t-il dit.
M. Tillerson, qui a rencontré en tête à tête ses homologues chinois et russe, Wang Yi et Sergueï Lavrov, a en outre souligné que la « communauté internationale » attendait de la Corée du Nord qu'elle prenne « des mesures pour atteindre tous mes objectifs, à savoir la dénucléarisation de la péninsule coréenne ». Pyongyang ne s'y est pas trompé, déclarant que les pays « qui ont collaboré avec les États-Unis » pour soutenir la résolution devront aussi « rendre des comptes ».
Manque de sincérité
Les déclarations de M. Tillerson sont survenues au lendemain d'une rencontre rarissime entre les ministres des Affaires étrangères des deux Corées. Le ministre nord-coréen a serré la main de son homologue sud-coréenne, Kang Kyung-wha, qui l'a pressé d'accepter l'offre de dialogue de Séoul. Mais M. Ri a balayé cette proposition, selon l'agence sud-coréenne Yonhap, jugeant que Séoul « manquait de sincérité ».
Le président américain Donald Trump et son homologue sud-coréen Moon Jae-in avaient estimé, dimanche, que la « Corée du Nord représente une menace directe sérieuse et grandissante pour les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon ainsi que pour la plupart des pays du monde », selon un communiqué de la Maison-Blanche. Sur les réseaux sociaux, M. Trump avait salué l'unanimité du vote et remercié la Russie et la Chine pour leur soutien à un dénouement qu'elles auraient pu empêcher par leur droit de veto.
Source : AFP

