Ahmad al-Rubaye/AFP
Les forces irakiennes progressaient hier en direction de Mossoul malgré les tireurs embusqués et les explosions de voitures. Quelque 10 000 combattants kurdes, éléments-clés dans la bataille pour reconquérir Mossoul, la grande ville du Nord devenue le dernier bastion de l'État islamique en Irak, ont indiqué avoir avancé pour reprendre à l'EI Bachiqa, une cité au nord-est de Mossoul.
La Turquie a pour sa part affirmé que les peshmergas avaient requis son aide. Elle a indiqué avoir fourni un soutien avec l'artillerie, des chars et des mortiers depuis la base de Bachiqa où elle maintient des soldats pour entraîner des forces irakiennes en vue de la prise de Mossoul. Les déclarations turques interviennent un jour après que le Premier ministre irakien Haider al-Abadi eut rejeté toute participation turque pour reprendre Mossoul.
Outre l'offensive kurde au nord-est de Mossoul, des forces d'élite fédérales se battent au sud-est pour reprendre le contrôle de Qaraqosh qui était la plus grande ville chrétienne d'Irak. Sur ces fronts, la progression de l'offensive vers Mossoul est satisfaisante, a jugé samedi le chef militaire de la coalition antijihadiste, le général américain Stephen Townsend. Mais la résistance des jihadistes « est assez significative » avec l'utilisation des méthodes classiques de l'EI, à savoir « de nombreux engins explosifs, de voitures piégées, et même de quelques missiles antichars guidés », a-t-il précisé à Bagdad.
Au-delà de Mossoul, les États-Unis qui mènent une coalition internationale antijihadiste ont indiqué vouloir lancer rapidement une opération parallèle pour déloger l'EI de la ville syrienne de Raqqa. « Nous voulons voir une opération d'isolement (de l'EI) à Raqqa dès que possible », a déclaré le chef du Pentagone, Ashton Carter, au cours d'une visite en Irak. « Il y aura une certaine simultanéité dans les deux opérations », a-t-il insisté. Mossoul et Raqqa sont les dernières grandes villes encore contrôlées par l'EI, qui a perdu une bonne partie des localités conquises en Irak et Syrie lors de son offensive éclair en 2014.
Résistance de l'EI
Même s'ils sont sur la défensive, les jihadistes ont surpris en menant vendredi à Kirkouk, une ville distante de 170 kilomètres de Mossoul, une série d'attaques meurtrières qui ont fait au moins 46 morts, la plupart des membres des forces de sécurité. Depuis, les forces de sécurité traquent des combattants de l'EI infiltrés dans cette ville sous contrôle kurde. Les dizaines d'assaillants, dont plusieurs kamikazes, ont échoué à prendre le contrôle des principaux bâtiments gouvernementaux, mais ont semé le chaos dans cette cité pétrolière et multiethnique. Au moins 51 jihadistes ont été tués, dont trois hier, ont affirmé des responsables locaux. Des affrontements sporadiques se poursuivent, a indiqué un haut responsable de la sécurité, avec des forces assiégeant des jihadistes armés dans le quartier de Nidaa.
Dans une nouvelle tentative apparente de faire diversion, l'EI a mené une attaque à Routba, un village proche de la frontière jordanienne dans la province occidentale d'al-Anbar, avec cinq voitures piégées, a indiqué hier le chef de l'armée dans la zone. Les assaillants se sont brièvement emparés des bureaux du dirigeant local, mais les forces de sécurité ont rapidement pris le dessus, a-t-il ajouté.
Plus de 5 000 déplacés
Lors de sa visite en Irak, M. Carter s'est félicité de la « complète coordination » entre les forces gouvernementales et les peshmergas dans l'offensive. Les responsables militaires américains ont légèrement revu à la hausse le nombre de combattants de l'EI à Mossoul : ils seraient de 3 000 à 5 000 combattants à l'intérieur de la ville, et de 1 000 à 2 000 dans ses environs. Un responsable du gouvernement français a indiqué que l'entrée à Mossoul, qui pourrait marquer le début de la phase de combats de rue avec l'EI, pouvait n'intervenir que dans un mois. Les inquiétudes sont grandes pour les quelque 1,5 million de personnes qui vivent encore à Mossoul, selon l'Onu. Plusieurs milliers de civils fuyant les combats se sont réfugiés dans des camps pour déplacés au sud de Mossoul. « Plus de 5 000 personnes sont actuellement déplacées et ont besoin d'assistance humanitaire », ont indiqué les Nations unies hier. Les combats se déroulent actuellement dans des zones peu peuplées, mais un exode massif est à craindre lorsqu'ils toucheront l'agglomération. Un million de personnes pourraient être déplacées, provoquant une urgence humanitaire sans précédent dans un pays où plus de trois millions de personnes ont déjà été obligées de fuir leurs maisons depuis le début 2014.
(Source : AFP)

