Depuis dix ans, sur les pas du pionnier Dominique Léandre-Chevalier, les vignerons français ont redécouvert le labour au cheval, du Bordelais à la Bourgogne, et plusieurs grands crus s’y sont mis également. Nicolas Tucat/AFP
C'est une tradition française très ancienne que Dominique Léandre-Chevalier a remise au goût du jour : ce viticulteur rebelle laboure au cheval ses vignes du Bordelais, dans le sud-ouest de la France, une pratique qui a désormais plusieurs centaines d'adeptes dans le pays. À 53 ans, il porte haut le flambeau de ses aïeux, qui ont créé le Domaine Léandre-Chevalier (DLC) en 1895 et lui ont transmis le savoir-faire de leur activité de pépiniériste et de charretier.
Le labour au cheval remonte au XVIe siècle, mais avec les progrès techniques de l'exploitation viticole, la pratique avait pratiquement disparu. Quand en 1985 Dominique Léandre-Chevalier reprend le domaine de son père, mort dans un accident du travail au chai, le vigneron décide de changer la donne : rebuté par « la mécanisation introduite dans la vigne », il veut « revenir à un travail de vigneron artisanal » et se « réapproprier le savoir-faire de ses ancêtres », explique-t-il.
Sa première décision est de diviser par quatre la superficie du domaine familial, qui passe ainsi de douze à trois hectares. À Anglade, près de l'estuaire de la Gironde, non loin des prestigieux châteaux du Médoc, le vigneron réintroduit le labour au cheval de trait, à l'ancienne, sur sept parcelles avec huit terroirs différents. Aujourd'hui, il cultive certes moins de surface que ne le faisait son père, mais ses vignes comptent jusqu'à plus de 33 000 pieds à l'hectare, une densité triple de celle de beaucoup de grands crus.
« Le cheval est le meilleur allié pour le travail des sols », aime-t-il dire. Face au poids des tracteurs, le labour au cheval présente l'avantage de beaucoup moins comprimer la terre – qu'il s'agit de désherber et d'aérer – et de permettre une meilleure irrigation par l'eau de pluie. La terre devient plus meuble et les ceps plus vigoureux.
Les grands crus
Dominique Léandre-Chevalier affirme chercher « à accompagner avec grand respect les cycles de la nature ». Car « le vin c'est comme la cuisine, ce qui compte avant tout c'est le produit brut : la terre, la vigne et le raisin. Le caractère d'un vin se fait à la vigne et non au chai », dit-il. Ses chevaux de trait labourent jusque sur une parcelle de l'île de Patiras, au milieu de l'estuaire de la Gironde, entre Blaye et Pauillac. Ils sont amenés chaque fois sur une barge.
Dominique Léandre-Chevalier est un pionnier qui se tient loin des tendances et des modes. Mais depuis une dizaine d'années, quelques centaines de vignerons français ont redécouvert eux aussi le labour au cheval et le pratiquent sur tout ou partie de leur domaine, dans le Bordelais et jusqu'en Bourgogne notamment. Plusieurs grands crus s'y sont mis, dont le château Latour, à Pauillac, qui réalise ainsi une partie non négligeable de sa production. « C'est une tendance forte » depuis dix ans, confirme l'œnologue Gilles De Revel, de l'Institut des sciences de la vigne et du vin, à Bordeaux. Et « Dominique Léandre-Chevalier a vraiment été un pionnier », souligne-t-il.
Le vigneron, lui, souligne que ce retour au travail ancestral du labour au cheval n'empêche pas d'avoir recours à la technologie moderne car, dit-il, « le cheval et la technologie sont la symbiose entre une viticulture innovatrice et le respect de la nature ». Ainsi, pour passer dans les vignes, il utilise un engin léger, avec peu de puissance, donc peu d'émission de CO2, qui enjambe deux rangs de ceps. L'objectif est de « limiter les passages répétitifs et de diminuer la compression du sol par le poids afin de mieux respecter la vie du sous-sol ».
(Source : AFP)

