Malgré les scandales, des centaines de partisans de Donald Trump se sont rassemblés devant la tour Trump à Manhattan pour soutenir le candidat républicain. Spencer Platt/Getty Images/AFP
Le candidat républicain à la Maison-Blanche, Donald Trump, abordait hier en très mauvaise posture un débat télévisé pourtant crucial contre sa rivale démocrate Hillary Clinton, au terme d'un week-end catastrophique pour lui.
À 20h00 (heure locale) ce soir à l'université Washington de St. Louis dans le Missouri, le milliardaire et l'ancienne secrétaire d'État se retrouveront face à deux modérateurs et un panel d'électeurs indécis, en direct sur les grandes chaînes des États-Unis. Mais là où Mme Clinton tentera de convaincre davantage de sa stature présidentielle, M. Trump pourrait en être réduit à faire de la gestion de crise. La faute à la révélation vendredi de propos que le magnat de l'immobilier a tenus en 2005, tellement machistes et vulgaires qu'ils ont déclenché une tempête.
Résultat, le candidat a vu fondre ses soutiens ces dernières 48 heures, y compris parmi les ténors républicains. Le Grand Old Party est désormais secoué par un mouvement de rejet de Trump d'une ampleur inédite. Dans cette vidéo filmée par NBC il y a 11 ans, Donald Trump se vante de conquérir les femmes qui l'attirent avec des techniques proches du harcèlement sexuel.
« Tu peux tout faire »
« Quand t'es une star, elles te laissent faire. Tu peux tout faire », affirme-t-il, en utilisant un mot très cru pour le sexe féminin.
Les médias ont aussi ressorti une interview de 2002 où il affirme quitter les femmes quand elles ne sont plus de la première jeunesse.
Des déclarations embarrassantes au moment même où le trublion républicain, familier des outrances, a un besoin criant de rallier une partie de l'électorat féminin et modéré. Il risque désormais au contraire de s'aliéner ces voix, à moins d'un mois du scrutin du 8 novembre. Le débat s'annonce donc houleux, d'autant que le milliardaire avait été donné perdant après sa première confrontation avec la candidate démocrate, le 26 septembre.
Face au pupitre, quelle stratégie adoptera le magnat républicain sur la défensive, pour remonter une pente d'autant plus raide qu'il se retrouve isolé et critiqué jusque dans son cercle rapproché ? « Il a présenté des excuses complètes et il va probablement le refaire ce soir », a assuré hier Rudy Giuliani, l'ancien maire de New York, farouche défenseur de Donald Trump. Le candidat républicain devrait doser humilité – en affirmant avoir changé – et attaques contre Hillary Clinton, en ciblant son mari Bill, coupable d'aventures extraconjugales.
Samedi, M. Trump a retweeté une vidéo du virulent site conservateur Breitbart. On y voit trois femmes, Juanita Broaddrick, Kathleen Willey et Paula Jones, qui affirment avoir été agressées sexuellement par le président Clinton, avec le soutien tacite d'Hillary. En réitérant ces accusations anciennes, ces femmes confient être « terrifiées » par la perspective que l'ex-secrétaire d'État arrive à la Maison-Blanche.
Les élus quittent le navire Trump
Face à Mme Clinton, Donald Trump devra expliquer aussi comment il entend rassembler largement les Américains, alors que jusque dans son propre parti des élus lui demandent de jeter l'éponge ou ont annoncé qu'ils ne voteraient plus pour lui.
Parmi ces derniers figurent John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats à la Maison-Blanche, Arnold Schwarzenegger, ancien acteur et ex-gouverneur de Californie, ou encore l'ancienne secrétaire d'État Condoleezza Rice.
Le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan s'est, lui, dit « écœuré » par les propos de M. Trump et l'acteur Robert De Niro a confié vouloir « flanquer son poing dans la figure » de l'homme d'affaires. Même son colistier, Mike Pence, a pris ses distances, en saluant toutefois le fait que M. Trump ait présenté des excuses.
Dans un tweet hier, M. Trump a assuré qu'il continuait de bénéficier d'un « soutien extraordinaire (à part de quelques-uns au sein de la direction du Parti républicain) », qu'il a qualifiés de « moralisateurs hypocrites ». Melania Trump, l'épouse du milliardaire, a, elle, demandé aux Américains d'excuser son mari pour ses propos qui, selon elle, ne représentent pas qui est réellement Donald Trump.
Entamant le débat en position de force, Hillary Clinton tentera, elle, de convaincre que la vidéo de 2005 reflète au contraire le caractère profond de son adversaire et que celui-ci n'a pas changé depuis.
« Ce n'est pas un incident isolé. Il a dit des choses horribles identiques sur les Hispaniques, sur les Noirs, sur les musulmans », a souligné hier John Podesta, le directeur de campagne de Mme Clinton. Tim Kaine, le colistier de la démocrate, a, lui, estimé que la vidéo soulevait « énormément de questions », car elle décrivait « un mode de comportement agressif qui va bien au-delà des mots ».
Dans cette ambiance délétère, le silence depuis 24 heures de la directrice de campagne de Trump, Kellyanne Conway, était assourdissant hier. Cette spécialiste en communication récemment recrutée était censée être l'arme fatale pour rallier les femmes au camp Trump.
Il était prévu que Mme Conway, ainsi que le président du Parti républicain, Reince Priebus, interviennent lors des traditionnels talk-shows télévisés du dimanche matin. Les deux ont finalement décliné l'invitation.
(Source : AFP)


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13 h 03, le 10 octobre 2016