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Lifestyle - Liban Pop

Assaad Hattab, quand la voix trouve sa voie

Dans la mythologie grecque, face à l'oubli (Léto) se dresse le logos (Hermès), qui n'est autre chose que la parole. Assaad Hattab, messager du peuple, use de la parole perceptible sur les ondes de Sawt el-Mada*, pour interroger, écouter et sonder ses auditeurs ou ses invités sans jamais les déstabiliser.

Pour ne pas laisser l'histoire sombrer dans l'oubli, Assad Hattab, avec son émission nocturne 3a rawa2, donne la parole aux auditeurs et soulève des sujets graves qui touchent tous les Libanais. Il se fait messager et intermédiaire. Une fois par semaine, il reçoit un invité au sein d'une autre émission, Bala kelfé, où, dans un face-à-face qu'il revendique (« J'ai besoin de regarder mon invité droit dans les yeux »), il se livre à un exercice d'échanges dans le souci du respect de l'autre, sans provocation ni recherche de scoop. Il ouvre les guillemets de la vie pour quarante-cinq minutes, réussit à extraire le meilleur de son interlocuteur dans un aparté riche et intelligent qu'il offre à un auditorat fidèle, puis les referme sur ces confidences échangées. Pour lui, la rupture du verbe et de la parole consacre l'immobilisme, la paralysie et la fin de toutes choses, la non-vie. Mais qui est Assaad Hattab cet amoureux de la vie ?

Petites classes = maîtresse ?

Après une formation aux beaux-arts à l'Université libanaise et un diplôme en 2001, il choisit la voie de l'enseignement et se trouve nommé titulaire pour les classes de CM1 à l'école Saint-Joseph de Antoura : « Le directeur de l'établissement, ayant voulu briser l'image de : petites classes = maîtresse, me propose cet emploi. Fort de mon expérience d'acteur et de ma maîtrise du verbe, j'honore cet engagement avec engouement, sans pour autant refuser les rôles que l'on me proposait : des sitcoms comme Tlet banet ou Talbin el-ourb, un téléfilm sur la LBC, mais aussi un essai dans la chanson avec un single Ma tes'al . »
Acteur dans l'ombre, il décide de marquer un temps d'arrêt à sa carrière et se concentre sur son mémoire, abordant l'œuvre du dramaturge René de Obaldia. En 2009, c'est par un hasard heureux qu'il intègre la radio : après avoir présenté sa candidature, convaincu qu'il s'agissait d'un casting pour la télévision, il est choisi parmi une vingtaine de postulants, sans n'avoir rien préparé. Il impose ses deux émissions sociales et apolitiques, choisit lui-même ses invités, manipule le micro, jongle avec les mots, réconforte et charme ses hôtes. En juin 2011, Assaad Hattab apparaît dans le show Jeyin Njarebkon en duo avec son ami Imad Feghali. En 2012, il est porté aux nues avec la série Ruby, dont il gardera longtemps les stigmates.

S'asseoir sur le divan avec lui

D'abord, il y a le psychanalyste qui couche son patient sur un divan, le laisse accoucher de ses mots, sans jamais le regarder, griffonne ses pensées ou... fait des mots croisés. Ensuite, le curé de la paroisse, une voix sans visage, derrière le rideau des lamentations, qui fait avouer au plus lâche, souvent désarmé, les fautes les moins graves, sans oublier le commissaire de police qui flanque un halogène 350 watts, force le suspect, le pousse et le culpabilise. Et puis, il y a Assaad Hattab. Dans les coulisses, après avoir fait ses recherches, il prépare son invité, le met à l'aise et l'emmène dans une chambre, comme au confessionnal, où, l'espace d'une émission, il est (em)porté avec subtilité et tact dans une expérience thérapeutique. Il partagera avec l'animateur ses idées et son vécu, sans jamais être contraint.

Prendre la parole, articuler ou faire silence, voilà ce qu'Assaad Hattab fait quand il s'empare du langage pour en faire un usage personnel avec cette voix identifiable et singulière, qui produit à elle seule un effet de présence. L'animateur se fait miroir. Il est la juste réflexion de son invité et de son action, l'un révélant l'autre dans un dialogue sans cesse renouvelé. « Le mot, disait saint Thomas, est comme un miroir dans lequel on voit la chose. » C'est par les mots, dans une dynamique de maïeutique, que Hattab et ses invités se livrent sans retenue et sans regrets. Également acteur, actuellement en tournage pour deux feuilletons Sakat el-waraq de Marwan Najjar et el-Mahroumin de Greta Ghassibi, l'animateur radio, pour une une huitième saison, est une « voix » à suivre.

*Bala kelfé, les vendredis à 18h30, et 3a rawa2, les mardis à 21h sur les ondes de Sawt el-Mada.


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