François Fillon prononçant un discours lors de sa visite à Saint-Pierre, sur l’île de La Réunion, le 12 février 2017. Laurent Capmas/AFP
François Fillon, fragilisé par l'affaire des emplois présumés fictifs de sa femme, s'est montré hier à La Réunion résolument confiant d'échapper à une mise en examen, qui mettrait à bas sa candidature à la présidentielle.
« Juridiquement, je ne vois pas comment ça peut se produire. On serait dans une quasi-voie de fait », a confié M. Fillon à des journalistes. Persuadé d'être en proie à une « injustice profonde », il a réaffirmé sa promesse de se retirer s'il est mis en examen.
Le parquet national financier (PNF), qui s'est autosaisi de l'affaire – une décision contestée par le candidat et ses avocats, qui la jugent « illégitime » –, avait indiqué dimanche qu' « aucune décision n'(était) prise à ce stade de l'enquête » et qu' « aucun calendrier (n'était) fixé à ce jour ».
Selon le député LR Philippe Houillon, spécialiste des questions judiciaires et ultramarines qui accompagnait M. Fillon à La Réunion, plusieurs options s'offrent au PNF : « Soit il renvoie le dossier au parquet de droit commun (tribunal correctionnel), soit il ouvre une information judiciaire, soit il classe sans suite. »
Cette dernière option semble être exclue par le candidat et ses proches. M. Fillon a de nouveau mis en garde contre une « crise institutionnelle » s'il était forcé de renoncer. Il estime que « depuis le début, l'option est claire : éliminer le candidat légitimé par la primaire » de la droite. « Je vois bien le trouble que cette affaire suscite dans l'opinion mais le socle de l'électorat de droite est solide », a-t-il dit.
Échange direct à la mosquée
« Attaqué 24h/24 » mais décidé à se battre « jusqu'au bout » pour gagner en mai car son programme est « le seul capable de relancer la France », il a également assuré que l'État consacrerait « deux milliards d'euros par an en faveur de l'emploi outre-mer ».
M. Fillon a, trois jours durant, multiplié les rencontres avec élus, chefs d'entreprise, responsables religieux ou simples citoyens, comme hier dans la rue piétonne et très commerçante de Saint-Denis, où il est allé se promener sans presse. Dimanche, il a assisté à la messe à Saint-Gilles et, « croyant » revendiqué, il a communié.
Avant son arrivée, la presse locale s'était fait l'écho d'une certaine méfiance dans l'île, où se côtoient des habitants d'origines et de religions diverses, certains Réunionnais n'ayant pas apprécié qu'il ait récemment affirmé que la France n'était « pas un pays mosaïque » ou qu'elle n'avait « pas inventé l'esclavage ».
Mais seules quelques dizaines de personnes ont manifesté, avec pour slogans « Non aux emplois fictifs » ou « Fillon, rends l'argent ». Des heurts sans gravité se sont brièvement déroulés samedi entre pro et anti-Fillon à Étang salé, devant une ferme photovoltaïque.
Avant de clore son voyage, M. Fillon s'est rendu hier à la grande mosquée de Saint-Denis, la plus vieille de France, où il a eu un échange direct avec les autorités musulmanes. Au candidat qui leur disait son souhait de voir « monter du fond même des citoyens français de confession musulmane ce cri de colère et de protestation contre les extrémistes, pas seulement contre les terroristes », le président de la mosquée, Iqbal Ingar, a répondu: « Quoi qu'il fasse, on renvoie toujours le musulman à sa religion. Il ne faut pas s'étonner de la montée du communautarisme. »
« Je comprends que vous soyez choqués quand on parle de "totalitarisme islamique" », a encore déclaré l'auteur de Vaincre le totalitarisme islamique aux responsables musulmans qui venaient de lui en faire la remarque. « Il vaudrait mieux dire que ce sont des totalitaires qui se réclament de l'islam, qui brandissent le drapeau de l'islam, qui essaient de s'accaparer l'islam », a-t-il concédé.
Avant de reprendre l'avion, M. Fillon, passionné de formule 1, s'est rendu sur un circuit automobile. Il est monté en passager dans un bolide qui s'est livré à des dérapages contrôlés.
(Source : AFP)

