Loin des invectives de ces derniers jours et hormis quelques maigres répliques à fleurets mouchetés, François Fillon et Alain Juppé se sont surtout attachés à présenter le fond de leurs programmes respectifs en répondant aux questions des journalistes, hier soir lors de leur duel télévisé. Eric Feferberg/Pool/AFP
François Fillon, favori de la primaire de la droite pour la présidentielle française, a affronté hier soir son rival Alain Juppé lors d'un duel télévisé, dans un climat électrique avant l'échéance du second tour dimanche. L'enjeu pour les deux anciens Premiers ministres est crucial puisque le futur champion de la droite sera, selon les sondages, bien placé pour l'emporter face à l'extrême droite, en mai 2017, au second tour de la présidentielle. Ainsi, loin des invectives qui ont émaillé ces derniers jours et hormis quelques maigres répliques à fleurets mouchetés, MM. Fillon et Juppé se sont surtout attachés à présenter le fond de leurs programmes respectifs, en préambule du débat, répondant au feu roulant des questions de Gilles Bouleau (TF1), David Pujadas (France 2) et Alexandra Bensaïd (France Inter).
« François, nous nous connaissons depuis bien longtemps. Nous sommes entrés en politique presque en même temps, nous avons toujours appartenu à la même famille politique, tu as été mon ministre et j'ai été le tien et tu sais que j'ai toujours eu pour toi de l'amitié et de l'estime, et je n'ai pas changé d'avis », a déclaré M. Juppé dans son propos liminaire, se tournant vers M. Fillon. « Cela dit, il y a des règles dans un débat, on peut se poser des questions, c'est ce que j'ai fait quand tes positions ou propositions ne me paraissaient pas tout à fait claires, et j'ai été un peu surpris de la virulence de ta réponse. Nous avons des divergences que je n'ai pas l'intention d'éluder. Les Français qui nous regardent ont droit à la clarté et à la précision », a poursuivi le maire de Bordeaux.
« Ce débat ne doit pas être celui de la division, a répondu M. Fillon. Parce que quel que soit le choix dimanche, c'est ensemble que nous mettrons en œuvre le projet que les Français vont choisir. » « Ce deuxième tour, ce n'est pas un combat, c'est la présentation du projet de deux hommes qui appartiennent à la même famille politique et qui, je pense, ont la même éthique de l'action publique », a désamorcé, calme et serein, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy.
Caricature !
Concernant l'assurance-maladie, M. Juppé a pointé une « divergence assez profonde » avec le député de Paris au sujet des baisses de remboursements de santé qui ne seraient pas « une bonne idée ». « Caricature ! » a rétorqué M. Fillon, expliquant toutefois que le système de santé devait être « désétatisé ». Il a aussi dénoncé la « caricature » des journalistes au sujet de son programme d'augmentation du temps de travail dans la fonction publique. Cette question est un autre point de désaccord entre les deux hommes de droite : « Alain Juppé ne veut pas vraiment changer les choses. Je n'accepte pas que l'on dise à l'avance que c'est impossible », a déclaré M. Fillon.
Ils ont aussi échangé sur l'éthique en politique, tombant d'accord sur le fait qu'un ministre de leur gouvernement qui serait mis en examen devrait quitter son poste. Sur la question de l'IVG, angle d'attaque de M. Juppé depuis quatre jours, « le procès qui m'a été fait (...) n'était pas correct », a dit M. Fillon. « Je n'ai fait aucun procès, j'ai juste posé une question », s'est défendu M. Juppé, disant avoir été de son côté, « depuis des mois et des mois, l'objet d'une campagne absolument ignominieuse » sans qu'aucun lieutenant de M. Fillon ne la condamne. « Je n'ai rien à voir avec cette campagne (et) quand je me fais traiter d'homophobe tous les matins, je ne t'ai pas entendu non plus prendre ma défense », a répliqué M. Fillon.
François Fillon a, par ailleurs, répondu par la négative hier soir à la question de savoir si la France était une nation multiculturelle, tandis que son rival Alain Juppé a jugé que « l'identité de la France, c'est d'abord la diversité ».
Concernant la politique étrangère de la France, Alain Juppé a été beaucoup plus ferme vis-à-vis de la Russie concernant l'annexion de la Crimée et la guerre en Syrie, alors que M. Fillon a estimé que la politique actuelle contre Moscou et Damas n'a pas porté ses fruits.
Sur un plan plus personnel, M. Juppé a confié avoir manifesté des deux côtés des barricades en mai 1968, avec les étudiants de Sciences-Po puis sur les Champs-Élysées en soutien au général de Gaulle, arguant du fait qu'il « faut être présent partout ». L'ancien Premier ministre a précisé avoir manifesté une troisième fois à Versailles « pour la grande manifestation sur la défense de la liberté de l'enseignement dans notre pays », le 24 juin 1984. M. Fillon, lui, a indiqué avoir manifesté à trois reprises aussi dans sa vie. La « première fois contre un professeur d'anglais que je jugeais incompétent dans mon lycée, a-t-il raconté, et une deuxième fois au moment de mai 1968, de manière assez folklorique ». La troisième était cette « grande manifestation pour la défense de la liberté scolaire » en 1984.
(Source : AFP)

