Liban

Les enjeux de la conférence de Bruxelles

Tribune
05/04/2017

Alors que le conflit syrien entre dans sa septième année, le Liban fait face à d'immenses défis socioéconomiques, sécuritaires et démographiques. Il a accueilli plus d'un million de personnes qui ont fui le conflit brutal en Syrie et ceci, associé au ralentissement économique, a mis une immense pression sur les ressources et l'infrastructure limitées du pays. Néanmoins, il est resté inébranlable dans son hospitalité envers ceux qui en ont besoin. Sans perspective de résolution du conflit, comment le Liban va-t-il continuer à gérer cette crise ?
Le Liban a fait un important cheminement depuis le début de la crise en 2011, avec une transition de l'assistance d'urgence à une aide qui inclut aussi la communauté hôte. Ensemble, nous avons assuré l'aide alimentaire pour les plus vulnérables, tout en améliorant les réseaux de distribution d'eau et les systèmes de gestion des déchets des communautés hôtes. Avec la transition de la distribution de nourriture vers un soutien à travers le cash, des millions de dollars ont été injectés dans les marchés locaux libanais, renforçant l'économie locale.
Depuis le début de la crise, 4,9 milliards de dollars ont été pourvus pour adresser la crise au Liban. Pour la seule année 2016, la contribution s'est élevée à plus de 1,5 milliard de dollars, une assistance qui, au niveau global, n'a été dépassée qu'en Syrie. Malheureusement, cela n'a pas été suffisant pour sensiblement inverser la tendance de croissance de la pauvreté et des vulnérabilités.
Depuis 2014, le nombre de personnes vivant avec moins de 2,9 dollars par jour a doublé, atteignant 1,2 million de personnes. Les populations arrivent à peine à vivre de cette maigre somme et environ 300 000 Libanais et plus d'un million de réfugiés syriens s'enfoncent encore plus profondément dans un cycle infernal de dettes duquel ils n'arrivent pas à échapper. Le chômage demeure l'un des problèmes les plus aigus à la fois pour les réfugiés et les communautés hôtes, affectant disproportionnellement les jeunes et les rendant vulnérables à tomber dans des activités illégales, extrémistes et violentes.
Les disparités socioéconomiques grandissantes, ainsi que l'infrastructure et les services surchargés, engendrent des inquiétudes légitimes sur la sûreté, la sécurité et l'emploi, qui à leur tour nourrissent le mécontentement et les tensions sociales. Dans la plupart des municipalités que j'ai visitées, les mêmes inquiétudes et plaintes reviennent à maintes reprises : les communautés veulent l'eau courante, de bons systèmes d'égouts, des écoles pour leurs enfants et l'accès aux emplois. À Ersal, par exemple, les nappes phréatiques sont contaminées par les égouts car les infrastructures locales, déjà insuffisantes pour la population locale, sont incapables de traiter les eaux usées en provenance des campements informels de réfugiés syriens. Cela est une cause de tensions croissantes qui, si elles ne sont pas adressées correctement, pourraient mener à une augmentation de la violence. Ersal n'est pas un cas isolé.
Nous ne devons pas laisser la légendaire hospitalité libanaise se transformer en « fatigue de l'hospitalité ».
Plus que jamais, la solidarité internationale est nécessaire et doit être renforcée. Il est impératif que l'assistance humanitaire et de stabilisation continue, mais la transition de l'humanitaire vers le développement doit aller plus loin dans son soutien au Liban et à son économie en tant que pays hôte.
Depuis hier et jusqu'à aujourd'hui à Bruxelles, plus de 70 pays ainsi que des organisations de la société civile, l'Union européenne et les Nations unies se rencontrent pour faire le point sur les progrès accomplis depuis la conférence de Londres de l'an dernier. Nous allons réaffirmer le soutien de la communauté internationale pour adresser les principaux défis en Syrie et dans les pays voisins, et la conférence doit être une opportunité importante pour promouvoir l'exemple du Liban et adopter une nouvelle façon de travailler ensemble. Pour le Liban, cela signifie réaliser la transition des efforts humanitaires et de stabilisation à court terme vers des efforts de plus longue durée, en mettant l'accent sur la croissance économique et la création d'emplois.
Avant la conférence de Bruxelles, le Premier ministre a annoncé qu'il présentera sa vision pour accomplir la stabilisation et le développement à travers un programme économique de long terme, articulé autour d'une série d'initiatives d'infrastructure prioritaires. Ce changement d'approche est opportun et nous permettra d'adresser collectivement les besoins les plus pressants des réfugiés syriens et des communautés hôtes affectées par la crise syrienne.
Transformer la crise en opportunité et enfin soutenir les réformes et investissements essentiels pour créer des emplois et moderniser l'économie nécessiteront l'action de tous : la communauté internationale, le gouvernement et le secteur privé. Cela va nécessiter l'innovation, à la fois en termes de financement et d'approche. Pour les acteurs de l'assistance, il s'agira d'aller au-delà du financement traditionnel des bailleurs en mobilisant des investissements innovants et l'engagement du secteur privé.
La conjoncture est critique, mais je suis convaincu qu'ensemble, nous pouvons réussir. Si nous réussissons, le Liban deviendra un pilier de stabilité, de progrès et de prospérité, connu pour son ouverture, la facilité d'y faire des affaires et ses capacités d'innovation. Il offrira des opportunités non seulement à ses citoyens, ses jeunes, mais aussi à ceux qui cherchent un abri temporaire dans le pays, leur permettant de vivre en dignité et de se préparer à contribuer à reconstruire leur pays une fois qu'ils pourront y retourner. Préserver la stabilité du Liban signifie préserver la tolérance et la diversité de la région. Plus que jamais, la solidarité internationale doit égaler l'hospitalité du Liban en tant que pays hôte.
Ensemble, agissons pour créer un avenir meilleur pour le Liban et la région.

*Coordinateur résident des Nations unies et coordinateur humanitaire

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