La Chine a de nouveau exécuté l'an dernier plus de condamnés à mort que les autres pays réunis, alors même que les exécutions reculaient dans le reste du monde, affirme Amnesty International, dénonçant le « secret d'État » imposé par Pékin sur la peine capitale.
Dans son rapport annuel sur la peine de mort, publié hier, l'association de défense des droits de l'homme chiffre à au moins 1 032 le nombre d'exécutions dans le monde en 2016, en dehors de la Chine, soit un repli de 37 % par rapport au chiffre de 2015. Un recul dû à des chutes drastiques de l'application de la peine capitale en Iran (baisse de 42 %, avec 567 exécutions recensées) et au Pakistan (87 exécutions, recul de 73 %). Et ce tandis que l'application de la peine de mort aux États-Unis atteignait un plus bas historique, avec 20 personnes exécutées, soit cinq fois moins qu'en 1999.
Mais ces données ne prennent pas en compte la Chine, où le nombre d'exécutions reste classé secret d'État : or le géant asiatique continue de mettre à mort « des milliers de personnes » chaque année, davantage que tous les autres pays réunis, estime Amnesty. L'ONG a identifié « des centaines de cas » de condamnations à mort non répertoriées dans une base de données nationale en ligne, que Pékin avait lancée comme gage de sa « transparence ». Ainsi, sur 931 exécutions annoncées publiquement entre 2014 et 2016 – soit « seulement une fraction du nombre total d'exécutions »–, seules 85 étaient mentionnées dans cette base de données, où de nombreuses condamnations pour « terrorisme » ou crimes liés à la drogue ne figurent pas. « La Chine est vraiment le seul pays qui observe un tel régime de secret absolu autour des exécutions », a dénoncé le directeur d'Amnesty pour l'Asie orientale, Nicholas Bequelin, à Hong Kong. « La raison en est probablement que les chiffres sont très élevés et que la Chine ne veut pas faire figure d'exception », a-t-il insisté.
De son côté, Pékin met en avant la réduction de la liste des crimes passibles de la peine de mort, désormais ramenés à une quarantaine. Une réforme de 2007, exigeant l'approbation de la Cour suprême chinoise pour toutes les sentences capitales, a également entraîné un recul des exécutions, selon certaines organisations. Duihua, une autre ONG de défense des droits de l'homme, estime à « approximativement 2 000 » le nombre d'exécutions en Chine en 2016, contre 2 400 trois ans auparavant.
« Le risque d'être exécuté pour un crime que l'on n'a pas commis soulève une inquiétude croissante dans l'opinion publique », a également observé Amnesty, hier. Dans un cas emblématique, qui avait provoqué l'émoi de tout le pays, la Cour suprême chinoise a ainsi innocenté en décembre un jeune homme exécuté 21 ans plus tôt pour meurtre et viol, crimes qu'un tueur en série avait finalement avoués une décennie plus tard.
Source : AFP

