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Culture

Le choix de Rachel Dedman, la curatrice...

1) Manuscrit du Coran
Bien que ce Coran ne soit pas a priori la pièce la plus spectaculaire ou la plus significative de la collection el-Nimer, c'est l'une de mes préférées, car elle incarne parfaitement la dimension palimpseste des manuscrits. À savoir, des œuvres dont l'état actuel laisse supposer et apparaître des traces de versions antérieures. Du parchemin original, rédigé entre les XVII et XVIIIe siècles, le texte central (de chaque folio) a d'abord été astucieusement retiré pour être ensuite inséré dans un autre cadre de papier. Cette intervention délicate, qui a eu lieu un siècle après la rédaction du livre, se devine à travers les deux tonalités de la couleur du papier. C'est fabuleux ! À cela est venu s'ajouter au XIXe siècle, en douce également, l'aspect talisman de ce manuscrit, qui étaye d'ailleurs un large spectre de l'exposition Midad. C'est la raison pour laquelle, sur les recoins de chacune des pages, on découvre des notes presque dissimulées, disant « bon », « mauvais » ou « moyennement mauvais ». Après sa prière, le lecteur peut ainsi s'y référer en ouvrant une page au hasard, tel un présage pour ses actes à venir. En fait, la portée de ce manuscrit est bien plus large que celle d'un vecteur de texte sacré. C'est un objet où se télescopent et s'empilent concrètement des multitudes d'époques...

2) Pièces de monnaie en cuivre omeyyade
Elles ont beau être minuscules, les pièces de monnaie ont toujours été considérées comme de puissants ambassadeurs de l'autorité gouvernementale, circulant entre les différentes strates de la société et balayant de vastes territoires géographiques. Ces deux pièces en particulier, émises par Abd al-Malek, le cinquième calife omeyyade, incarnent un moment charnière de l'histoire islamique. La première en date emploie l'image comme emblème d'autorité politique : sur l'une des faces est représenté le calife, une épée à la main, s'apprêtant à la bataille. Sur l'autre, une croix mutilée, dont la ligne horizontale a été retirée, symbolisant la fin du règne chrétien. Par contre, la deuxième pièce se passe de toute représentation picturale, optant pour la calligraphie arabe comme seul marqueur de pouvoir. C'est un choix qui rompt radicalement avec les traditions. Le texte qui y est inscrit signifie : « Il n'y a de Dieu que seul Dieu » et « Mohammad est le prophète de Dieu », de succinctes et incontestables affirmations de la religion musulmane, à une époque où la grande majorité de l'empire était chrétienne.

3) Livre de prières coraniques et dévotionnelles
On dirait que cet ouvrage rayonne, qu'il en émane une forme d'énergie sous-tendue par les couleurs luxuriantes des fleurs qu'on penserait illuminées, les disques scintillants et placés tels des marqueurs Sura, la texture chatoyante du papier et la profusion des ornements. D'autant que tous ces éléments visuels sont comme liés par le fil invisible et dynamique de la calligraphie arabe. Toutefois, l'écriture, dans son sens le plus intrinsèque, ne correspond pas à la « perfection » de celles des corans d'Istanbul qui lui sont contemporaines. Car dans ce livre, les lettres s'embobinent joliment ou ont été assujetties à une rotation de 90 degrés afin de les faire contenir dans l'espace. De plus, le naskh – une écriture généralement de très petit calibre – est employé ici dans une dimension si exagérée qu'elle en devient presque ludique. Tous ces détails marquent une rupture avec les manuscrits classiques ottomans et iraniens, indiquant ainsi que celui-ci a sans doute émergé d'un territoire périphérique aux terres islamiques centrales : le Daghestan, probablement. Ce qui suggère donc que la calligraphie arabe a rayonné ailleurs que dans les berceaux majeurs où les manuscrits traditionnels étaient conçus, permettant ainsi aux calligraphes répandus sur la planète de cultiver leur propre griffe avec plus de liberté.

1) Manuscrit du CoranBien que ce Coran ne soit pas a priori la pièce la plus spectaculaire ou la plus significative de la collection el-Nimer, c'est l'une de mes préférées, car elle incarne parfaitement la dimension palimpseste des manuscrits. À savoir, des œuvres dont l'état actuel laisse supposer et apparaître des traces de versions antérieures. Du parchemin original, rédigé entre les XVII et XVIIIe siècles, le texte central (de chaque folio) a d'abord été astucieusement retiré pour être ensuite inséré dans un autre cadre de papier. Cette intervention délicate, qui a eu lieu un siècle après la rédaction du livre, se devine à travers les deux tonalités de la couleur du papier. C'est fabuleux ! À cela est venu s'ajouter au XIXe siècle, en douce également, l'aspect talisman de ce manuscrit, qui étaye d'ailleurs...
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