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Moyen Orient et Monde

L’échec annoncé de l’offensive rebelle à Alep

Tribune
06/08/2016

Vendredi 29 juillet, l'armée syrienne a réussi à fermer la route du Castello qui reliait la partie est d'Alep, tenue par les rebelles depuis juillet 2012, et l'extérieur. L'objectif de l'armée syrienne et de ses alliés n'est pas de prendre d'assaut ces quartiers encerclés, mais de négocier le départ des rebelles. La contre-offensive récente des rebelles menée par le Front al-Nosra, reconverti en Front Fateh el-Cham après son divorce blanc avec el-Qaëda, ne réussira pas à briser le siège des quartiers est d'Alep. Le scénario de Homs devrait donc se renouveler à Alep même si l'échelle est différente et l'armée syrienne plus exposée.

Le siège d'Alep-Est est plus compliqué que celui du centre de Homs
En effet, à Homs, les rebelles ne contrôlaient qu'un km² au centre-ville et ils n'étaient qu'un millier de combattants qui s'abritaient derrière quelques milliers de civils. À Alep, des milliers de combattants rebelles occupent 20 km² où se trouvent encore des dizaines de milliers de civils sur plus d'un million avant en 2011. Le chiffre de 200 000 civils est évoqué par les médias qui s'appuient sur l'OSDH. Cependant, ce chiffre me paraît très exagéré vu qu'il s'agissait déjà de la population évaluée en juin 2014 par les ONG qui travaillaient à Alep. Après deux années de bombardements intenses, il est difficile d'imaginer que cette population soit restée identique. Alep est entourée de territoires hostiles au régime de Bachar el-Assad : l'État islamique à l'est et les autres groupes rebelles, dominés par Fateh el-Cham depuis peu à l'ouest. Alep est proche de la Turquie d'où les rebelles reçoivent une aide massive, tandis qu'ils ne pouvaient en bénéficier à Homs, puisque la frontière libanaise était fermée. Le flot d'armes et de combattants en provenance de Tripoli qui affluait à Homs fut interrompu au printemps 2013, date à laquelle le Hezbollah avait repris la ville de Qousseir et fermé quasi hermétiquement la frontière libanaise aux rebelles. La frontière turque n'est pas fermée, mais elle est tout de même moins praticable qu'en 2015, puisque la route du Nord Aazaz-Alep est fermée depuis février 2016.

 

(Lire aussi : Alep : pourquoi les Américains ont décidé de ne pas bouger)

 

Le contexte géopolitique est défavorable aux rebelles
Sur le plan géopolitique, la période est moins favorable aux rebelles que durant les années 2013-2014 où le centre de Homs était assiégé par l'armée syrienne. Le 9 août courant, les présidents turc et russe doivent se rencontrer à Saint-Pétersbourg dans le but de normaliser les relations entre les deux pays. Or, si Recep Tayyip Erdogan veut vraiment se réconcilier avec Vladimir Poutine, il doit prouver sa bonne volonté sur le dossier syrien et cesser de soutenir les rebelles. Le chef de la diplomatie américaine John Kerry est allé à Moscou fin juillet pour finaliser un accord de coopération contre le Front al-Nosra, avant que ce dernier ne coupe officiellement ses liens avec el-Qaëda. Mais ce divorce blanc ne changera rien à l'attitude des États-Unis à son égard. Ces derniers veulent en finir avec les groupes jihadistes en Syrie et en Irak. Cela signifie que l'offensive actuelle des rebelles à Alep menée par l'ex-Front al-Nosra et ses alliés n'est soutenue ni par la Turquie ni par les États-Unis. La situation est tout de même très embarrassante pour Washington qui dénonce la crise humanitaire à Alep-Est mais ne peut cautionner l'action des jihadistes. Les déclarations du Quai d'Orsay sur la bataille d'Alep sont tout aussi contradictoires. Il condamne le siège d'Alep mais souhaite « accentuer l'action contre les groupes listés comme terroristes par les Nations unies » (Déclaration de Jean-Marc Ayrault, le 1er août 2016).

L'armée syrienne possède une capacité militaire supérieure aux rebelles
Les rebelles qui attaquent le sud-ouest d'Alep ne disposent pas de missiles antiaériens ni de missiles antichars en nombre suffisant pour lutter contre l'aviation russe et les blindés. Les attaques-suicide sont leur meilleure arme pour briser les défenses ennemies, mais ils ne peuvent pas ensuite occuper durablement le terrain sous un déluge de bombes. Le premier jour de l'offensive, le 31 juillet dernier, les rebelles bénéficiaient de l'effet de surprise grâce à des attentats-suicide, mais dans les jours suivant les bombardements aériens et le barrage d'artillerie eurent raison des plus audacieux candidats au suicide. La contre-offensive de l'armée syrienne s'appuie à partir des deux forteresses qu'elle a construites dans la zone de Ramousseh : l'académie militaire au nord et l'école d'artillerie au sud. Car, si sur la carte, moins de deux kilomètres sépare les rebelles assiégés et leurs secours, sur le terrain cette distance se révèle infranchissable.
Enfin, l'armée syrienne et ses alliés disposent de troupes au sol suffisantes pour repousser l'offensive. Ils étaient préparés à une attaque au sud-ouest d'Alep, car depuis juin les rebelles ont avancé dans cette zone, reprenant plusieurs villages au sud de Khan Touman. Mais il s'agissait d'un front d'une vingtaine de kilomètres en rase campagne difficile à défendre par l'armée syrienne. Là où les rebelles ont choisi d'attaquer cette fois, le front mesure moins d'un kilomètre et se situe en zone urbaine. Ils sont obligés de se concentrer et deviennent ainsi très vulnérables aux tirs d'artillerie et aux bombardements aériens. Les précédentes tentatives des rebelles de briser les défenses d'Alep-Ouest en zone urbaine se sont toujours traduites par des échecs meurtriers. Or, aujourd'hui, il s'agit d'une attaque désespérée face à une armée galvanisée par son récent succès. Certes, le désespoir peut conduire à des actes héroïques, mais face à la supériorité mécanique le courage pèse peu. En l'absence d'un soutien extérieur massif, les rebelles ont donc peu de chance de réussir à briser le siège d'Alep-Est.
Dès septembre 2015, Vladimir Poutine a concentré ses efforts sur Alep. Il fallait absolument sauver la partie gouvernementale de la ville soumise quotidiennement aux attaques de la rébellion et menacée de tomber comme Idleb en mars 2015. L'encerclement des quartiers orientaux constitue le dernier acte de cette opération avant de se servir d'Alep comme base de reconquête du nord-ouest de la Syrie.

* Fabrice Balanche est géographe, spécialiste de la Syrie.
Il est actuellement chercheur invité au Washington Institute for Near East Policy

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