Jeff Sessions avait déclaré devant le Sénat, lors de son audition en janvier pour être confirmé dans ses fonctions de secrétaire à la Justice, qu’il n’avait « pas eu de contacts avec les Russes », ce qui constitue pour l’opposition démocrate un mensonge sous serment. Molly Riley/AFP
Le président américain Donald Trump faisait face, hier, à une nouvelle tempête liée aux contacts entre certains de ses proches et des responsables russes pendant la campagne présidentielle.
Jeff Sessions, secrétaire à la Justice et l'un des plus proches du nouveau locataire de la Maison-Blanche dont il a inspiré la politique anti-immigration, a reconnu hier avoir rencontré l'ambassadeur russe aux États-Unis à deux reprises l'année dernière, en contradiction apparente avec des déclarations récentes. Il est le second proche de M. Trump à être accusé de n'avoir pas dit toute la vérité sur ses contacts avec des responsables russes, après Michael Flynn, qui a démissionné le 13 février de son poste de conseiller à la Sécurité nationale.
Cette affaire à tiroirs empoisonne le début de mandat du successeur de Barack Obama, qui a souvent déclaré vouloir améliorer les relations avec Moscou. L'opposition démocrate au Congrès a ainsi demandé la démission de M. Sessions. « Le département de la Justice doit être au-dessus de tout reproche. Pour le bien du pays, le ministre Sessions doit démissionner », a déclaré le chef de file des démocrates du Sénat, Chuck Schumer, lors d'une conférence de presse hier. Nancy Pelosi, chef des démocrates de la Chambre des représentants, avait appelé à cette démission dès mercredi soir.
Mensonge sous serment
Jeff Sessions a donc confirmé hier avoir rencontré l'ambassadeur Sergueï Kisliak lors d'un discours en juillet, puis personnellement dans son bureau au Congrès en septembre, comme l'a révélé mercredi soir le Washington Post. Il a affirmé que les rendez-vous entraient dans le cadre de ses fonctions de sénateur, pas de conseiller de Donald Trump. Or M. Sessions avait déclaré devant le Sénat, lors de son audition en janvier pour être confirmé dans ses fonctions, qu'il n'avait « pas eu de contacts avec les Russes », ce qui constitue pour les démocrates un mensonge sous serment.
« Je n'ai jamais rencontré de Russes pour discuter d'une campagne politique », s'est justifié hier le secrétaire, sur la chaîne NBC. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a dénoncé sur Fox News « des jeux politiques partisans ». « Ils devraient avoir honte », a-t-il dit. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a aussi volé au secours de M. Sessions hier, déclarant : « Nous n'avons vu aucune preuve impliquant aucun membre de l'équipe Trump » dans les interférences russes.
Les responsabilités actuelles de Jeff Sessions sont au cœur du problème. L'Attorney General (secrétaire à la Justice) supervise le FBI, donc l'enquête que la police fédérale mène sur la tentative d'ingérence russe et sur les éventuels contacts entre des proches de M. Trump et des responsables russes. Des élus éminents de la majorité républicaine ont donc estimé qu'il serait plus simple qu'il se « récuse », afin qu'il n'ait plus de pouvoir de supervision sur l'enquête du FBI. Une décision que Jeff Sessions n'exclut pas. « J'ai dit que lorsque cela serait adéquat, je me récuserais. Il n'y a aucun doute à ce sujet », a-t-il dit à la chaîne NBC. Mais une simple récusation ne suffit plus aux démocrates, et certains républicains demandent la nomination d'un procureur indépendant ou « spécial », qui aurait les pouvoirs d'enquêter sur toute l'affaire, indépendamment du département de la Justice. C'est cette demande sur laquelle l'opposition devrait maintenant insister.
À Moscou, le porte-parole du Kremlin a dit n'être pas au courant des rendez-vous entre MM. Sessions et Kisliak, mais a souligné que c'était « le travail de l'ambassadeur d'avoir le plus de rencontres possible ».
(Source : AFP)


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