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Diaspora

Katia Chalita, bâtisseuse de ponts entre le Brésil et le Liban

Portrait

Cette fille d'émigrés libanais, très fière de ses origines et de sa carrière dans l'enseignement des langues, donnera en fin de semaine une conférence sur le thème « Mémoire et immigration dans la construction de nouvelles cultures » à l'Usek.

24/10/2016

Katia Chalita, née à Rio de Janeiro en 1951, est une Libano-Brésilienne fière d'être brésilienne, mais tout aussi fière de ses origines. «Mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et tous mes ancêtres sont libanais... Je suis née à Rio de Janeiro, mais mon sang et tous mes ancêtres restent libanais», dit-elle. Cette fierté lui a été transmise par ses parents, qui ont gardé vivant en eux et dans leur famille le lien avec le Liban.
En 1958, alors qu'elle n'a que 8 ans, Katia Chalita et sa sœur Gladys, 5 ans, font le voyage à Beyrouth avec leur mère Juliette. Elles y restent six mois, apprenant à connaître le pays, la famille, et étudiant la langue arabe. «Ma sœur Gladys et moi avons eu la chance d'apprendre à parler l'arabe, affirme Katia. Je suis revenue trois fois au pays, consolidant ma connaissance du dialecte libanais et mes liens familiaux et culturels avec le pays.»
Au Brésil, Katia Chalita a fait des études supérieures en linguistique, dans les langues portugaise et française, à l'Université catholique de Rio de Janeiro. Elle s'est ensuite spécialisée en linguistique et méthodologie de l'enseignement du français à l'Université de la Sorbonne, à Paris. À son retour au Brésil, elle a enseigné à l'Université catholique de Rio la langue française et la traduction, et elle a été chargée de la coordination du département de lettres et langues étrangères. Elle a également produit, pendant 26 ans, un programme sur la chaîne de télévision éducative brésilienne, sans compter son rôle en politique...
En 1977, Katia Chalita a épousé l'avocat Eduardo Mansur Mattar, lui aussi d'origine libanaise. Le couple a eu quatre enfants : Eduardo, avocat et homme d'affaires, Maria Eduarda, journaliste, Bernardo, économiste, et Maria Fernanda, gastronome et chef de cuisine.

Institut culturel Brésil-Liban
Durant tout ce parcours, Katia Chalita n'a jamais omis de parler du Liban et de ses racines. En 2014, elle a été invitée par le président de la Fédération des entités libano-brésiliennes – FELB, l'avocat Nelson Mufarrej, pour se joindre au projet de fondation de l'Institut de culture Brésil-Liban – ICBL
(www.icbl.com.br), à Rio de Janeiro. Le comité de l'ICBL a élu Mufarrej président et Katia vice-présidente du nouvel institut. Katia y dirige le secteur culturel. Elle explique que ce secteur «vise à la diffusion de la culture libanaise au Brésil, son échange avec la culture brésilienne et la promotion du dialogue entre l'art, la culture et les recherches universitaires, à travers des actions et des manifestations qui montrent la diversité et la richesse de cette culture. Nous travaillons surtout pour la promotion du dialogue, de l'échange et de l'inspiration mutuelle entre le Liban et le Brésil».
L'ICBL, fondé depuis deux ans, a déjà organisé plusieurs activités fondamentales, selon sa vice-présidente. «Nous sommes très fiers du nombre de réalisations et d'initiatives bien variées que nous avons lancées au bénéfice de la communauté libano-brésilienne de Rio de Janeiro et du Brésil, dit-elle. Il y a eu des forums, des expositions, des conférences, des cours, des séminaires internationaux, des concours de photo, des événements multiculturels, des partenariats avec des institutions culturelles, sans compter le support à des conférences et manifestations variées.»
Elle poursuit: «Sur notre page Facebook, nous publions un mélange de poèmes, d'œuvres musicales, de photos, de textes, de recettes se rapportant à la gastronomie culturelle, etc. Notre page est considérée comme avant-gardiste dans les réseaux sociaux, et elle est suivie par un grand nombre de Libanais et de descendants d'émigrés, ainsi que par des Brésiliens qui admirent la culture libanaise.»
De plus, l'ICBL a lancé, en septembre 2016, la revue numérique Ipsis Libanis
(http://www.icbl.com.br/ipsislibanis), dans le but de «diffuser des recherches, des thèses, des études et des critiques, concernant la culture libanaise et arabe dans différents domaines de la connaissance», selon Katia. Les articles seront publiés dans la langue originale de leur auteur et traduits en portugais, en arabe, en français et en anglais.
L'ICBL travaille par ailleurs sur la formation de partenariats et d'échanges. «Nous avons entamé en 2015 un partenariat avec le Centre d'études et de cultures d'Amérique latine (Cecal) de l'Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek), qui soutient le travail de l'ICBL depuis sa création, précise Katia Chalita. Ce partenariat a déjà donné de très bons résultats, comme la réalisation conjointe du premier séminaire international Brésil-Liban, en novembre 2015, et du deuxième séminaire en juillet 2016 (ICBL, Cecal-Usek, Université Candido Mendes de Rio de Janeiro, Université fédérale de Rio de Janeiro et le consulat général du Liban à Rio de Janeiro).»
L'ICBL participera au quatrième colloque Amérique latine-Moyen-Orient qui portera sur le thème «Arts et cultures», organisé par la faculté de philosophie et des sciences humaines et par le Cecal-Usek, les 27 et 28 octobre. Katia Chalita présentera la conférence d'ouverture: «Mémoire et immigration dans la construction de nouvelles cultures.» Le colloque est ouvert à tous.

Engagée au sein de la nouvelle école libanaise au Brésil
Dans le cadre de son engagement envers le Liban, Katia Chalita est également responsable de la première école libanaise bilingue officielle d'Amérique du Sud, créée par le consulat général du Liban à Rio de Janeiro. « L'école libanaise est née d'une volonté de longue date de la communauté libanaise et arabe à Rio de Janeiro d'avoir un lieu d'apprentissage et de développement de la langue arabe dans notre pays. Mais le grand artisan de la création de cette école est sans aucun doute le consul général du Liban à Rio de Janeiro, Ziad Itani, qui s'est engagé personnellement en faveur de ce projet, et grâce aux efforts duquel l'école libanaise bilingue a été inaugurée en septembre 2016 », explique-t-elle.
Deux ans plus tôt, le consulat de Rio avait déjà créé l'Espace culturel libanais, qui organise des cours libres de langue arabe pour adultes, comptant aujourd'hui près de 120 étudiants par bimestre. La nouvelle école libanaise, dont les programmes scolaires sont accrédités par les ministères de l'Éducation du Liban et du Brésil, offrira aux étudiants, en plus de l'arabe et du portugais, des cours de français et d'anglais, ce qui lui conférera un caractère multilingue et multiculturel.
Katia Chalita a été nommée, par le consul du Liban, directrice du secteur libanais de l'école, aux côtés du Pr Roberto Habib, directeur du département de portugais, et du Pr Muna Omran, coordinatrice pédagogique.

Une histoire de famille typique
Katia Chalita est la fille d'une famille libanaise émigrée au Brésil, mais qui n'a jamais coupé les ponts avec son pays d'origine. Son père, Sayd Chalita Saadé, est né en 1899 à Beit Menzer, au Liban-Nord, fils de Chalita Saadé.
C'est en fait Chalita Saadé, le grand-père de Katia, qui a émigré au Brésil, à Rio de Janeiro plus précisément, en 1900. Il y a exercé le travail de colporteur, avant d'ouvrir un magasin et de ramener ses enfants, Youssef, Hanna et Sayd, au Brésil. Ce dernier arrive à l'âge de 14 ans (1913) : il y adopte un nom réduit, celui de Sayd Chalita. Son père, lui, rentre au Liban en 1916, dès qu'il constate que ses enfants sont bien adaptés à leur nouvelle société et qu'ils sont actifs sur le marché du travail. Il reviendra à Sayd Chalita de développer le commerce lancé par son père : c'est ainsi qu'il devient un grand commerçant grossiste de tissus. En 1948, il retourne au Liban pour visiter ses parents et demeure deux ans dans son pays d'origine. En 1950, Sayd Chalita épouse, au Liban, Juliette Farid Hakim, née à Hasroun, également au Liban-Nord. Après le mariage, il retourne au Brésil avec sa femme, déjà enceinte d'une fille, qui sera nommée Katia. Le couple aura une seconde fille, Gladys, en 1953.

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