Une Jordanienne en train de voter à Amman. Mohammad Hamed/Reuters
La commission électorale a commencé hier à annoncer au compte-gouttes les résultats des législatives en Jordanie, près de 24 heures après la clôture du scrutin. La commission n'a ainsi annoncé que les résultats préliminaires dans 3 circonscriptions sur 23. « Le reste des résultats seront annoncés au fur et à mesure », a précisé la commission, sans préciser quand devait se terminer le dépouillement.
Mais le scrutin est d'ores et déjà marqué par le retour au Parlement des Frères musulmans qui se disent assurés de remporter plus de 16 sièges sur 130. « Jusqu'ici, on peut parler de 16 sièges quasi sûrs. Et nous sommes toujours en compétition pour quelques autres », a déclaré Zaki Ben Rsheid, un des principaux dirigeants des Frères musulmans, à la tête d'une coalition électorale. Les prévisions des islamistes se basent sur les estimations de leurs observateurs dans les bureaux de vote, le dépouillement étant toujours en cours dans la plupart des bureaux, selon la commission électorale.
Les experts ne prévoient pas de grands changements dans la composition du Parlement, qui jouit de pouvoirs limités. La majorité des sièges devrait rester occupée par des hommes d'affaires et des responsables de tribu loyaux à la monarchie. « La présence des autres partis sera très faible », a indiqué M. Ben Rsheid. « La grande majorité sera composée comme d'habitude par des députés acquis au pouvoir », a-t-il dit.
Les Frères musulmans avaient boudé les élections en 2010 et 2013 pour dénoncer des scrutins entachés d'irrégularités et une loi électorale qui comprenait un système controversé de « voix unique » avantageant les candidats des tribus. Les islamistes critiquaient également le découpage des circonscriptions électorales, jugé injuste, et exigeaient l'instauration d'un système parlementaire dans lequel le Premier ministre serait issu de la majorité du Parlement, et non plus nommé par le roi. Or les autorités ont amendé récemment la loi électorale, affirmant avoir entamé des réformes pour « consolider la démocratie » dans le royaume.
« Véritable victoire »
Même si les réformes sont jugées insuffisantes par les islamistes, ces derniers, affaiblis par des divisions internes et une répression des autorités, ont décidé en juin de participer au scrutin pour retrouver leur « légitimité » et améliorer leurs rapports avec le pouvoir, selon des analystes. La Coalition nationale pour la réforme, formée par le Front de l'action islamique (FAI), bras politique des Frères musulmans, s'est félicitée de la mobilisation de ses partisans. Elle a parallèlement dénoncé « plusieurs » irrégularités, notamment des tentatives d'influencer les électeurs et l'achat de voix devant des centres de vote.
La commission électorale a annoncé mardi soir l'annulation du scrutin dans la circonscription d'al-Badya al-Wosta où une dizaine d'urnes ont été détruites par des casseurs. Il sera organisé de nouveau à une date ultérieure. Le ministère de l'Intérieur a déploré de son côté des « petits incidents » dans certaines régions, tandis que les observateurs de l'Union européenne ont fait état de « transports organisés » d'électeurs ainsi que « de la présence d'affiches et de bannières » de candidats dans certains bureaux de vote.
Le scrutin se déroule dans un contexte délicat car l'économie est sévèrement affectée par les conflits faisant rage dans les pays voisins, en Irak et en Syrie, et par l'accueil de centaines de milliers de réfugiés, qui pèse lourdement sur les finances du pays. S'exprimant à New York devant l'Assemblée générale de l'Onu, le roi Abdallah II a qualifié mardi soir de « véritable victoire » l'organisation de ce scrutin dans le contexte que connaît son pays. « C'est un processus dans lequel nous nous sommes engagés malgré les troubles dans la région et le fardeau des réfugiés », a-t-il déclaré.
(Source : AFP)

