Le chef de l’État, escorté par le président de la Chambre jusqu’au perron du Parlement à l’issue de la séance. Photo Sami Ayad
Voici le texte de l'allocution prononcée par le président de la Chambre, Nabih Berry, après l'élection du général Michel Aoun à la présidence de la République :
« En mon nom et en celui de la Chambre des députés et du peuple libanais, nous présentons nos félicitations à Votre Excellence pour votre élection à la présidence du pays en cet instant national, régional et international le plus difficile. Je me permets d'abord de remercier cette Chambre tout particulièrement, ainsi que le gouvernement du Premier ministre Tammam Salam, pour les souffrances qu'ils ont endurées ensemble, et la patience du prophète Job dont chacun des deux a fait preuve pour que nous puissions en arriver à cet instant, durant lequel je me fais une joie, Monsieur le Président, de vous accueillir sous la coupole du Parlement dont vous êtes l'un des piliers de la légalité aujourd'hui. La Chambre des députés libanaise a mené à bien l'échéance présidentielle en vous élisant. Elle vous confie, ce faisant, au nom du peuple, le gouvernail de la patrie pour que vous la meniez à bon port, alors que le vent souffle, que les vagues s'accumulent autour de nous et menacent de diviser celui qui ne l'est pas encore de nos territoires dans notre voisinage arabe, et que notre région entre dans des guerres de suivisme infinies, qui conduisent certainement à des "israélisations" sous la forme de fédéralismes et de confédéralismes confessionnels, sectaires, ethniques, régionalistes et factieux.
« Ce qui a été proposé est l'une des nouvelles menaces pour la stabilité de la région et du Liban, qui a ajouté à l'acuité des menaces sécuritaires, représentées par le terrorisme, ainsi qu'à l'acuité de notre crise économique et sociale, comme résultat de l'augmentation du dossier des migrants et des déplacés parmi nos frères syriens et palestiniens en provenance de la Syrie-sœur. Quant à la menace réelle et permanente contre notre pays, elle émane toujours de l'hostilité d'Israël, qui prend pour cible le Liban pour des raisons stratégiques et aquifères, et parce qu'il est son concurrent économique potentiel dans le système régional. Une ligne de démarcation supplémentaire maritime s'est tracée le long de notre richesse naturelle découverte dans la mer, alors qu'Israël continue de bousculer l'application de la résolution 1701 et d'occuper des parties de notre territoire qui nous sont chères, à commencer par les hameaux de Chebaa, les collines de Kfarchouba et la partie libanaise du village libanais de Ghajar, sans compter les violations militaires et les démonstrations de force continues à nos frontières. Ce que nous venons de développer suppose, Monsieur le Président – vous qui étiez à la tête de l'institution militaire –, le soutien de l'armée en équipements et en munitions, et la consolidation des institutions sécuritaires pour remplir la mission de la défense du territoire aux côtés de la résistance et du peuple.
« L'une des questions essentielles est l'arrêt de l'hémorragie de la richesse humaine du Liban et de l'émigration des jeunes. Le Liban ne volera que par le biais de ses deux ailes, émigrés et résidents. Je n'appelle pas seulement à une reconsidération du ministère des Émigrés et une participation de ces derniers au processus politique, mais à une déclaration et un programme gouvernementaux pour l'émigration qui supposent la tenue de recensements de la diaspora libanaise dans le monde entier pour recouvrer les énergies et organiser leurs investissements dans leur pays natal. N'oublions pas qu'au Liban nous sommes près de quatre millions, tandis qu'à l'extérieur nous sommes plus de 14 millions.
« Nous avons beaucoup perdu du fait du dilemme présidentiel. La priorité maintenant est, à mon sens, l'entente sur une loi électorale moderne, ce qui ne peut être réalisé qu'à travers l'adoption de la proportionnelle, la consécration du quota pour les femmes et la participation des jeunes au vote. Le passage du confessionnalisme à l'État sans dommages pour les communautés ne peut que passer par une telle loi.
« Votre élection doit être un commencement et non une fin, et cette Chambre est prête à tendre la main pour la grandeur du Liban. »

