Le sénateur Aloysio Nunes (à gauche) et la sénatrice Fatima Bezerra s’invectivant, hier, lors de l’ultime débat au Sénat brésilien sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Andressa Anholete/AFP
Le procès en destitution de la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a repris hier avec un ultime débat au Sénat avant un vote historique aujourd'hui qui, sauf énorme surprise, éjectera du pouvoir la gauche dans le plus grand pays d'Amérique latine.
La séance a commencé avec la présentation des avocats de l'accusation. Janaina Paschoal a pris la parole la première, pour tenter de prouver que la première femme élue à la tête du Brésil en 2010 a commis des « crimes de responsabilité », en maquillant les comptes publics, et démonter la thèse du « coup d'État » institutionnel, avancée par Mme Rousseff et sa défense. « L'impeachment est un remède constitutionnel auquel nous devons recourir quand la situation devient particulièrement grave, et c'est ce qui s'est passé », a lancé d'emblée l'avocate avant d'arguer que l'impeachment « est né de la rue » et d'invoquer Dieu pour justifier sa thèse. « C'est Dieu qui a fait en sorte que plusieurs personnes en même temps se soient aperçues de ce qui se passait dans le pays », a-t-elle estimé. Dans un style théâtral, elle a conclu en larmes sa plaidoirie, demandant pardon pour « la souffrance » qu'elle a causée à Mme Rousseff.
Les 81 sénateurs chargés depuis jeudi dernier d'instruire ce procès, sous la direction du président du Tribunal suprême fédéral (STF), Ricardo Lewandowski, ont écouté ensuite les arguments de la défense. Puis ils devaient s'exprimer dix minutes chacun, avant le vote final aujourd'hui donc, a indiqué M. Lewandowski.
Manifestations
À 1 000 km de Brasilia, des mouvements sociaux ont bloqué des avenues à São Paulo, hier, en mettant le feu à des pneus et aux cris de « Dehors (Michel) Temer », le président par intérim depuis la suspension de Mme Rousseff en mai. La veille au soir, des manifestations limitées contre la destitution de la dirigeante de gauche avaient déjà eu lieu à Brasilia, São Paulo et Rio de Janeiro, reflétant l'inquiétude d'une partie des Brésiliens face à ce virage à droite.
Pour la défense de Mme Rousseff, tous ses prédécesseurs ont eu recours à ces manœuvres fiscales, et il s'agit donc d'un complot orchestré par l'opposition de droite, sous la baguette de son ancien vice-président devenu rival, Michel Temer. Si elle est destituée, ce dernier la remplacera jusqu'aux prochaines élections présidentielle et législatives, fin 2018, malgré son casier – une condamnation pour dons excessifs à des campagnes électorales – qui l'a rendu inéligible pour huit ans. Tout aussi impopulaire que sa rivale, M. Temer, qui s'est déclaré lundi « absolument serein », attend sa destitution pour se rendre en Chine, où il assistera au sommet du G20.
La probable éviction de Dilma Rousseff lui interdirait d'exercer toute fonction publique pendant huit ans et mettrait fin à quatre gouvernements consécutifs du Parti des travailleurs (PT) au Brésil, depuis 2003.
(Source : AFP)

