Michel Aoun entouré des membres de la délégation du Kesrouan. Photo ANI
Le chef de l'État, Michel Aoun, a préconisé hier la nécessité de lever l'immunité de tous ceux qui ont trempé dans la corruption.
« Il est important de lever l'immunité de tous ceux qui s'avèrent corrompus et qui forment plus qu'une poignée », a déclaré hier le président devant ses visiteurs. M. Aoun a exprimé l'espoir de voir réussir la campagne de lutte contre la corruption qui, selon lui, est susceptible de redresser la situation, d'autant que « le Liban traverse une crise économique qui requiert une intervention rapide ».
Devant une délégation du Kesrouan, M. Aoun a évoqué le souvenir de l'ancien chef d'État, le général Fouad Chéhab, qui avait entamé une réforme de fond en comble des institutions (de 1958 à 1964).
« C'était le premier responsable libanais qui a tenté d'édifier l'État libanais en projetant son organisation. Malheureusement, la majorité des institutions publiques se sont affaiblies avec le temps et leur travail s'est retrouvé bloqué », a précisé le président, qui a déploré en même temps le fait que le Liban « ait perdu par la suite sa souveraineté, son indépendance et sa liberté, trois principes qui ont été au cœur de notre bataille ».
Michel Aoun a ajouté : « Le hasard a fait en sorte que deux généraux se sont retrouvés au pouvoir, chargés de la mission de protéger la Constitution libanaise et la loi, au moment où les militaires sont accusés de violer la Constitution et les textes de loi. »
Revenant au parallélisme avec le mandat du président Chéhab, le chef de l'État s'est dit « désolé qu'il ne se soit pas trouvé à l'époque, ni aujourd'hui d'ailleurs, des personnes désireuses de protéger la Constitution et les lois ». Il a rappelé que le non-respect de la loi fondamentale et des lois en général « conduit inévitablement à la loi de la jungle ».
Citant les écrits de l'auteur français Honoré de Balzac, il a affirmé que « les lois sont des toiles d'araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites », avant de poursuivre : « C'est après le petit clerc qui a touché un pot-de-vin que l'on engage des poursuites en fermant les yeux sur les actions de ses supérieurs hiérarchiques qui détournent des millions. » C'est, selon lui, à ce niveau-là qu'il faut plutôt lutter contre la corruption.
Le président de la République a réaffirmé le fait que la lutte contre ce fléau est « difficile », d'autant que celui qui a pris l'habitude de percevoir des pots-de-vin et des gratifications « considère qu'il s'agit d'un droit acquis ».
Devant cet état de fait, a enchaîné le président, « des décisions radicales doivent être prises, et les immunités doivent être levées ». Selon lui, c'est près de la moitié du peuple libanais qui pratique la corruption et gagne sa vie par le biais de gratifications.
Le chef de l'État a par ailleurs estimé qu'aucune initiative n'a été prise depuis un certain temps pour mettre un terme à la dégradation économique, rappelant que l'économie libanaise était « une économie de rente qui tablait sur les intérêts élevés pour faire des bénéfices, le reste des secteurs tels que l'agriculture, le commerce et l'industrie ayant été complètement négligés. D'où le recul de l'indice de croissance ».


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Quelles belles paroles, Mr le Président! Imaginez entendre ce constat terrible, une plaie nationale qui toucherait la moitié des Libanais de la bouche de celui qui a bloqué les institutions plus de 2 ans, avec le slogan "ou moi ou le chaos", en prétendant que tout ce qui l'entoure et le touche serait au dessus de tout soupçon. Du populisme bon marché, en plus d'évoquer feu le Président Chehab: alors, qu'attendez-vous pour vous attaquer d'urgence à ce problème, en faire votre priorité nationale, lever les immunités, et sévir avec autorité? Vous savez bien que c'est presqu'impossible car c'est encore plus que la moitié du peuple qui est corrompu, sectaire, tribal, et que les plus puissants qui vous entourent ne survivent que grâce à cela... Cependant, on veut vous croire sur parole, qui sait? Et si vous réussissez, vous serez le vrai héros national, le vrai nationaliste qui passera à l'histoire comme le sauveur et réformateur de la République: on a bien le droit de rêver!
17 h 58, le 06 août 2017