Après Joseph Khoury, en 2009, et Abdel Rahman Hourié, en 2010, voilà que tombe le dernier chêne centenaire qui a marqué la construction au Liban pendant plus de 40 ans.
Issu d'une famille aisée, Alfred Matta aurait pu se contenter de cacher la pièce d'or de l'Évangile. Mais non, au prix de longues journées d'un labeur intense, il va multiplier cette pièce non pas par 10 mais par 100, par 1 000, fruit d'un travail acharné et sans relâche.
Il s'était retiré des affaires il y a 8 ou 9 ans, mais son ombre planait toujours sur une entreprise qu'il avait quittée mais où figurait toujours le nom Matta.
Normal, car prononcer son nom dans une affaire était synonyme de recherche d'honnêteté, de compétence et d'excellence, valeurs qui colleront à sa peau dès les années 50 et qui ne le quitteront plus jamais.
Le secret de cette réussite était bien sûr la probité érigée en institution et le respect de ses collaborateurs, petits et grands, aimé par eux et non craint, fidèle à eux même après qu'ils aient dépassé l'âge de la retraite, respectueux des droits des sous-traitants et scrupuleux dans le règlement de ses dettes.
Comme Joseph Khoury et Abdel Rahman Hourié, il était de cette catégorie d'entrepreneurs, technicien avant d'être gestionnaire, pour qui l'œuvre achevée à la perfection était beaucoup plus importante que les sommes qu'elle pouvait drainer, et cela se traduisait par la visite matinale quotidienne des chantiers en cours.
Tous les trois ont marqué une époque qui a disparu ou est en train de disparaître, et qui est remplacée par une ère où l'appât du gain est primordial, où l'œuvre n'est rien sans l'argent qu'elle procure, où l'on peut écraser ses collaborateurs et les changer sans sourciller.
Comme eux, Alfred Matta détestait la grande publicité qui marque notre temps, et pourtant il était partout là où il y avait de grandes constructions.
Son œuvre est colossale et son empreinte indélébile sur ceux qui ont collaboré avec lui.
Paraphrasant humblement Napoléon s'adressant à ses soldats après la bataille d'Austerlitz, « Il vous suffira de dire "J'ai bien côtoyé Alfred Matta" pour que l'on dise "Voilà un honnête homme" ».
Jean B. ESTA
Agenda - Hommage À Alfred Matta
Chute du dernier grand chêne
OLJ / le 14 mars 2017 à 00h13

