Un enfant ramassant des objets après la destruction, hier,de bâtiments lors de bombardements du régime sur Douma. Abed Doumany/AFP
Les États-Unis ont annoncé hier qu'ils suspendaient leurs pourparlers avec la Russie sur un cessez-le-feu en Syrie. « Tout le monde est à bout de patience avec la Russie », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest. « Il n'y a plus rien dont les États-Unis et la Russie puissent parler » à propos de la Syrie, a-t-il ajouté. La Russie n'a « pas réussi à respecter ses propres engagements », notamment humanitaires, et a été « incapable de s'assurer » que le régime syrien cesse ses bombardements comme entendu le 9 septembre, a expliqué le porte-parole du département d'État, John Kirby, dans un communiqué. « À l'inverse, la Russie et le régime syrien ont choisi de poursuivre une voie militaire », a-t-il ajouté.
Moscou a assuré peu après « regretter » la décision de Washington. « Nous regrettons cette décision de Washington de couper court au travail des groupes d'experts à Genève, de retirer leurs experts et de limiter les contacts au seul domaine de la prévention des conflits », a déclaré la porte-parole du ministère Maria Zakharova, citée par les agences russes. « Après avoir échoué à respecter les accords qu'ils ont eux-mêmes négociés, (les États-Unis) tentent de faire porter la responsabilité (de l'échec) par un autre », a-t-elle poursuivi.
Malgré la suspension de leurs tractations sur la Syrie, les États-Unis et la Russie vont continuer à échanger des informations à travers le mécanisme de « deconfliction » qui vise à éviter un incident entre leurs avions au-dessus de la Syrie, selon le département d'État et le Pentagone.
À New York, le Conseil de sécurité de l'Onu étudiait hier un projet français de résolution visant à instaurer un cessez-le-feu à Alep depuis l'échec d'un accord initié par les Américains et les Russes. Un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, a indiqué dans l'après-midi que la Russie ne soutenait pas ce texte. L'Onu a néanmoins affirmé vouloir une solution politique en Syrie malgré la suspension des pourparlers sur un cessez-le-feu.
« Peur pour le personnel »
Sur le terrain, dans le secteur rebelle de la ville septentrionale d'Alep, décrit comme « l'enfer sur terre » par l'Onu qui évoque « la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie », le plus grand hôpital a été complètement détruit hier par des raids. Le régime syrien mène depuis onze jours, avec l'aide de la Russie, une vaste offensive pour reprendre cette partie d'Alep, au prix de bombardements massifs qui ont suscité l'indignation des pays occidentaux. « L'hôpital a été visé directement par des raids aériens », a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). « L'hôpital M10, le plus grand d'Alep-Est (...), a été détruit et n'est plus en service de manière permanente », a tweeté pour sa part Adham Sahloul, de SAMS (Syrian American Medical Society), une ONG médicale qui soutient l'hôpital. « On a peur que l'immeuble s'effondre sur la partie souterraine de l'hôpital (...), nous avons peur pour le personnel », a ajouté M. Sahloul. D'après SAMS, le bombardement a fait trois morts parmi les employés de maintenance de l'hôpital, connu sous le nom de code M10 pour des raisons de sécurité. M10 a été visé à plusieurs reprises par des raids aériens, notamment samedi.
De son côté, Moscou s'est félicité de la « grande efficacité » de ses frappes, démentant tout bombardement d'hôpital ou d'école malgré les accusations des Occidentaux. « Les accusations selon lesquelles la Russie aurait bombardé des installations médicales, des hôpitaux ou des écoles sont toutes sans fondement », a indiqué M. Gatilov, estimant que l'intervention des forces aériennes russes avait aidé à « éviter un chaos absolu » en Syrie.
Depuis son lancement le 22 septembre, cette campagne militaire a permis aux forces progouvernementales de grignoter du terrain aux rebelles dans le centre et le nord d'Alep, avec des bombardements qui ont fait au moins 220 morts, selon l'OSDH. Environ 250 000 personnes vivent dans les quartiers Est assiégés par le régime, selon l'Onu.
Douma, un 2e Alep ?
Sur d'autres champs de bataille dans le pays, la rébellion perd également du terrain dans la province de Damas, où la ville rebelle de Douma a été la cible de raids intenses, ses habitants craignant de subir le même sort qu'Alep. Soutenues par le Hezbollah et des milices chiites afghanes et même iraniennes, les forces loyalistes se situent désormais à trois kilomètres à l'est de Douma, la plus grande ville rebelle de la Ghouta orientale.
Dans le centre du pays, le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué des attentats-suicide hier dans la ville de Hama contrôlée par le régime, faisant au moins deux morts.Par ailleurs, au moins 22 civils ont été tués et des dizaines d'autres blessés dans une attaque-suicide ayant visé un mariage près de la ville de Hassaké, selon l'OSDH. » Un kamikaze s'est fait exploser à l'intérieur d'une salle dans le village de Tall Tawil au nord de Hassaké où se déroulait le mariage d'un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS), tuant au moins 22 personnes et blessant des dizaines d'autres «, a indiqué Rami Abdel Rahmane.
Enfin, les États-Unis ont annoncé hier qu'ils avaient procédé à une frappe aérienne près d'Idleb visant un responsable « important » d'el-Qaëda en Syrie, alors qu'ils sont accusés par Moscou de chercher à protéger l'ancienne branche d'el-Qaëda en Syrie, l'organisation jihadiste Fateh al-Cham (ex al-Nosra). Le Pentagone n'a pas précisé s'il avait été tué et n'a pas dévoilé son identité. La mort d'Ahmad Salama Mabrouk, un Égyptien plus connu sous son nom de guerre Abou Faraj, a été annoncée sur les réseaux sociaux.
(Source : AFP)

