Une image floue, prise d’un smartphone, montre l’arrestation du maire de Caracas, Antonio Ledezma. Les policiers le traînent de force hors de sa maison, où il était en résidence surveillée, en pleine nuit. Comme lui, Leopoldo Lopez, fondateur du parti Volonté populaire (droite), a été interpellé. Ledezma Press Office/Handout/AFP
Deux figures de l'opposition vénézuélienne ont été à nouveau arrêtées hier, deux jours après l'élection dans le sang d'une toute puissante Assemblée constituante voulue par le président socialiste Nicolas Maduro, à la grande inquiétude de la communauté internationale.
Les États-Unis ont ainsi exprimé leur « profonde inquiétude » après cette double arrestation, considérée comme une « nouvelle preuve de l'autoritarisme du régime » du chef de l'État vénézuélien. Un sentiment partagé par le haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Zeid Raad el-Hussein, qui a demandé leur libération. « C'est clairement un pas dans la mauvaise direction », a estimé la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, par la voix de sa porte-parole. Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a demandé des sanctions – par un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager dans l'UE – à l'encontre des « membres du gouvernement vénézuélien, y compris son président Nicolas Maduro et son entourage ». Le Brésil a, lui, sommé le Venezuela de « relâcher immédiatement » les deux opposants.
À la veille de l'installation prévue de la Constituante, Leopoldo Lopez, âgé de 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular (Volonté populaire, droite), et le maire de Caracas Antonio Ledezma, âgé de 62 ans, ont été arrêtés, selon leurs familles, en pleine nuit chez eux, où ils étaient en résidence surveillée. Tous deux avaient déjà été emprisonnés – jusqu'à presque trois ans et demi pour M. Lopez. « Nous avons reçu des informations des services de renseignements qui faisaient état d'un plan d'évasion », a expliqué la Cour suprême, dans un communiqué où il est également précisé que les deux opposants n'ont pas respecté leurs « conditions de détention » à domicile interdisant tout « prosélytisme politique » pour l'un et toute « déclaration à un quelconque média » pour l'autre.
MM. Lopez et Ledezma avaient appelé à ne pas participer à l'élection, dimanche dernier, de la Constituante, un scrutin marqué par des violences qui ont fait 10 morts. Opposants et forces de l'ordre s'étaient alors affrontés à Caracas et dans d'autres villes lors de batailles rangées. Plus de 120 personnes au total ont été tuées en quatre mois de manifestations anti-Maduro. Selon l'ONG Foro Penal, le Venezuela compte quelque 490 « prisonniers politiques ».
La coalition de l'opposition Table de l'unité démocratique (MUD) a appelé à une nouvelle manifestation, aujourd'hui, dans la capitale. « Ils ont pris Leopoldo Lopez et le maire Ledezma pour nous faire peur et nous démoraliser », a déclaré le député d'opposition Freddy Guevara, mais « la prison et les persécutions contre nos responsables ne stopperont pas la rébellion ».
Sanctions américaines
L'élection – pour une durée indéterminée – des 545 membres de la Constituante a été qualifiée de triomphe « historique » par M. Maduro. L'opposition, qui contrôle le Parlement depuis 2016, a boycotté ce scrutin en dénonçant une « fraude » visant à prolonger le pouvoir de M. Maduro, dont le mandat s'achève en 2019.
Qualifiant ces élections « d'illégitimes » et M. Maduro de « dictateur », Washington a annoncé, lundi soir, de nouvelles sanctions avec le « gel (de) tous les avoirs » que posséderait le président vénézuélien aux États-Unis, une mesure extrêmement rare contre un chef d'État en exercice. M. Maduro est le quatrième chef d'État seulement à être ainsi sanctionné par Washington, rejoignant les présidents syrien Bachar el-Assad, nord-coréen Kim Jong-un et zimbabwéen Robert Mugabe. « Je n'obéis pas aux ordres impérialistes, je n'obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre », a rétorqué M. Maduro dans une allocution télévisée.
La nouvelle Assemblée, qui doit s'installer aujourd'hui au siège du Parlement, se situe au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du président, et doit rédiger une nouvelle Constitution remplaçant celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez. L'opposant Julio Borges, président du Parlement, a assuré que le pouvoir législatif continuerait de siéger malgré l'élection de la Constituante. Selon lui, le Venezuela s'est réveillé lundi « plus divisé et isolé du reste du monde ». Une dizaine de pays, des États-Unis à la Colombie, en passant par l'Argentine ou l'Espagne, ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas la Constituante. À l'inverse, la Russie, Cuba, le Nicaragua, la Bolivie et le Salvador ont apporté leur soutien à M. Maduro.
Source : AFP

