Un membre des forces de sécurité irakiennes fait le signe de la victoire, à Hammam al-Alil, au sud de Mossoul. Thaier al-Sudani/Reuters
Le groupe État islamique (EI) cédait du terrain hier autour de ses deux derniers fiefs, avec l'avancée des forces arabo-kurdes vers Raqqa en Syrie et la prise par les forces irakiennes d'une ville au sud de Mossoul (Nord).
À Mossoul, les forces irakiennes poursuivent leur progression dans les quartiers de l'est, où l'EI oppose une forte résistance. Les 3 000 à 5 000 jihadistes présents dans la deuxième ville d'Irak sont désormais quasiment pris en tenaille trois semaines après le début de l'offensive soutenue par les États-Unis et leurs alliés. Après être entrées dans Mossoul par l'est, les troupes irakiennes se rapprochent nettement au sud, où elles ont conquis la ville de Hamam al-Alil, à une quinzaine de km de la périphérie. « Jusqu'à sept quartiers sont désormais contrôlés par les forces du contre-terrorisme », a précisé à l'AFP Sabah al-Noman, le porte-parole de ces forces. Elles ont indiqué y avoir découvert une fosse commune et « 100 corps de civils la tête coupée ». En reprenant Hamam al-Alil, les forces irakiennes se rapprochent de la périphérie sud de Mossoul où sont situés l'aéroport international et une vaste base militaire que l'armée avait désertée en juin 2014 face à l'avancée de l'EI. Une fois les combats terminés à Hamam al-Alil, la vie a rapidement repris son cours avec la réouverture des magasins. « Si je dis que je suis heureux, cela n'est pas suffisant. C'est plus que du bonheur, plus que de la joie », se félicitait Hussein Khalaf al-Joubouri, un habitant de 73 ans.
La situation évolue aussi sur le front nord-est de Mossoul où les forces kurdes irakiennes, les peshmergas, sont entrées dans Bachiqa et ont annoncé avoir commencé à vider la ville des jihadistes « maison par maison ».
Cette ville est située à proximité d'une base controversée où sont déployées des troupes turques, qui entendent jouer un rôle dans l'offensive sur Mossoul et ont mené des attaques à l'artillerie contre l'EI.
Le nombre de civils déplacés depuis le début de l'offensive sur Mossoul dépasse désormais 34 000, selon un nouveau bilan établi hier par l'Office international des migrations (OIM). Les États-Unis ont estimé que ce chiffre était « plus faible qu'attendu » tout en soulignant que les forces irakiennes « n'ont pas encore atteint les zones les plus peuplées de Mossoul ».
« Colère de l'Euphrate »
En Syrie, l'opération « Colère de l'Euphrate » destinée à isoler la ville septentrionale de Raqqa ne fait que commencer. Lancée samedi, elle a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes mais qui comprennent aussi des Arabes et des Turkmènes, d'avancer depuis le nord dans la région désertique et plate qui entoure Raqqa. « Nous avons pu nous emparer d'armes » de l'EI « et nous avons tué un grand nombre de ses combattants », a indiqué à l'AFP la porte-parole de l'offensive, Jihan Cheikh Ahmad.
La principale préoccupation des FDS est de prévenir les explosions de voitures piégées conduites par des kamikazes, l'une des armes de choix des jihadistes.
Ainsi, dans le village d'Abou Ilaj, qui vient d'être conquis à seulement 30 km de Raqqa, les combattants creusent des tranchées et empilent des sacs des sable. Il s'agit « d'empêcher les jihadistes de s'infiltrer et de laisser passer les voitures piégées », explique l'un d'eux.
Les FDS bénéficient d'un soutien actif de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les États-Unis, qui a déployé plusieurs dizaines de conseillers sur le terrain. Et ses avions poursuivent la campagne de frappes aériennes engagée depuis plus d'un an pour détruire les infrastructures de l'EI.
Prudence de Washington
En saluant dimanche le début de l'offensive sur Raqqa, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a averti que, « comme à Mossoul », « la bataille ne sera pas facile et le travail qui se présente sera rude ». « La première phase sera d'isoler Raqqa » en coupant les principaux axes de communication avec l'extérieur, a expliqué le Centcom, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient.
Washington fait preuve de prudence sur les suites de l'opération en raison de son contexte géopolitique particulièrement sensible dans un pays plongé dans une guerre civile où interviennent de nombreuses puissances étrangères, dont la Russie et la Turquie.

