À peine plus d'un nœud dans l'après-midi : piégé dans une zone sans vent au large des Canaries, le leader Armel Le Cléac'h (Banque Populaire VIII) piétinait hier, à six jours de l'arrivée attendue du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne (France). Son plus proche poursuivant, Alex Thomson (Hugo Boss), grignote des milles marins, mais ça devrait bientôt être à son tour de ralentir.
En tête de la flotte depuis plus de 40 jours, Le Cléach, 2e des deux dernières éditions de la course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance – à un souffle de François Gabart il y a quatre ans –, n'a aucune envie de voir le scénario se répéter, à l'heure de vivre son dernier week-end en mer. Problème : le Breton a vécu une journée de vendredi au ralenti, pire que la veille. Tout juste plus d'un nœud au pointage de 14h00 GMT, autour de trois nœuds à ceux de 11h00 GMT et de 17h00 GMT. Et un différentiel de cinq nœuds à l'avantage de Thomson sur les dernières 36 heures (7 nœuds contre 12).
Logiquement, la menace Thomson se précise. En 24 heures, le retard du skipper britannique a fondu d'une centaine de milles, passant de 214 milles à 121,8 milles hier soir. Mais l'éclaircie pourrait être de courte durée pour le Gallois. « La tendance devrait s'inverser dans les prochaines heures », estimaient hier les organisateurs, qui anticipent un coup d'accélérateur de Le Cléac'h et, au contraire, un coup de mou pour Thomson. Premier indice : la vitesse du monocoque Hugo Boss était tombée sous les cinq nœuds au pointage de 17h00 GMT. La méfiance reste toutefois de mise. « Les vents vont rester instables et faibles durant les prochaines 48 heures », soulignent ainsi les organisateurs.
Et si la remontée de l'Atlantique plonge le duo de tête dans l'incertitude, Le Cléac'h et Thomson sont toujours attendus aux Sables-d'Olonne jeudi prochain. Entre-temps, au large de l'archipel du Cap-Vert, Jérémie Beyou (Maître CoQ) poursuit sa route vers le podium final.
Attention, Ofni...
Cétacés, arbres, réfrigérateurs : ces objets flottants non identifiés (Ofni) sont les derniers dangers qui se dressent sur le chemin d'Armel Le Cléac'h et d'Alex Thomson. Le duo navigue en effet ce week-end près des Açores, terrain miné pour ces passionnés de la mer, entre pêcheurs et baleines. « Ces jolis mammifères marins n'ont pas le réflexe de fuite, il arrive qu'on tape dedans, ce qui ne nous plaît pas. On n'est pas du tout fier de leur faire mal, mais on n'a pas toujours les moyens de les voir avant », raconte Michel Desjoyeaux, vainqueur de deux éditions du Vendée Globe (2000/2001, 2008/2009) et consultant pour RMC/BFMTV.
Mais il y a aussi dans les mers des rencontres pour le moins inattendues. « Je suis entré en collision avec plein de choses en naviguant. Moi, j'ai même vu des réfrigérateurs ! En 2002, sous Terre-Neuve (...) », se souvient Vincent Riou, victorieux en 2005. Les skippers ont aussi affaire à une pléthore de containers tombés des cargos. Pour un monocoque de 60 m, cela équivaut à taper dans de la pierre. Outre cette pollution maritime, les Ofnis peuvent prendre la forme d'arbres. Desjoyeaux a été marqué par ce qu'il a vu en naviguant au large du Costa Rica : « Des arbres entiers avec les racines, le tronc et toutes les branches. »
(Source : AFP)

