MM. Chehayeb, Succar et différents officiels et responsables locaux lors d'une tournée dans la station à Naamé. Photo fournie par le bureau de presse du ministre de l'Agriculture
Les émanations de gaz, qui ont si longtemps conféré à la décharge de Ebey-Aïn Drafil (plus connue sous le nom de Naamé) sa mauvaise réputation, serviront dorénavant à la production d'électricité dans une station spécialement conçue pour leur récupération à cet effet, dans le site même. La station a été inaugurée en grande pompe hier, sur place, en présence du ministre de l'Énergie et de l'Eau Arthur Nazarian, du président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) Nabil el-Jisr, du PDG d'Électricité du Liban (EDL) Kamal Hayek, de Maysara Succar, PDG de la compagnie Averda (qui compte notamment Sukleen et Sukomi, cette dernière ayant été chargée de la gestion de la décharge pour les vingt dernières années), du ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, chargé depuis plus d'un an du dossier de la gestion des déchets, et de Ziad Mohtar, représentant les populations locales.
Interrogé par L'OLJ, le bureau de communication de Sukomi précise que cette station est capable de produire une moyenne de 6,4 mégawatts de courant, qui sera acheminé vers la centrale de Damour. Ce sera alors à l'État, selon le bureau, de distribuer ce courant aux villages de la région afin de les alimenter en électricité 24 heures sur 24, gratuitement. La récupération des gaz qui se dégagent de la décharge (en raison de la présence d'ordures organiques) permet l'opération de production d'électricité, sachant que cette petite centrale couvre l'ensemble de la décharge et non des cellules particulières. Le projet pourrait rester fonctionnel de dix à quinze ans, tant que les émanations de gaz le permettront.
La production d'électricité à partir des gaz de la décharge est un projet dont on parle depuis des années, qui fait partie de l'accord initial entre la compagnie et l'État pour une mesure de motivation pour les villages environnants, qui ont longtemps supporté les désagréments du voisinage de la décharge. À la question de savoir pourquoi ce projet a tant tardé à être mis en place, le bureau de communication de Sukomi souligne que c'est une initiative de la compagnie elle-même qui a conduit à la construction de la station comme projet pilote il y a deux ans, dans un objectif d'autosuffisance d'alimentation en courant. La production a alors atteint 0,5 mégawatt, alimentant aussi trois villages environnants. Et d'ajouter : « L'État a adopté ce projet, lançant un appel d'offres qui a été remporté par Sukomi. La station devra cependant être rendue à l'État, plus particulièrement au CDR, dans un délai d'un an. »
Les discours prononcés sur place ont insisté sur l'importance de la production d'énergie par les déchets, comme solution au problème des ordures. M. Chehayeb a évoqué plus particulièrement le dernier plan de gestion des déchets du gouvernement, dont il est l'artisan, et qui repose principalement sur deux décharges, à Bourj Hammoud et Costa Brava (Choueifate). Il a assuré que cette solution n'est que temporaire, et qu'elle devrait être remplacée au plus vite par la mise en place du plan de longue date adopté par le gouvernement en 2010 pour la production d'électricité par la combustion de déchets, couplé d'un système de tri à la source. Pour sa part, Ziad Mohtar a relevé que les habitants de la région n'ont que trop attendu la récompense de leur patience, par une alimentation discontinue et gratuite d'électricité.
La décharge de Naamé (qui a longtemps accueilli les déchets de Beyrouth et du Mont-Liban) avait été ouverte durant la période 1997-1998, dans le cadre du plan d'urgence mis au point par le gouvernement d'alors, dont Akram Chehayeb était ministre de l'Environnement. Un contrat avait été signé par le gouvernement avec les compagnies sœurs Sukleen (pour la collecte et le transport) et Sukomi (pour le traitement). Au cours des années, de multiples critiques ont été adressées aux compagnies pour entorses au contrat, notamment pour la sursaturation de la décharge vers laquelle plus de 85 % des déchets (dont un taux important d'ordures organiques) ont été transportés, d'où les désagréments dont se plaignaient les populations des alentours. Celles-ci devaient recourir de plus en plus à l'escalade et aux manifestations, jusqu'à la fermeture de la décharge en juillet 2015 sans alternative, provoquant la crise des déchets. La décharge sera rouverte temporairement durant deux mois après l'adoption du plan gouvernemental en mars dernier, pour y accueillir les déchets empilés dans les rues, avant la fermeture définitive.

