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Culture

Identités fragmentées, coke et autres tourments...

Livre

« Rescapé » du Canadien d'origine syrienne Jean-Pierre Gorkynian est un premier roman qui parle du désarroi identitaire des émigrés de deuxième génération.

01/08/2017

De quoi est-on « rescapé » lorsqu'on est né et que l'on a paisiblement grandi au Canada, à Montréal, alors que de l'autre côté du globe, des membres de sa famille, restés en Syrie, ont dû affronter des épisodes d'instabilité, de violence et de guerre ?

Peut-être des déchirements identitaires. De cette impression de ne jamais appartenir totalement à un pays ou à l'autre. De cette difficile harmonie à trouver entre tradition familiale et héritage oriental, d'une part, et valeurs et mode de vie libres et laïques, de l'autre.

Né à Montréal, de parents Alépins ayant émigré vers le Grand Nord afin d'offrir à leurs enfants une meilleure qualité de vie, Jean-Pierre Gorkynian (qui a emprunté son pseudo au nom de famille de sa mère) est un ingénieur (diplômé de l'École polytechnique de Montréal) qui a toujours rêvé de devenir écrivain. Mais comment affronter le refus catégorique du père et son sempiternel : « Je n'ai pas quitté une vie de merde pour que mon fils mène une vie de merde » ?

Sauf que voilà : la passion de l'écriture sera la plus forte. L'ingénieur, aussi fan de Saint-Exupéry (auquel il fait plusieurs emprunts dans son roman) que de Wajdi Mouawad (qu'il cite en exergue), commence par animer à la radio web de l'UQAM (Université du Québec à Montréal) une chronique sur la « transmigrance » en littérature avant de se lancer, aux abords de la trentaine, dans la rédaction de son premier roman. En l'occurrence Rescapé (VLB éditeur). Évidemment, comme dans tout premier opus, l'inspiration autobiographique est assez prégnante. L'auteur trentenaire y donne la parole à Youssef, quasiment son double, son clone de papier. Même âge, même nationalité, mêmes origines syriennes... Le narrateur est écartelé entre ses rêves de désert et de djinns et la rage d'être l'objet de préjugés, entre l'héritage familial et les valeurs québécoises, entre la sécurité de l'emploi et les velléités d'écriture... Il est aussi déchiré entre son amour pour Zoé et sa libido débridée. Et, pour oublier autant ses désarrois personnels que la violence du monde, il se drogue.

« Comment puis-je vivre le plaisir, l'abondance, la paix, la liberté alors que des membres de ma famille à Alep subissaient les bombardements », écrit d'ailleurs ce jeune auteur qui se rêve en « porte-voix des immigrants arabes de deuxième génération, stigmatisés après 2001 ».
Et, en effet, ce qui est le plus intéressant dans ce roman plutôt bien écrit, c'est qu'il dénonce la vision péjorative des Arabes au Québec. Sinon, par bien des aspects, il pourrait évoquer (toutes proportions gardées) un Bonjour tristesse version génération 2.1.

« Rescapé », par Jean-Pierre Gorkynian, VLB éditeur, 136 pages.

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