Un homme à bicyclette, devant une sorte de décharge temporaire, dans la région de Bourj Hammoud. Photo Anwar Amro/AFP
La voie vers une solution à la crise des déchets restait de toute évidence bloquée hier, après l'échec de la réunion tenue mercredi par la commission des Finances, avec tous les acteurs concernés. Le président de cette commission, Ibrahim Kanaan, qui semblait optimiste mercredi quant à une éclaircie rapide, a complètement changé de ton hier. Il a assuré à la LBCI qu'il ne ferait plus de contact jusqu'à nouvel ordre ni n'appellerait à une nouvelle réunion de la commission des Finances s'il ne constatait pas de sérieux dans l'approche du problème.
« La solution dont nous sommes convenus doit être mise en application, a-t-il insisté. Cette solution consiste en un plan temporaire d'une durée d'un an, au cours duquel la décharge de Bourj Hammoud sera utilisée pour l'enfouissement, parce qu'il n'y a pas d'autre lieu approprié. Il sera suivi d'un plan durable fondé sur la décentralisation de la gestion des déchets. » Et d'ajouter : « Cette solution sur laquelle nous nous sommes entendus ne devrait pas être coulée par des slogans ni par des propositions contraires. »
Sur le terrain, pas de déclarations tonitruantes de la part du Tachnag, qui bloque la route de l'aire de stockage de Bourj Hammoud (d'où la prolifération des déchets dans les rues), ni de la part du parti Kataëb, fer de lance de l'opposition aux nouvelles décharges du plan gouvernemental adopté en mars (il a interrompu le chantier de la décharge, à Bourj Hammoud également). Toutefois, un développement a eu lieu hier : le ministre de l'Éducation Élias Bou Saab, membre du bloc du Changement et de la Réforme (du député Michel Aoun), a visité le lieu du sit-in des Kataëb devant le chantier fermé, dans un geste très symbolique. De Bourj Hammoud, où il a été reçu par le président du parti Kataëb, Samy Gemayel, M. Bou Saab a rappelé que les ministres de son bloc avaient émis des réserves à l'encontre du plan adopté en mars dernier par le gouvernement. « Actuellement, on nous donne deux choix : accepter ce qu'ils veulent ou garder les ordures dans les rues », a-t-il déclaré.
Au cours de sa tournée, M. Bou Saab a appelé les officiels « à déterminer un emplacement pour une courte période, puis à se diriger vers la décentralisation, et une supervision des municipalités sur le processus de recyclage ». Il a déclaré que ce qu'il a vu sur le terrain prouve « que l'action des Kataëb est justifiée, ce que tout ministre constaterait par lui-même s'il faisait la même tournée que moi ». Il a déploré que « même le plan gouvernemental ne soit pas appliqué comme il le faut, sans aucune supervision ». M. Gemayel, pour sa part, a espéré qu' « il y aura de nouvelles idées et des modifications du plan initial en vue de trouver une solution à la crise ».
Réunion la semaine prochaine
Il a aussi été question de décentralisation dans la réunion tenue hier par le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk, avec le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, chargé du dossier des déchets au sein du gouvernement. Les deux hommes ont décidé d'appeler à une réunion en début de semaine prochaine qui rassemblerait les présidents des fédérations de municipalités et les municipalités concernées dans les cazas du Metn et du Kesrouan, en présence du ministre Chehayeb et de son équipe, ainsi que des membres du comité technique central, présidé par M. Machnouk.
« La décentralisation n'est pas une faveur qu'on fait, elle est au centre d'une décision du gouvernement, qui a consacré le droit des municipalités, fédérations de municipalités ou zones de services à ne pas avoir recours à la solution centrale s'ils peuvent gérer leurs propres déchets, a rappelé M. Chehayeb. Hier cependant, au cours de la réunion de la commission des Finances, les municipalités ont affirmé qu'elles auraient besoin d'au moins un an pour acquérir les moyens nécessaires et adopter la solution adéquate. » Il a réitéré le fait que le gouvernement devrait aider les municipalités à trouver leur autonomie.
Pour M. Chehayeb, « le plan adopté n'est pas le meilleur, je l'ai déjà dit des milliers de fois, mais il est le résultat d'une crise qui avait duré huit mois ». Il a toutefois jugé « honteux » de bloquer ce plan après son adoption en Conseil des ministres, en l'absence d'alternative et en des circonstances aussi délicates.
« Si les positions par rapport à ce plan sont de nature politique, je n'y peux rien, mais si la solution est environnementale, alors nous sommes prêts à tout faciliter, dans les limites du plan officiel », a-t-il ajouté.
Le ministre de l'Agriculture a évoqué une rumeur qui avait déjà circulé la veille, à savoir que les sociétés pétrolières installées sur le littoral du Metn, lésées par le plan qui devrait les obliger à remplacer leurs pipelines et modifier leur parcours, financeraient la campagne visant à interrompre la mise en place du plan gouvernemental. Il a fait remarquer que les recours intentés par ces sociétés auprès du Conseil d'État contre le gouvernement seraient une preuve de leur implication dans le dynamitage du plan. « S'ils sont responsables du blocage, ils devront affronter la population », a-t-il dit.
À savoir que M. Machnouk a également reçu le député Ghassan Moukheiber, qui lui a expliqué la teneur du comité de suivi du plan des déchets, dont il a été question dans la réunion de la commission des Finances la veille.

