Dimanche, au moins 500 000 personnes, selon les médias roumains, avaient déferlé dans les rues de Bucarest et d’une cinquantaine de villes de ce pays de 20 millions d’habitants, aux cris de « Démission » et « Voleurs ». Octav Ganea/Reuters
Le gouvernement roumain était sous pression hier au lendemain de la mobilisation record d'un demi-million de personnes, nombreuses à demander la démission de l'exécutif en place depuis un mois. Dimanche, au moins 500 000 personnes, selon les médias roumains, avaient déferlé dans les rues de Bucarest et d'une cinquantaine de villes de ce pays de 20 millions d'habitants, aux cris de « Démission » et « Voleurs »
Le chef du gouvernement social-démocrate (PSD) Sorin Grindeanu a appelé hier la population « au calme », assurant avoir « compris le message des manifestants ». M. Grindeanu a toutefois exclu de démissionner, assurant « avoir une responsabilité envers les Roumains » qui ont voté massivement pour les sociaux-démocrates lors des législatives du 11 décembre. Le retrait dimanche du décret controversé assouplissant la loi anticorruption ne semble pas suffisant aux yeux des protestataires qui enchaînent les manifestations depuis six jours. « Si nous descendons dans la rue ce soir aussi, ils ne résisteront pas. C'est aujourd'hui ou jamais, ce serait magnifique si on pouvait être encore plus nombreux », a écrit hier un internaute, Galbus, sur le compte Facebook « Coruptia ucide » (la corruption tue), utilisé par les manifestants.
« Ne pas se faire avoir »
« Personne ne pourra plus gouverner la Roumanie en cachette », a estimé hier l'ancien Premier ministre Dacian Ciolos, proche de l'opposition libérale. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a salué l'abrogation du décret qui permettait à des responsables politiques d'échapper à des poursuites. « Je voudrais que la Roumanie se ressaisisse, je crois qu'elle est en train de se ressaisir », a-t-il estimé. Le gouvernement n'a toutefois « aucune raison de démissionner », a martelé le chef du PSD, Liviu Dragnea.
Sur les réseaux sociaux, les appels à poursuivre la mobilisation engagée après l'adoption en urgence du décret controversé le 2 février, et devenue la plus importante depuis la chute du régime communiste fin 1989, ne faiblissent pas. « Nous sommes des millions de Roumains à partager les mêmes craintes et le même souhait de ne pas laisser les hommes politiques corrompus accaparer la Roumanie ! » lance pour sa part le site #Resist. Critiqué pour avoir fait adopter cette révision du code pénal par décret, sans l'aval du Parlement, le ministre de la Justice Florin Iordache a annoncé qu'un projet de loi tenant compte des critiques serait publié prochainement et soumis à des débats publics. Mais cette annonce n'a fait que nourrir la méfiance des manifestants. « Ils veulent revenir avec un nouveau texte au Parlement. On va rester attentifs pour ne pas se faire avoir », a réagi Daniel, 35 ans.
Le texte initial réduisait sensiblement les peines encourues pour abus de pouvoir et introduisait un seuil minimum de préjudice de 200 000 lei (44 000 euros) pour entamer des poursuites dans la plupart des affaires de corruption. Il faisait craindre à ses détracteurs une régression de la lutte contre la corruption qui s'est intensifiée ces dernières années en Roumanie. L'analyste politique Cristian Tudor Popescu compare le gouvernement Grindeanu à un « voleur qui espère être pardonné s'il rend ce qu'il a volé ».
(Source : AFP)

