Dans la maison des chastes amants, le baiser décore l’un des murs du triclinium (salle à manger). Eliano Imperato/AFP
La maison des chastes amants, exceptionnellement préservée pendant près de 2 000 ans sous les cendres et la lave du Vésuve, a rouvert pour quelques jours à Pompéi à l'occasion de la Saint-Valentin. Cette habitation d'un riche boulanger, avec un jardin, un moulin, des étables et la somptueuse fresque d'un tendre baiser, se situe sur la Voie de l'Abondance, jadis une rue animée de l'ancienne cité romaine. On y voit aussi les squelettes pétrifiés des mules, piégées par l'éruption du volcan en 79 après J-C.
Ce week-end, les visiteurs ont pu admirer cet ensemble de 1 500 m2, qui fermera à nouveau au lendemain de la Saint-Valentin, pour quatre années de restauration dans le cadre d'un projet de préservation de Pompéi de plusieurs millions d'euros. « Le complexe résume à la fois la beauté et les défis de Pompéi, explique l'archéologue quadragénaire Alberta Mattelone. Il y a l'héritage archéologique – les maisons et les fresques –, ainsi que les traces de l'éruption, les dépôts volcaniques. Ensuite, il y a les problèmes de conservation : le toit, les escarpements, la préservation des fresques. »
Le baiser décore l'un des murs du triclinium, la petite salle à manger où les Romains s'allongeaient pour déguster du fromage, du miel ou... des loirs, accompagnés de pain tout juste sorti du four. La boulangerie se trouve en face du triclinium, avec ses pierres servant à moudre le grain et le grand four dans lequel cuisaient des pains ronds et plats, vendus dans la petite boutique adjacente. Juste à l'entrée de la boutique, on distingue – encore griffonnées sur un mur – les sommes que certains clients devaient au boulanger pour le pain qu'ils avaient pu grignoter avec les fruits secs et les olives vendues sur l'étal d'en face.
Le moulin était actionné à tour de rôle par six mules et un âne, qui sont morts piégés dans leur étable quand les cendres et la lave incandescente ont enseveli la ville. Derrière l'étable se trouve la maison des peintres au travail, où des artisans étaient en train de recouvrir d'enduit les murs d'une pièce quand le volcan est entré en éruption, ainsi qu'un jardin recréé exactement à l'identique par des archéobotanistes.
Les premières explorations du complexe remontent à 1912, mais les quelques éléments alors mis au jour ont été détruits par des bombardements des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Les vraies fouilles n'ont commencé qu'en 1982 et ont duré jusqu'en 2004. Le site a été brièvement ouvert au public en 2010. « Nous l'ouvrons pour la Saint-Valentin parce que nous voulons que le public puisse le voir avant de fermer le site pour reconstruire le toit et une structure de soutien », explique Michele Granatiero (61 ans), architecte en chef du projet.
Les futurs visiteurs pourront admirer le site depuis une passerelle surélevée, sous un toit d'aluminium et de plexiglas. Mais ces derniers jours, c'est par groupes de 20 qu'ils ont pu faire le tour du complexe avec ses mosaïques de marbre coloré, ses remises emplies de pots en céramique et ses fresques, où affleure l'un des baisers les plus doux de l'ère romaine.
(Source : AFP)

