Une femme marche devant les affiches électorales du candidat du mouvement En Marche !, couvertes de graffitis à Paris, hier. Joël Saget/AFP
Face à l'abstention qui pourrait favoriser l'extrême droite au second tour de la présidentielle dimanche, les appels à soutenir le jeune centriste Emmanuel Macron se multiplient à la veille d'un duel télévisé avec sa rivale Marine Le Pen. Artistes, politiques, patrons, militants associatifs, grands médias : les tribunes et les pétitions en faveur du candidat du mouvement En Marche ! s'enchaînent pour faire barrage au Front national (FN) qui s'efforce de convaincre les déçus du premier tour, les indécis et les abstentionnistes, à cinq jours de ce vote décisif. Les sondages donnent certes une large victoire à M. Macron, mais l'écart avec Mme Le Pen semble se resserrer, tandis que l'abstention oscillerait entre 22 et 28 % dimanche.
Dernier soutien en date : l'ex-ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, une des références de la gauche radicale en Europe, a appelé hier à voter pour Emmanuel Macron, « le seul ministre d'État en Europe » à avoir fait « tout son possible » pour aider Athènes pendant la crise de la dette. Dans le quotidien Le Monde, M. Varoufakis insiste en disant « refuser de faire partie d'une génération de progressistes européens qui auraient pu empêcher Marine Le Pen de gagner la présidence française mais ne l'ont pas fait ».
Les artistes donnent également de la voix pour faire barrage au Front national, comme les cinéastes Mathieu Kassovitz et Luc Besson, le directeur du célèbre festival d'Avignon, Olivier Py, le Prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, mais aussi nombre de chanteurs, d'humoristes et de dessinateurs. Côté médias, le grand quotidien catholique La Croix a appelé hier à voter Macron, emboîtant le pas à une série d'autres journaux nationaux. Parmi les grands patrons, plusieurs, à l'instar du PDG du groupe aéronautique européen Airbus Tom Enders, ont exprimé leur « plein soutien » à l'ancien ministre de l'Économie du gouvernement socialiste (2014-2016) face à la candidate du FN, hostile à l'immigration et à l'euro.
Séduire les déçus
A contrario, Marine Le Pen ne peut se prévaloir que de très rares soutiens publics. Très offensive depuis le « résultat historique » du premier tour, elle se présente comme la candidate du peuple face au « système », aux « élites », à « l'oligarchie ». Parmi eux, la frange des électeurs du conservateur François Fillon (20,01 % au premier tour) qui ne veulent pas entendre parler du candidat d'En Marche !, perçu comme l'héritier du président socialiste François Hollande.
« Ce n'est pas parce que la France est malade qu'il faut se jeter dans le vide », a contre-attaqué hier François Fillon, mettant en garde contre le programme économique de Marine Le Pen. Le candidat de la droite avait appelé dès le soir du premier tour à voter Macron pour contrer l'extrême droite, comme plusieurs autres ténors de son camp.
Un rassemblement du monde de la culture « contre le FN » a par ailleurs eu lieu hier soir à Paris et un forum « contre l'abstention » rassemblera vendredi des personnalités politiques de droite comme de gauche. Mais après les votes qui ont causé la surprise en faveur de Donald Trump aux États-Unis ou du Brexit en Grande-Bretagne, certains s'inquiètent d'un possible effet contre-productif des appels en faveur d'Emmanuel Macron. Ils « sont susceptibles de se changer en poison », avertit le quotidien économique Les Échos, rappelant que « plus les grandes voix de la culture et de la politique avaient défendu Hillary Clinton, plus elles avaient conforté les classes populaires dans le sentiment qu'on les méprisait ».
Plombé par un scandale d'emplois fictifs présumés qui a éclaté pendant la campagne et lui a valu d'être inculpé, M. Fillon a par ailleurs déposé plainte contre l'hebdomadaire Le Canard enchaîné, à l'origine de ces révélations, a indiqué hier à l'AFP son entourage.
Source : AFP

