Les présidents chinois, Xi Jinping (g.), et égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, à l'arrivée du premier à l'aéroport international du Caire, le 1e septembre 2026. Photo Khaled DESOUKI / POOL / AFP
Pour sa première visite en dix ans en Égypte, le président chinois Xi Jinping a été reçu mercredi par son homologue Abdel Fattah al-Sissi, alors que la guerre entre les États-Unis et l'Iran bouscule les alliances régionales. Une cérémonie avec 21 coups de canon au palais d'Al-Ittihadiya a donné le coup d'envoi de cette visite de deux jours.
Le Caire déroule le tapis rouge à Xi, arrivé mardi soir en pleine reprise des hostilités au Moyen-Orient et au moment où Washington accroît sa pression sur les partenaires commerciaux de l'Iran, comme la Chine et l'Égypte. Les États-Unis ont récemment lancé un avertissement aux pays maintenant un lien avec leur ennemi, menaçant de les couper du système financier occidental. Pékin, partenaire majeur de Téhéran, en particulier pour le pétrole, est en première ligne et cherche l'appui du Caire, dont les banques sont aussi ciblées. La semaine dernière, le Trésor américain a en effet annoncé des sanctions contre la branche émiratie de la deuxième plus grande banque égyptienne, Banque Misr, accusée de participer aux échanges financiers avec Téhéran.
« Indépendance »
Dans le cadre de son offensive contre l'Iran lancée avec Israël fin février, Washington a juré le mois dernier d'asphyxier l'économie iranienne, menaçant d'élargir ses sanctions, qui pourraient également frapper des banques chinoises. La Chine, grand acheteur de pétrole iranien, a de son côté promis de défendre ses intérêts.
À l'approche d'une rencontre annoncée entre Xi Jinping et le président américain Donald Trump plus tard en septembre, Pékin cherche également à renforcer ses liens avec les pays de la région proches de Washington. Or l'Égypte est l'un des plus gros bénéficiaires de l'aide militaire américaine et un médiateur historique clé au Moyen-Orient.
Selon des analystes, Le Caire compte utiliser cette visite pour mettre en avant son autonomie stratégique, en montrant qu'il peut tirer parti de ses relations étroites avec Washington comme avec Pékin. Abdel Fattah al-Sissi, dans un texte publié mardi dans les médias égyptiens, a vanté sa « politique étrangère indépendante ». Il a aussi assuré que ces deux membres des Brics étaient des « partenaires » pour « renforcer le rôle du Sud global », dans un monde de plus en plus polarisé.
Coopération militaire et économique
Xi Jinping devrait traverser la capitale mercredi, avec une halte au Grand Musée égyptien près des pyramides de Gizeh. À travers la mégapole de plus de 26 millions d'habitants, les grandes avenues ont été décorées de drapeaux chinois et égyptiens, ainsi que de panneaux montrant les deux présidents ou vantant des « générations d'amitié égypto-chinoise coulant comme le Nil ».
Une série d'accords bilatéraux visant à développer les échanges économiques, portant notamment sur l'intelligence artificielle, les transports et l'énergie, doivent être signés. Les investissements chinois jouent déjà un rôle clé dans les grands projets du président Sissi : ils ont financé le quartier des finances et des affaires, constellé de gratte-ciels, dans la nouvelle capitale administrative située à 50 km à l'est du Caire. La Chine a aussi établi une présence majeure dans la zone économique du canal de Suez, dont l'extension doit être abordée. Pékin est un important exportateur vers l'Égypte, avec un excédent commercial atteignant 12 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2026, selon les douanes chinoises. Les deux pays sont également liés par leur coopération militaire : l'Égypte qui, sous l'administration Sissi, est devenue l'un des plus gros pays acheteurs d'armes au monde, a accueilli en août d'importants exercices conjoints de combat aérien avec l'armée chinoise, mettant en scène le puissant chasseur J-16.

